‹ Œuvres de Lord Byron (volume 2)Chapitre 250 sur 277 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

ULRIC

C'est bien... mais il eût mieux valu qu'il n'eût jamais servi de repaire à... [Il s^ interrompt.)

WERNER

A des voleurs! tu veux dire... Je dois le souffrir, je le mérite; mais non... de mon...

CLRIC.

Mon père, ne parlez pas de cela ; ce n'est pas le moment de penser à de petits crimes; mais il s'agit de prévenir les conséquences d'un plus grand. Pourquoi donner asile à cet homme ?

WERNER

Pouvais-je faire autrement ? Un homme poursuivi par mon plus grand ennemi , accusé de mon propre crime, victime sacrifiée à ma sûreté, implorait im asile, pour quelques heures, de celui qui était cause de ce qu'il en cherchait un. S'il eût été une béte féroce , je n'aurais pu le repousser.

Et il vous a récompensé par le sang; mais il est trop tard pour penser à cela... Il vous faut partir avant l'aurore. Je reste ici pour découvrir le meurtrier, si c'est possible.

WERNER

Ma fuite soudaine va éveiller le soupçon; mais, si je reste, je livre deux nouvelles victimes au lieu d'une: le Hongrois fugitif, qui semble le coupable, et...

ULRIC

Qui semble .'^ Et quel autre que lui peut l'être .►'

WERNER

Tout à l'heure tu doutais de moi, toi ! mon fils... toi !

CLRIC.

Et doutez-vous du fugitif?...

a WERNER.

Mon fils! depuis que je suis tombé dans cet abîme de crimes (quoique jamais le sang n'ait souillé ma main), ayant vu l'innocent opprimé pour moi, je puis bien douter des

4H WERNER

crimes d'un autre! Votre cœur, ému d'une vertueuse indignation , est pi'ompt à accuser sur les apparences , et voit un criminel dans celui qui n'a pas su conserver toute la pureté de son innocence.

ULRIC

Eh ! que fera donc le monde , qui ne vous connaît pas , ou qui ne vous a connu que pour vous opprimer? Ne vous exposez pas à un hasard périlleux! Je rendrai tout facile. Idenstein, pour lui-même et pour l'amour du diamant, gardera le silence... Lui aussi, il est complice de voire évasion... et de plus...

WERNER

Fuir ! et laisser mon nom uni à celui du Hongrois, ou livré seul à l'infamie du titre d'assassin !

IJLRIC.

Ah!... laissez tout, excepté la souveraineté et les châteaux de nos ancêtres, ohjets de vos longs et tristes regrets! Quel nom ? vous ne laissez point de nom, puisque celui que vous portez est un nom supposé.

WERNER

Il est vrai... mais cependant je ne voudrais pas le savoir gravé en lettres de sang dans la mémoire des hommes , même de ceux qui habitent cette obscure contrée... D'ailleurs les recherches...

ULRIC

J'y pourvoirai. Personne ne vous connaît ici comme héritier de Siegendorf. Si Idenstein soupçonne, ce n'est ^^fW soupçon , et il n'est qu'un imbécile. Sa sottise sera si occupée, que le souvenir de linconnu Werner fera place à un intérêt plus important pour lui.

Les lois (si jamais elles étaient venues jusqu'à ce village) sont toutes , depuis la guerre de trente ans, ou suspendues, ou annulées, ou se relevant faiblement après avoir été foulées par toutes les armées. Stralenheim, quoique noble, est inconnu ici, si ce n'est à ce titre... Sans domaines, sans influence... toute celle qu'il avait a péri avec lui. Peu de chefs

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