ACTE CINQUIÈME. iOl
dans ces membres déchirés par la torture ; mais vous n'oseriez plus le faire; car si nous y succombions... et vous ne nous avez laissé que peu de vie pour supporter de nouveaux tourmens... si nous y succombions , vous perdriez le spectacle public par lequel vous voulez inspirer la terreur à vos esclaves et confirmer leur servitude ! Mais , quelle que soit notre constance ou notre faiblesse , des gémissemens ne sont pas des mots , ni l'agonie un assentiment ; une affirmation n'est pas la vérité, si la nature trop faible force lame au mensonge pour obtenir un court répit...
BENINTENDE
Déclarez-nous vos complices ?
Le Sénat.
BENINTE^DE.
Que voulez-vous dire?
ISRAEL BERTUCCIO
Demandez-le au peuple souffrant , que les crimes des patriciens ont poussé au crime.
BENINTENDE
Vous connaissez le Dogre ?
o ISRAEL BERTUCCIO.
J'ai servi avec lui à Zara ; dans les champs de bataille; pen^dant que vous vous exerciez ici à votre office actuel , nous exposions nos vies , et vous ne hasardiez que la vie des autres par vos accusations ou vos défenses. Du reste , Venise connaît son Doge par ses grandes actions et les insultes du Sénat. ■^.
BENINTENDE
Vous avez eu des conférences avec lui ?
ISRAEL BERTUCCIO
Je suis fatigué, plus fatigué de vos questions que de vos tortures : je vous prie d'ordonner notre jugement.
BENINTE>'DE.
Une tardera pas... Et vous , Philippe Calendaro, qu'avez- TOUS à dire pour éviter le dernier supplice ?
CALENDARO
Je lie fus jamais un grand parleur , et il ne me reste rien à dire qui en vaille la peine.
BEMNTENDE.
Le chevalet pourrait changer encore votre ton.
CALENDARO
Oui , sans doute , il pourrait le changer , et l'a déjà fait ; mais il ne changera pas mes paroles, ou s'il le faisait...
BENINTENDE
Eh bien ?
CALENDARO
Mon aveu dans les tortures sera-t-il admis par la loi ?
BENINTENDE
Assurément.
CALENDARO
Quel que soit celui que j'accuserai de trahison ?
BENINTENDE
Sans doute , il sera mis en jugement.
CALENDARO
Mon témoignage le fera-t-il périr ?
BENINTENDE
Que votre confession soit détaillée et positive , il sera en danger de perdre la vie.
CALENDARO
Prends donc bien garde à toi , orgueilleux président ! Par l'éternité qui s'ouvre devant moi , je jure que toi , toi seul, tu seras dénoncé comme traître sur le chevalet, si l'on m'y étend une seconde fois.
UN MEMBRE DE LA JUNTE
Seigneur président , il vaudrait mieux procéder au jugement 5 il n'y a plus rien à tirer de ces hommes.
BENINTENDE
Malheureux coupables , préparez-vous à une prompte mort : la nature de votre crime... la loi... et le péril imminent de l'Etat, ne vous accordent pas une heure de délai... Gardes, qu'on les emmène; qu'ils soient exécutés sur le