‹ Œuvres de Lord ByronChapitre 81 sur 114 · A INEZ · texte numérisé non relu

A INEZ

« Cesse de sourire à ce front soucieux. Hélas ! je ne puis te rendre ton sourire; fasse le ciel cependant que tu ne connaisses jamais les larmes ! fasse, le ciel que tu n'en répandes jamais en vain î

«Tu veux savoir quel malheur secret empoisonne mes plaisirs et ma jeunesse ? Pourquoi chercher à connaître une douleur que toi-même tu ne pourrais adoucir ?

»Ce n'est pas l'amour, ce n'est pas la haine , ni les honneurs perdus de la basse ambition , qui me font maudire mon sort et fuir loin de tout ce qui m'était cher.

"C est cet ennui fat.il qui naît pour moi de tout ce que je

liO GHILDE-HAROLD.

vois et de tout ce que j'entends. La beauté a cessé de me

plaire ; tes yeux même ont à peine un charme pour moi.

«C'est le chagrin sombre et éternel qui poursuivait partout 1 Hébreu fratricide : je n'ose porter mes regards au-delà de la tombe; et je n'ai plus d'espoir de trouver le repos avant d'y descendre.

» Quel exilé peut se fuir lui -même .f* Dans les climats les plus éloignés , je suis encore poursuivi par. le fléau de ma vie, le démon de mes pensées.

» Que d'autres se livrent aux ravissemens du plaisir, et goûtent en paix tout ce que j'abandonne ! qu'ils rêvent à jamais leur bonheur! puisse du moins leur réveil n'être jamais seml)lable au mien !

>Je suis condamné à errer dans mille contrées, emportant la malédiction de mes souvenirs. Toute ma consolation cest de savoir, quelque nouveau malheur qui me frappe, que j'ai éprouvé déjà le plus terrible de tous.

» Ce malheur, quel est-il ? Ah ! ne le demande pas; par pitié, daigne ne pas m 'interroger : continue à sourire; et ne cherche pas à dévoiler un cœur dans lequel tu trouverais un enfer. »

Adieu , aimable Cadix, oui , adieu et un long adieu ! Qui peut oublier avec quelle constance tes remparts ont résisté.'' Toi seule restas fidèle quand tous les Espagnols trahissaient leur foi ; tu fus la première à devenir libre et la dernière à elle vaincue : et si , au iiiilien de ces jours de crimes cl de

CHANT PREMIER. lit

dangers, le sang de tes citoyens a coulé dans ton enceinte, un traître seul ^^ tomba sous le poignard. Tous furent nobles , excepté la noblesse elle-même : aucun ne s attacha au char du conquérant , excepté des chevaliers dégénérés.

Tels sont les enfans de l'Espagne : hélas ! que leur sort est bizarre! ils combattent pour l'indépendance, eux qui ne furent jamais libres. Un peuple privé de son roi défend une monarchie sans vigueur : et, lorsque les seigneurs fuient, les vassaux meurent fidèles à des lâches et à des traîtres , en chérissant une patrie qui ne leur donna que l'existence ; l'orgueil leur montre le chemin qvd conduit à la liberté; repoussés , ils attaquent encore : la guerre ! s'écrient-ils toujours ; la guerre, même au couteau ^*!

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