ACTE CINQUIEME. Ill
HENINTENOK.
Hélas!
ANGIOLINA
Etait-il coupable ?
BENINTENDE
Madame, le trouble naturel de vos idées dans un moment semblable doit vous faire pardonner cette question ; en toute autre circonstance , un doute pareil élevé contre un tribunal juste et souverain serait un crime. Mais interrogez le Doge lui-même ; et s il peut nier les preuves qui l'accablent, croyezle innocent comme votre propre cœur.
ANGIOLINA
Est-il vrai :*... mon seigneur , mon souverain... l'ami de mon pauvre père... O toi , si grand dans le champ de bataille, si sage dans le conseil, donne un démenti à cet homme!... Tu gardes le silence ?
BENINTENDE
Il a déjà fait l'aveu de son crime ; et , comme vous voyeZj il ne le nie pas maintenant.
ANGIOLINA
Oui... mais il ne doit pas mourir ! Epargnez le peu d'années qui lui restent ; la douleur et la honte les auront bientôt abrégées. Un jour de crime sans succès ne saurait effacer six lustres de glorieux exploits.
BENINTENDE
Son arrêt doit être exécuté sans délai et sans rémission... c'est un décret prononcé.
ANGIOLINA
Il a été coupable ; mais il y a encore la clémence.
BENTNTENDE.
La clémence ici blesserait la justice.
ANGIOLINA
Hélas! seigneur, celui qui n'est que juste est cruel : qui vivrait sur la terre, si tous les hommes étaient jugés avec justice ?
BENINTENDE
Son supplice fait le salut de lEtat.
ANGIOLINA
Pendant qu il fut sujet de l'Etat , il l'a servi avec honneur ; il fut votre général , et il sauva Venise ; il est votre souverain , il a gouverné la république.