ACTE DEUXIEME
en esty.jiiclqiies uns qu'il est prudent de tenir dans l'ignorance, jusqu'au'momcnt de frapper. Nous les armerons quand, dans le tumulte et l'agitation de cette heure marquée , ils n'auront pas le temps de réfléchir , et se livreront à ceux (jui voudi'ont les entraîner.
» ISRAEL BERTIICCIO. %
Je t'approuve As-tu hien remarqué tous ceux dont tu
me parles .••
CALENDARO
J'en ai remarqué la plupart , et j'ai recommandé aux autres chefs d'avoir la même précaution dans leurs compagnies ; je crois que nous sommes assez nombreux pour rendre l'entreprise sûre , si elle a lieu demain ; mais , jusqu'à ce qu'elle commence , chaque heure est féconde en périls.
ISRAEL BERTUCCIO
Que les Seize se rassemblent à l'heure accoutumée, excepté Soranzo , Nicoletto Blondo et Marco Giuda , qui resteront à leur poste dans l'arsenal , et se tiendront tout prêts en attendant le signal dont nous conviendrons.
CALÎ.NDARO.
Nous n'v manquerons pas.
ISRAEL BERTUCCIO
Que les autres viennent , jai un étranger à leur présenter.
CALENDARO
Un étranger ? coiiraît-il le secret ?
ISRAEL BERTUCCIO
Oui.
CALENDARO
Et tu as osé risquer la vie de tes amis par une téméraire confiance eu unhonmie que nous ne connaissons pas?
ISRAEL BERTT'CCIO.
Je n'ai risque d'autre vie que la mienne.... sois-en certain. Celui que je veux vous présenter est un homme dont le secours peut rendre notre succès encore plus assuré. S'il s'y refuse, il n'en est pas moins en notre pouvoir. Il vient seul avec moi , et ne peut nous échapper ; mais il ne rendera pas.
5(i MARINO lALIERO.
CALENDARO
C'est ce dont je ne puis juger avant de le connaître. Estil de notre classe ?
ISRAEL BERTUCCIO
Oui , par ses sentiniens , quoique ce soit un fils de la grandeur. C'est un homme capable d'occuper un trône ou
J'en renverser un Il a fait de grandes choses et vu de
grands changcmens. Ce n'est point un tyran , quoique élevé pour la tyrannie; brave dans la guerre et sage dans les conseils ; naturellement noble quoique fier , emporté et prudent touteiois , mais tellement plein de certaines passions, que, s'il est irrité et déçu comme il l'a été dans ses affections les plus tendres , il n'y eut jamais de furie semblable à celle qui lui déchire le sein de ses mains brûlantes , jusqu'à ce qu'il devienne capable de tout pour se venger. Ajoutons encore qu il aime la liberté , qu'il voit que le peuple est sous un joug oppresseur, et qu'il partage ses souffrances; enfin, tout compensé , nous avons besoin d'hommes tels que lui , et de tels hommes ont besoin de nous.
CALENDARO
Et quel rôle veux-tu qu'il joue avec nous.^
ISRAEL BERTUCCIO
Peut-être celui de notre chef.
CALENDAKO.
Quoi ! tu lui céderais ton propre commandement ;*
Sans doute. Mon but est de fiire réussir notre cause , et non de m'élever au pouvoir. Mon expérience , quelques talens et votre choix m'avaient désigné comme votre chef, jusqu'à ce qu'il en pariit un plus digne de l'être. Si j'ai trouvé cet homme qui doit m'ctre préféré , comme vous le reconnaîtrez vous-rnêmes , penses-tu que j'hésite par égoïsme ? Avide d'une courte autorité je ferais dépendre nos intérêts de moi seul , plutôt que de céder à celui qui a plus que nioi foutes les qualités d'un chef .i' non, Calendaro, connais mieux ion aini. Mais vous en jugerez tous Adieu, réunissons-nous à l'heiuT fixée ; de la vigilance , et tout ira bien.