‹ Œuvres de Lord Byron (volume 2)Chapitre 6 sur 277 · ACTE PREMIEU · texte numérisé non relu

ACTE PREMIEU

BERTUCCIO FALIERO

Monseigneur, c'est fini.

Que (lis-tu ? fini ! est-ce un rêve ?... C'est faux ; donne-moi le papier... (// prend le papier et lit : ) « Il est décidé par le Conseil que Michel Sténo... » Mon neveu , soutiens-moi.

BEIITUCCIO FALIERO.

Rassurez -vous ; calmez-vous. Ce transport est sans motif... Je vais aller chercher du secours.

LE DOGE

Arrête, demeure, je n'en ai plus besoin.

BERTUCCIO FALIERO

Je ne puis m'empêcher de convenir avec vous que la punition n'est pas proportionnée à l'offense... Il n'est pas honorable pour les Quarante d'infliger une peine si légère à un homme qui vous a si cruellement outragé, vous et euxmêmes comme vos sujets : mais ce n'est pas encore un mal sans remède j vous pouvez en appeler à leur propre tribunal et aux Avogadori, qui, voyant que la justice est oubliée, se chargeront cette fois de la cause qu'ils ont d'abord refusée , et vous vengeront d'un coupable audacieux. Ne le pensezvous pas , mon oncle ^ Pourquoi restez-vous immobile ? vous ne m'écoutez pas !

( Le Doge se dépouillant de sa toque ducale , la jette et veut la fouler aux pieds, mais son nei>eu l'arrête.)

LE DOGE

Oh! que le Sarrasin n'est-il dans la place Saint-Marc ! c'est ainsi que je lui rendrais hommage.

BERTUCCIO FALIERO

Au nom du ciel et de tous les saints ! seigneur...

LE DOGE

Laisse-moi. Plût au ciel que les Génois fussent dans le port ! Plût au ciel que les Turcs , vaincus par moi à Zara , fussent rangés en bataille autour du palais !

Il n'est pas convenable que le duc de Venise parle ainsi.

LE DOGE

Le duc de Venise ! Qui est duc de Venise aujourd'hui i' que je le voie , afin qu'il me fasse droit.

BERTCCCIO FALIERO.

Si vous oubliez votre titre et votre dignité , souvenezvous de votre devoir comme homme , et domptez cette colère. Le duc de Venise...

LE DOGE, V interrompant .

11 n'est point de duc de Venise; ce n'est qu'un mot... c'est pire encore... c'est un indigne surnom. Le malheureux le plus outragé, le plus méprisé, obligé de mendier son pain, reçoit-il un refus, il peut être écouté par un cœur compatissant ; mais celui qui se voit repoussé dans son bon droit par ceux que leur charge oblige d'être justes, celui-là est plus pauvre que le mendiant dédaigné 5 c'est un esclave , c'est ce que je suis , c'est ce que tu es toi-même avec toute notre maison, à compter de cette heure. Le dernier des artisans peut nous montrer au doigt, et l'orgueilleux patricien nous cracher au visage... Quel sera notre recours '^

BERTUCCIO FALIERO

La loi, mon prince.

LE DOGE, V interrompant.

Tu vois ce qu'il en est. Je n'ai eu recours qu'à la loi; je n'ai cherché d'autre vengeance que celle de la loi ; je n'ai demandé pour juges que ceux qui sont nommés par la loi. Comme souverain, je me suis adressé à mes sujets, à ces sujets qui m'ont créé souverain, et m'ont donné par là un double droit de l'être. Les droits de ma dignité , de ma naissance et de mes services , mes honneurs et mes années , ces blessures , ces cheveux blancs , près de quatre-vingts ans de travaux , de périls , de fatigues , de sang et de sueurs , ont été mis dans la balance avec l'insulte grossière et le criminel mépris d'un lâche et audacieux patricien... Ils n'ont pas suffi pour l'emporter ! Dois-je le souffrir ?

BERTUCCIO FALIERO

Ce n'est pohit ce que je dis. Si votre appel était re-

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