‹ Œuvres de Lord Byron (volume 2)Chapitre 7 sur 277 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

jeté, nous trouverions des moyens de mettre tout de niveau.

LE DOGE

Un nouvel appel! Es-tu le fils de mon frère? un rejeton de la maison de Faliero? le neveu du Doge ? issu d'un sang

qui a déjà donné trois princes à VenisePMais tu as raison

nous devons être humbles à présent.

BERTUCCIO FALIERO

Mon prince , vous êtes trop irrité..,. Je vous accorde que l'outrage fut infâme, et que le coupable est indignement affranchi du châtiment qu'il mérite ; mais votre colère excedr toute espèce de provocation. Si nous sommes offensés, nous demanderons justice; si l'on nous la refuse, nous la prendrons; mais procédons à tout cela avec calme. La plus terrible vengeance est la fille du silence. J'ai à peine le tiers de vos années; j'aime notre maison ; j honore en vous son chef, le protecteur , l'ami de ma jeunesse ; mais , quoique je compi'enne votre douleur et partage votre indignation , je suis effrayé de voir votre colère , semblable aux vagues de l'Adriatique , qui dépasse toutes les bornes et se consume en écume.

LE DOGE

Je te dis.... je dois te dire.... ce que ton père eut compiis sans le secours des paroles. N'as-tu donc que des sens ?.... n as-tu point d'àme... point d'orgueil... point de passion... nul sentiment d'honneur ?

BERTUCCIO FALIERO

C'est la première fois que mon honneur a été mis en doute, tout autre que vous ne répéterait pas deux fois cette question.

LE DOGE

Tu connais l'offense de ce lâche qu'on vient d'acquitter , de ce vil reptile qui a distillé tout son venin dans son libelle contre l'honneur de.... ô Dieu! de mon épouse! de celle sur qui repose l'honneur le plus précieux à Ihonnne! le traître a fait circuler une vile calomnie de bouche en boiiclie.

parmi les artisans oisifs , qui l'embellissaient encore de leurs grossiers conunentaires et de leurs obscènes plaisanteries , pendant que les nobles , railleurs de meilleur ton , se répétaient le conte à l'oreille, et souriaient du mensonge qui m'assimilait à eux, dupes complaisantes, supportant le déshonneur avec patience et même avec orgueil.

BERTUCCIO FALIERO

Mais ce n'était qu'une calomnie : vous le saviez , chacim le savait comme vous.

LE DOGE

Mon neveu, le fier Romain disait: » La femme de César ne doit pas même être soupçonnée: » et il la répudia.

BERTUCCIO FAHERO.

Oui mais dans ce temps-là....

LE DOGE

Et ce qu'un Romain ne pouvait souffiir, un prince de Venise le souffrirait ? Le vieux Dandolo refusa le diadème des Césars , et porta cette toque ducale , que moi je foule aux pieds, parcequ'elle est aujourd'hui avilie.

BERTUCCIO FALIERO

Elle l'est en effet.

LE DOGE

Elle l'est, oui elle l'est. Je ne punis point la femme innocente, victime d'une lâche calomnie, parce qu'elle avait accepté pour époux un vieillard qui fut long-temps l'ami de son

pèie et le protecteur de sa maison comme si le cœur de la

femme ne connaissait d'autre amour que celui de la volupté et d'une jeunesse imberbe! je ne la punis point de l'infamie du lâche, mais j'invoquai la justice de ma patrie sur la tête du coupable , la justice due au dernier des hommes qui a ime compagne dont la foi fait son bonheur, une maison dont le foyer lui est cher, et un nom dont l'honneur

est tout pour lui la justice qui lui est due quand ces objets

précieux sont souillés par le souffle contagieux de la calomnie.

Page 1