ACTE TROIS I EM R. \n
cher ?... Je suis opprimé comme vous , pauvre comme vous... accusé...
WERNEK , r interrompant.
Qui vous a dit que je fusse accusé ?
GABOR
Personne... moi-même l'ai-je dit.i* Notre ressemblance finit à la pauvreté ; mais je suis accusé, disais-je, et j'allais ajouter aussi injustement que vous...
Encore moi !
GABOR
Ou que tout autre honnête homme ! Que diable voulezvous ? Vous ne me croyez pas capable de ce lâche larcin ?
WERNER
Non , je ne le puis.
GABOR
Ah! voici un homme d'honneur!... Ce jeune Saxon... votre misérable intendant, et le grand personnage... tous m'ont soupçonné; pourquoi? parce que je suis le plus mal vêtu , et que mon nom a moins d'éclat qu'aucun de ceux delà maison... Cependant, dans les joies d'un banquet, mon âme craindrait moins que les leurs de s'ouvrir tout entière... mais il en est ainsi... vous, pauvre et sans appui... et cela plus que moi encore...
WERNER
Coniment le savez-vous ?
GABOR
\ ous avez raison; je demande un asile à la main que j'appelle sans appui. Si vous me refusez , je le mérite : sans doute, 1 or me serait nécessaire aujourd'hui; mais vous semblez avoir goûté toutes les amertumes de la vie , et vous devez savoir, par sympathie, que tout l'or du Nouveau- Monde, dont VEspagne est si fière, ne pourrait jamais tenter l'homme qui en connaît la véritable valeur , mise dans la balance avec les songes affreux dont le coupable est poursuivi,
434 WERNEU.
Que voulez-vous dire ?
GABOR
Rien tie plus que ce que j'ai dit; je croyais que ma pensée n'avait rien d'obscur. Vous n'êtes pas un voleur... moi non plus... et, comme honnêtes gens, nous nous devons mutuelle assistance.
WERNER
Nous sommes dans un monde de damnation.
GABOR
Le plus voisin des deux mondes à venir est de même , comme disent les prêtres (et nous devons les en croire puisqu'ils le savent mieux que nous); je m'en tiens donc à celui-ci : étant peu désireux de souffrir le martyre , surtout avec l'épitaphe de voleur sur ma tombe , je ne demande un gîte que pour une nuit : demain je tenterai le passage de l'eau , comme la colombe. La rivière , j'espère , sera un peu plus basse.
WERNER
L'espérez-vous ?
GABOR
On pouvait le présumer à midi.
WERNER
Alors nous serions sauvés.
GABOR
Etes-vous en péril?
WERNER
La pauvreté y est toujours.
C'est ce que m'a appris une longue expérience. Me promettez-vous de venir à mon secours ?
WERNER
Au secours de votre pauvreté ?
GABOR
Non ; vous n avez guère l'air de pouvoir porter remède à cette maladie-là... Je parle du danger que je cours ; vous