ACTE PREMIER. 1 iî
SAROANAPALE.
Seigneur! Ma vie, pourquoi réponds-tu si froidement? est-ce le malheur des rois de recevoir de sem])lal)]es réponses? Dispose de tes heures, tu disposes des miennes... dismoi , veux-tu accompagner nos hôtes , ou me faire oublier la fuite des momens ?
MYRRHA
La volonté du roi est la mienne.
SARDANAPALE
Je t'en prie , ne parle pas ainsi : ma plus douce jouissance est d'obéir à tes désirs. Je n'ose pas exprimer les miens , de peur que les tiens ne soient en contradiction avec eux , car ru es toujours trop prompte à sacrifier tes penchans à ceux des autres.
Je préfère rester: je n ai d'autre bonheiu- que de te voir heureux; cependant...
SARDANAPALE
Cependant? ([uel est ce cependant? ta douce volonté sera la seule barrière qui s'élèvera jamais entre toi et moi.
MYRRHA
Je crois que voici l'heure accoutumée tlu conseil , je lerais mieux de me retirer.
salemènes s^ avance , et dit:
L'esclave ionienne a raison , laissez-la se lelirer.
SARDANAPALE
Qui répond ? Est-ce vous , mon frère ?
SALEMÈNES
Le frère de la reine et votre fidèle sujet , <-> mon prince !
SARDANAPALE , Cl SU SllitC.
Ainsi que je l'ai dit , que chacun dispose de son temps jus- ([u à minuit, où nous vous prions de revenir près de nous. (Zrt cour se retire.)(^A Myrrha qui >ia pour sortir: ) Mvrrha , je croyais que tu restais.
MYRRHA
Grand roi , tu ne lus pas dit.
lôO SARDANAPALE.
SARDANAPALE
Mais tes yeux le disaient , je devine tous les regards de ces yeux ioniens ; ils me disaient que tu ne me quitterais pas.
iMYRRHA.
Sire, votre frère...
SALEMÈNES
Le frère de la reine ^ favorite d'Ionie ! comment ose&-tu me nommer sans rougir?
SARDANAPALE
Sans rougir ! tun as pas le cœur meilleur que la vue , de faire ainsi rougir Myrrha comme le jour mourant sur le Caucase où les derniers rayons du soleil colorent la neige d'une teinte de rose ; et puis tu lui fais un reproche de ton propre aveuglement. Quoi ! tu verses des larmes , ma Myrrha ?
SALEMÈNES
Laisse-les couler ; elle pleure pour beaucoup d'autres 5 elle est la cause de larmes plus amères que les siennes.
SARDANAPALE
Maudit soit celui qui a fait couler ces larmes !
salemènes.
Ne te maudis pas toi-même,... des millions d'hommes le font déjà.
SARDANAPALE
Tu t'oublies ; ne me fais pas souvenir que je suis roi.
SALEMÈNES
Puisses-tu t en souvenir !
MYRRHA
Mon souverain , je vous en supplie , et vous aussi , prince, souffrez que je me retire.
SARDANAPALE
Puisqu'il le faut , et que ce barbare a attristé ton âme si douce, va,... mais rappelle-toi que nous devons nous revoir plus tard : j'aimerais mieux perdre un empire que ta présence. (^Mffrha sort.)
SALEMÈNES
Peut-être perdras-tu l'un et l'autre, et pour jamais.