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Le soleil s'était caché derrière le vaste Tomerit^^; on entendait le mugissement des flots rapides du Laos^*^; les ombres de la nuit s'étendaient peu à peu sur la terre, lorsque Childe-Harold aperçut en descendant le fleuve que la ville domine, les minarets de Tépalen, dont les lumières brillantes étaient semblables à des météores. En s'approchant , ses oreilles furent frappées du bruit sourd de la voix des guerriers, doublant la voix de la brise qui soupirait dans le vallon prolongé.
Il passa près de la tour silencieuse et sacrée du harem , et, pénétrant sous les vastes arceaux de la porte, il remarqua le palais de ce chef redoutable dont tout ce qii'il apercevait proclamait la puissance. C était entouré d'une pompe éclatante que se montra ce despote; les esclaves, les eunuques, les soldats, les étrangers et les santons attendent respectueusement ses ordres. Sa demeure est un palais en dedans, c'est une forteresse au dehors : elle semble le rendez-vous des hommes de tous les climats.
Une troupe de guerriers montés sur des chevaux richement caparaçonnés, formait dans la vaste cour un escadron toujours prêt au combat. Des soldats , bizarrement vêtus , gardaient les corridors. De temps à autre l'écho des voûtes répétait le bruyant galop du coursier d'un Tartare au large turban. Le Turc, le Grec, IWIbanien et le Maure
IfuS CHILDE-HAROLD.
se rassemblaient dans le palais sous des bannières de toutes couleurs , pendant que le son belliqueux du tambour annonçait le retour de la nuit.
On reconnaît l'Albanais sauvage à sa courte tunique, armé d'une carabine richement ornée, revêtu d'habillemens brodés d'or, et dont la tête est ceinte d'un sbawl; le Macédonien , avec son écharpe couleur d'écarlate ; le Delhi , couvert de son bonnet de guerre, et portant un glaive recourbé; le Grec, connu par son astuce et sa souplesse; le fils mutilé de la noire Nubie, et le Turc à la longue barbe, qui daigne rarement vous adresser la parole , accoutumé à commander, et trop puissant pour n'être pas cruel.
Les uns sont étendus auprès de leurs armes, et s'amusent à observer le tableau varié qu'ils ont sous les yeux; les autres jouent ou fument leur longue pipe. Ici c'est un grave musulman qui va prier le Prophète; là c'est un Albanais qui se promène fièrement; plus loin on entend chuchoter le Grec , toujours babillard... Mais quels sont les accens solennels qui viennent de la mosquée? La voix du muezzin ébranle le minaret. « Dieu seul est Dieu!... C'est l'heure de la prière ! — Dieu est grand ! »
C'était pendant la saison où s'observe le jeûne du Ramazan. Le jour était consacré à la pénitence; mais, lorsque l'heure tardive du crépuscule fut passée , ce fut le signal de se livrer de nouveau aux plaisirs de la table. Tout était en mouvement dans le palais d'AlîPacha; les esclaves préparaient et servaient les mets du festin. La galeiie resta déserte; un bruit confus partait des appartemens intérieurs : les pages et les esclaves passaient et repassaient sans cesse.
La voix de Ja femme n'est jamais entendue dans ces lieux. Tenue dans une enceinte écartée , on lui permet à peine de faire un pas sans être voilée et suivie ; son époux seul est maître de ses charmes et de son cœur. Accoutumée à sa prison, elle ne désire point d'en sortir. Elle est heureuse de l'amour de son seigneur et des doux soins de la maternité : soins délicieux, et au-dessus de tous les sentimens! elle élève elle-même le fils qu'elle a conçu, et ne l'éloigné jamais d'un sein dont aucune hasse passion ne trouble la paix.
Dans un pavillon de marbre, au milieu duquel jaillissait une source d'eau vive dont la pluie bienfaisante répandait la fraîcheur, Ali était étendu sur des coussins dont la molle souplesse invitait au repos. Ali est un prince guerrier et cruel ; mais tant de douceur règne sur son front vénérable , que vous ne pouvez y deviner combien son cœur farouche se plaît dans les projets sanguinaires.
Ce n'est pas que la longue barbe blanche qui orne son visage ne puisse se concilier avec les passions de la jeunesse ; l'amour soumet les vieillards à ses lois... Hafiz * l'a prouvé ; le chantre de Téos l'a souvent répété... Mais les crimes, qui dédaignent les tendres accens de la Pitié , les crimes odieux chez tous les hommes, et surtout chez ceux dont le front est chargé d'années, les crimes ont rendu Ali semblable à un tigre féroce. Le sang appelle le sang ; et l'homme qui a commencé sa carrière en le faisant couler en répand des torrens à la fin de ses jours.