C. Dei.avigke, Adieux à Rome. a. p
est toujours une vaste caverne de voleurs, ou ce que vous voudrez.
Simple , majestueux , sévère et sublime dans ton architecture, consacré à tous les saints, et temple de tous les dieux, depuis Jupiter jusqu'au Christ; épargné et embelli par le temps ^*, tu vois tout chanceler ou tomber autour de toi sans en être ébranlé, arcs de triomphe et empires ; pendant que l'homme court toujours à la poussière de sa tondie par un sentier de ronces ; — édifice glorieux , subsisteras-tu à jamais? la faux du temps et le sceptre de ter des tyrans se brisent contre tes pierres. Sanctuaire et asile des arts et de la piété, Panthéon *, — orgueil de Rome!
Monument d'un temps plus glorieux et des arts les plus nobles, dégradé, mais parfait encore , on respire dans ton enceinte un recueillement religieux qui parle à tous les cœurs ; tu es un modèle pour l'artiste. Le mortel qui vient chercher à Rome le souvenir des âges peut penser que la gloire ne laisse passer ses rayons que par l'ouverture de ton dôme sacré; les hommes que la piété y conduit trouvent ici des autels pour déposer leurs prières; si c'est pour admirer le génie qu'ils y viennent, ils peuvent arrêter leurs yeux sur les images des grands hommes dont les bustes ornent cet édifice ''^.
Mais voici im cachot ^^ : qu'aperçois -je dans l'obscurité de ses détours? rien. Je regarde encore; deux ombres se dessinent lentement à ma vue. Ce sont deux fantômes de
Temple dont l'Olympe exilé A fui Id majesté déserte , Panthéon , ce ciel étoile Achève ta voûte entr'ouverle , rU'.
('.. Delavigre, Adieux ù Rome. k. p.
mon imagination... mais non, je les vois en effet devant moi. C'est un vieillard et une jeune nourrice, dont le sang se change en nectar depuis qu'elle allaite un fils chëri. Que fait-elle ici avec son sein découvert ? rien ne voile ses deux irlobcs d'albâtre.
Un lait pur remplit ces deux sources de la vie ; c'est sur le cœur d'une mère que l'homme trouve son plus doux et son premier aliment; c'est du cœur d'une mère que vient cette liqueur bienfaisante : heureuse la jeune épouse, lorsqu'elle observe le regard innocent et le léger murmure des lèvres de son fils, qui expriment un moment de repos et l'absence de toute douleur ! elle comprend la joie qui agite son nourrisson; l'homme ne pourrait la deviner, elle admire dans le berceau son bien-aimé, semblable au bouton de rose qui s'épanouit peu à peu... Que sera un jour cet enfant?... je l'ignore... Eve enfanta Gain.
Mais ici c'est à la vieillesse qu'une jeune femme offre cet aliment précieux; c est à un père qu'elle rend le sang qu'elle en reçut avec la vie. Non , il ne périra pas, tant que le feu de la santé et l'amour fihal entretiendront dans ce sein charmant la source qu'y a placée la nature , source plus féconde que le fleuve de l'Egypte. Approche tes lèvres du sein de ta iille, infortuné vieillard; puisse-t-il prolonger ton existence, tu nctrouvcras pas dans le ciel un semblable nectar!
La fable de la voie lactée n'a pas la pureté de cette histoire, qui brille d'un rayon plus doux; et la nature triomphe bien plus dans ce renversement de ses décrets, que dans l'espace élevé où elle a placé des mondes étincelans de lumière: ô respectable nourrice, il ne se perdra aucune goutte du lait qui va ranimer le cœur de ton père, et lui
rendre la vie que lu en as reçue ! ce lait retourne à sa première source, comme nos âmes échappées des liens du corps vont se joindre à l'univers.
Tournons nos pas vers le môle d Adrien ^", imitation des antiques pvramides d'E^pte , copie colossale de ces informes monumens. Le caprice d'im empereur alla chercher cet énorme modèle sur les bords lointains du Nil j il condamna l'artiste à travailler comme pour des géans , et à élever cet édifice pour recueillir un jour sa vaine poussière. Le philosophe sourit de pitié à l'aspect de ces travaux d'un mortel , en songeant quelle pensée les fit entreprendre.
Mais voici ce temple vaste et admirable ^®, auprès duquel la merveille de Diane ne serait qu'une cellule ; c'est le temple sacré du Christ élevé sur la tombe de son martyr *. J'ai vu le chef-d'œuvre d'Ephèse , ses colonnes éparses dans le désert , l'hyène et le chacal reposant sous leur ombre ; j'ai vu le dôme de Sainte-Sophie s'élever comme im globe brillant aux rayons du soleil ; j'ai parcouru son sanctuaire pendant que les musulmans usurpateurs y adressaient leurs vœux à Allah ;