‹ Œuvres de Lord Byron (volume 2)Chapitre 81 sur 277 · SCÈNE PR EMI EUE · texte numérisé non relu

SCÈNE PR EMI EUE

( Appartement dans le palais. ) SALEMÈNES seul.

Il a outragé sa royale compagne , mais il est encore son époux ; il a outragé ma sœur... il est encore mon frère ; il a outragé son peuple , il est encore son souverain , et je dois rester son ami autant que son sujet : il ne faut pas qu'il périsse ainsi. Je ne verrai pas le sang de Nemrod et de Sémlramis se perdre dans la terre, et l'histoire d un empire de treize siècles finir comme un conte de berger ; il faut le réveiller. Dans son cœur efféminé il est un courage insouciant que la corruption n'a pas tout-à-fait éteint , et une énergie secrète , suspendue par les circonstances, mais non détiuite... plongée , mais non noyée dans les voluptés. S'il était né sous le chaume , il eiit été capable de parvenir à un empire ; né sur le trône, il n'en laissera point à ses fils , qui nhériteront que d'un nom sans gloire : cependant , n'étant pas complètement perdu , il peut encore racheter sa mollesse et sa honte en devenant seulement ce qu'il devrait être, et avec autant de facilité qu'il en éprouve à être ce qu'il est. Lui serait-il plus pénible de gouverner ses peuples que de consumer sa vie connue il fait ?... de conduire une armée qu'un harem? Il s'épuise dans de lâches plaisirs , il énerve son àme et mine ses forces dans des fatigues qui m lui donnent ni la santé , comme le ferait la chasse , ni la gloire , comme le ferait la guerre... Il faut le réveiller. Hélas! il n'est qu'un son aussi terrible que celui du tonnerre qui en soit capable. ( On entend

l.H SAHDANAPALE.

jine musique mélodieuse.) Ecoutez! le luth, la lyre, les sons lascifs tie ces instruniens qui invitent au sommeil ; la douce voix des femmes, et celle de ces êtres qui sont au-dessous des femmes , se marient à la voix de la débauche , tandis que le monarque de toute la terre connue se balance couronné de roses , laissant négligemment près de lui son diadème que peut saisir la première main qui Vosera... Les voici : j'aperçois déjà les vapeurs odorantes que répand sur son passage le cortège parfumé ; les pierreries des jeunes beautés , compagnes et conseils du roi , étincellent le long de la galerie , et je reconnais parmi ces femmes , vêtu en efféminé, et presque aussi femme qu'elles , le petit- fils de Sémiiamis , cet homme-reine... 11 vient! l'attendrai-je? ouijje l'aborderai, je lui dirai ce que se disent tous les hommes vertueux en parlant de lui et de sa cour. Les voici, ces esclaves conduits par un monarque sujet de ses esclaves !

Page 1