LXXXVII
O vous, qui voulez connaître l'Espagne et ses habitans, allez lire la sanglante histoire de leurs combats : tout ce que la vengeance féroce peut inspirer contre un ennemi étranger est employé contre les arrfiées de la France : depuis le cimeterre étincelant jusqu'au perfide couteau, il n'est point d'armes que la guerre ne mette entre les mains de l'Espa-
* M. Moore nous apprend que lord Byron supprima ici une de ces stances satiriques qui contenaient des personnalités directes el d'un sljle plus familier et plus trivial que la desciiplion d'un dimanche de Londres, qui dcjigure encore le poème , ajoute M. Mooie.
Au lieu de la stance lxxxvii on lisait donc celle-ci contre le fameux voyageur sir John Carr:
» O vous qui voudriez en savoir davantage sur l'Espagne et les Espagnols , sur les curiosités du pays, les saints, les antiquités, les arU, les anecdotes el la guerre , partez , courez vile à Paiernosler-row ( rue des libraires, à Londres). Tout cela n'esl-il pas consigné dans le livre de Carr, ce chevalier de la verte Erin ( l'Irlande J, cet astre errant de l'Europe? Allez, lecteur, allez écouler cet homme de l'encre ( consommateur d'encre) 1 écoutez ce qu'il a fait , déconvert, écrit;... tout cela est resserré dans les borne? d'un tn-4°; empruntez-le, volez-le , s'il le faut, mais ne l'achetez pas , et diles-nous ce que vous en pensez. « A. p.
n2 CHILDE.HA.ROLD.
«^nol. Puisse-t-il sauver ainsi sa sœur et sa compagne, et arroser sa patrie du sang de ses oppresseurs ! puissent tous les agresseurs injustes recevoir un semblable accueil!
La pitié n'arrache-t-elle pas une larme pour ceux qui succombent? — « Voyez les plaines ravagées et les mains des femmes souillées encore du carnage ; qu'on abandonne les cadavres aux chiens affamés, ou qu'ils servent de pâture aux vautours : que leurs restes dédaignés de l'oiseau de proie, que les ossemens blanchis et la trace du sang qui inonda nos campagnes laissent sur le champ de bataille un horrible souvenir! c'est ainsi que nos enfans croiront à cette lutte terrible. "
Mais elle n'est point encore terminée : de nouvelles légions descendent des Pyrénées : qui peut prévoir la fin de cette guerre? Les nations consternées ont les yeux fixés sur l'Espagne ; si elle devient libre, elle rend la liberté à plus de bras que n'en enchaînèrent jadis ses cruels Pizarres. Etrange vicissitude! le bonheur des contrées découvertes par Colomb répare les maux qui accablèrent les enfans de Quito, pendant que la mère-patrie est en proie à toutes les fureurs du carnage.
Ni tout le sang répandu à Talavera , ni tous les prodiges de valeur dont Barossa fut témoin, ni tous les morts qui couvrirent l'Albuera , n'ont pu faire triompher les droits sacrés de l'Espagne. Quand verra-t-elle refleurir l'olivier dans ses champs ? quand respirera-t-elle de ses vaillans exploits ? Combien de jours d'alarmes le soleil viendra-t-il éclairer encore avant que le ravisseur français abandonne sa proie , et que l'arbre exotique de la liberté ombrage le sol qui l'adopte ?
xci. ,
Et toi, mon ami *^! puisque mon inutile douleur s'échappe de mon âme et vient mêler ses regrets à mes chants : si du moins le fer t'avait foit tomber dans les rangs des héros, l'orgueil défendrait à l'amitié de se plaindre j mais tu descends dans la tombe sans laurier, oublié de tous, excepté de mon cœur solitaire; tu ne peux te mêler avec les ombres illustres des guerriers et leur montrer tes blessures. Tandis que la gloire couronne tant de têtes moins dignes que la tienne , qu'as-tu fait pour mériter un trépas si paisible ?
O le plus estimé et le plus ancien de mes amis ! toi qui consolais mon cœur privé de tout ce qu'il aima , daigne encore me visiter dans mes songes : le retour de la lumière fera couler de nouveau mes larmes en me réveillant à ma douleur; et mon imagination se plaira autour de ton cercueil, jusqu'au jour où, mon corps étant rendu à la terre notre mère commune, l'ami qui n'est plus et celui qui le pleure reposeront ensemble.
Voici un chant du pèlerinage d'Harold; vous qui voulez le suivre plus loin , vous en trouverez le récit continué dans un autre chant, si le poète ose encore écrire : ah ! puisse la critique sévère ne pas me dire que c'est déjà trop du premier! Patience, et je dirai ce que vit notre pèlerin dans les autres climats qu'il parcourut , et qui offrent les monumens de ces siècles antiques où la Grèce et les Grecs n'étaient point encore opprimés par des peuples barbares.
> Le petit village de Castri occupe une partie du terrain de l'ancienne Delphes. Lorsqu'on suit le sentier de la montagne en revenant de Chrysse.on trouve des restes de tombeaux qui avaient été creusés dans le roc. Mon guide me fit remarquer celui d'un roi qui s'était , dit-il, « rompu le cou en chassant, w Sa Majesté avait certainement choisi le lieu le plus convenable pour une telle Cn.
Un peu au-dessus de Castri , il y a une caverne d'une immense profondeur : on croit que c'est celle de la p5'thonisse. La partie supérieure est pavée, et sert maintenant d'étables à vaches.
De l'autre côté de Castri est bâti un monastère grec. Quelques pas au-dessus, on aperçoit l'ouverture du rocher et des grottes d'un accès très difficile qui semblent pénétrer dans l'intérieur delà montagne. C'est là probablement ce que Pausanias mentionne sous le nom de caverne Corycienne; c'est de là que descend la source de Caslalie.
= Le couvent de Notre-Dame-du-Châliment {Nossa Senhora de pena) est situé sur le sommet d'un rocher. Au bas et à peu de distance de ce rocher se trouve le couvent de Liège "* , où saint Honorius creusa la grotte au-dessus de laquelle on voit son épitaphe. Du haut des rochers la mer ajoute à la beauté de la perspective **•
5 C'est un fait bien connu que , pendant l'année 1S09 , des assassinats se commettaient dans les rues de Lisbonne et dans ses environs ; ce n'était pas seulement parmi leurs compatriotes que les Portugais cherchaient des victimes, nous apprenions cliaque jour que quelques Anglais avaient été égorgés. Au lieu de pouvoir obtenir la répression de tous ces délits , il nous fut recommandé de ne point nous mêler des disputes dont nous serions témoins, quand même nous verrions ua de nos compatriotes attaqué. En allant au théâtre, j'ai été arrêté une fois à huit heures du soir, heure à laquelle il y a toujours beaucoup de monde dans tes rues; c'était en face d'une boutique ouverte, et nous étions deux dans une voiture. Heureusement nous avions des armes : sans celte précaution, nous aurions fourni le sujet d'une anecdote , au lieu de pouvoir la raconter nous-mêmes. Ce n'est pas en Portugal seulement qu'on assassine communément ; en Si-
* T/i< Cork confient. Ce couvent , ou plulôl cet eiinilage , serait inbabllabJe dans la saison des pluie; , SI Ils religieux n'eussent imaginé de se garantir de l'ijuiuidilé en le gurnissani inttrirurenieni de belles jjlancbes de liige. Nous devonscettc note explicative à une aimable letire de 51. Edni. de Novion. i. p.
" Depuis la publication de ce poème, j'ai ajpri» que j'avais uial interprété le nom de Nossa Seubora de peïïa. Celte erreur provenait de ce que je n'avais pas fait attention au tiide placé «ur l'n, et qui cbangc U signiiication du mol peûa. Avec l'acceot peiîa siguiiie loeber ; sans accent il a le sens que je lui avais donné. Néanmoins je ne eruis pas que cette méprise eût fait un contresens, car, quoique le couvent s'appelle Notre-Damedes Kocbcrs, l'austérité des|>raliques de ce couvent excusait le sens dans lequel j'avais d'aburd pris le mot pemi.