‹ Œuvres de Lord Byron (volume 2)Chapitre 57 sur 277 · LA JUNTE · texte numérisé non relu

LA JUNTE

Ainsi soit-il.

ISRAEL BERTUCCIO

Seigneur , adieu ! Un même lieu ne nous verra plus ensend)le.

BENINTENDE

Et de peur qu'ils ne tentent de soulever la multitude égarée... gardes , que leurs bouches soient bâillonnées même pendant l'exécution '. Qu'on les emmène!

CALENBARO.

Quoi donc ! ne pourrons-nous même pas dire adieu à un ami affectueux , ni avoir un moment d'entretien avec notre confesseur ^

BEXOTENDE.

Un prêtre vous attend dans le vestibule; mais, quant à vos amis, de tels adieux leur seraient pénibles et sans utilité pour vous.

CALENDARO

.le savais que nous étions bâillonnés pendant notre vie , du moins ceux qui n'avaient pas le courage de braver la mort pour exprimer librement leurs pensées ; mais je croyais que , dans le peu d'instans qu'il nous reste , la liberté de discours qu'on accorde aux moribonds ne nous serait pas refusée... Puisque...

ISRAEL BERTUCCIO

Laisse-les faire, brave Calendaro ! qu'importe quelques paroles de plus ou de moins ? Mourons sans recevoir d'eux la moindre faveur. Notre sang ne s'en élèvera que plus tôt contre eux vers le ciel. Il témoignera contre leurs atrocités i)ien mieux que ne pourrait le faire un volume composé de nos dernières paroles. Le son de notre voix les fait trembler... Ils redoutent jusqu'à notre silence... Qu'ils vivent dans leurs terreurs!... Laissons-les livrés à leurs pensées , et tournons

les nôtres vers le ciel! conduisez-nous, gardes, nous sommes prêts.

CALENUARO.

Israël , si tu m'avais écouté , il n'en eût point été ainsi , et ce lâche Bertram que je vois pâlir serait...

ISRAEL BERTUCCIO

Silence, Calendaro! A quoi bon de penser maintenant à cela?

BERTRAM

Hélas ! je voudrais que vous pussiez mourir en paix avec moi. Je n'ai point cherché à jouer le rôle que je joue , j'y ai été forcé... Dites que vous me pardonnez, quoique je ne puisse jamais trouver mon propre pardon. Ne me regardez pas avec cet air de courroux.

ISRAEL BERTUCCIO

Je meurs et je te pardonne.

CALENDARO , lui crackant au 'visage.

Je meurs et je te méprise. ( Israël Bertuccio et Philippe Calendaro sortent avec les gardes , etc. )

BENINTENDE

Maintenant que ces criminels sont jugés , il est temps de prononcer notre sentence contre le plus grand de tous les traîtres connus dans les annales du monde , le doge Faliero ! Les preuves sont suffisantes. Le temps et le crime demandent une prompte procédure : sera-t-il appelé ici pour en tendre la lecture de son arrêt ?

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