ACTE QUATRIÈME
alentours de notre palais de San Polo'*, Je viens prendre vos tlerniers ordres.
Il eût été heureux d'avoir le temps de convoquer un plus grand nombre de nos vassaux de mon fiefde Val-di-Marino... mais c'est trop tard.
BERTUCCIO FALIERO
Il me semble , seigneur , que les choses vont mieux comme elles sont 5 l'augmentation subite du nombre de nos gens aurait éveillé le soupçon : quoique vaillans et fidèles , les vassaux de ce canton sont trop grossiers et trop querelleurs pour conserver long -temps la discipline secrète nécessaire dans une telle entreprise, jusqu'à ce que nos ennemis soient attaqués.
LE DOGE
Oui 5 mais lorsqu'une fois le signal est donné , voilà les hommes qu'il faut : ces esclaves de Venise ont tous leurs considérations particulières, leurs préventions pour ou contre tel noble, qui peuvent les faire aller trop loin ou exciter en eux une imprudente et folle pitié 5 les fidèles serfs de mon comté de Val-di-Marino exécuteraient les ordres de leur seigneur sans traverser sa vengeance par leurs affections et leurs inimitiés particulières. Les Marcello et les Gornaro sont les mêmes hommes pour eux 5 ils ne font aucune différence entre un Gradenigo et un Foscari ; ils ne sont pas accoutumés à tressaillir en entendant prononcer ces noms, ni à fléchir le genou devant un sénat. Un chef armé est leur souverain , et non un noble vêtu d hermine.
BERTUCCIO FALIERO
Nous sommes assez nombreux ; et quant aux dispositions de nos cliens contre le Sénat, j'en réponds.
LE DOGE
Eh bien, le sort en est jeté... Mais , quand il s'agit d'un service militaire sur le champ de bataille, parlez-moi de mes vassaux. Ils éclaircirentles rangs des Huns , lorsque nos pâles citoyens se réfugiaient sous leurs tentes et tremblaient aux
yO MARINO FALIERO.
sons de victoire de leuis propres trompettes. Si nous ne trouvons qu'une faible résistance, tu verras ces citadins transformés en lions comme leur étendard : mais , s'il y a beaucoup à faire , tu regretteras , comme moi , de n'avoir pas derrière nous une troupe de braves vassaux.
BERTUCCIO FALIERO
Puisque c'est là votre pensée, je dois m'étonner que vous ayez sitôt résolu de frapper le coup décisif.
LE DOGE
De tels coups doivent être frappés soudainement ou jamais. Lorsque j eus dompté le faux remoixis qui agitait mon cœur, et fait taire le souvenir du passé, je fus résolu à frapper , d'abord de peur de céder de nouveau à de pareilles émotions , et ensuite parce que , de tous ces hommes , il n'y a qu'Israël et Philippe Calendaro dont le courage et la foi me sont connus. Le jour de demain pourrait trouver parmi eux un traître qui nous perdît , comme le jour d'hier en a trouvé mille prêts à immoler le Sénat : mais , une fois engagés dans le carnage avec leurs glaives sanglans à la main , ils le poursuivront pour leur propre sûreté. Qu'ils donnent seidement le premier coup ; et le seul instinct de Gain , qui est toujours caché clans le cœur des hommes , quoique les circonstances puissent l'endormir , l'instinct seul les poussera au carnage comme des loups. La vue du sang augmente pour le peuple la soif du sang, comme la première coupe de vin conduit ;wix longues débauches. 11 sera plus difficile de les arrêter que de les exciter , quand une fois ils auront commencé ; mais jusque là un mot , une ombre , sont capables de renverser toute leur résolution, La nuit est-elle avancée ?
BERTUCCIO FALIERO
Le jour ne doit pas tarder à poindre.
LE DOGE
Alors il est temps de sonner la cloche. Nos hommes sontils à leur poste .^
Ils doivent y être; mais ils ont ordre de ne rien faire que )f ne leur aie transmis vos ordres.