‹ Œuvres de Lord ByronChapitre 97 sur 114 · DÉDICACE · texte numérisé non relu

DÉDICACE

C'est d'ailleurs une tâche assez délicate et difficileque de disserter sur la littérature et les mœurs d'une nation si peu semblable à elle-même. Cette tâche exige une attention et une impartialité qui nous forceraient de nous méfier de nos jugemens, de les différer du moins pour mieux les discuter; cependant nous ne sommes, ni vous ni moi, de frivoles observateurs, et nous pouvons nous dire assez familiarisés avec la langue et les usages du peuple au milieu duquel nous avons fait dernièrement un assez long séjour. En littérature comme en politique , l'esprit de parti paraît si violent, qu'il serait presque impossible à un étranger de rester impartial. Il me suffira donc de citer ici la belle langue de l'Italie: — Mipare vhe in un paese tutto poetico, che ^i^anta la lingua piîi nohile ed insieme la pin doive, tutte le ine diverse si possono tentare ; e che sinchè la patria di Alfieri e di Monti non ha perduto Vantico valore , in tutte essa dovrebbe esserS la prima.

L'Italie a encore de grands noms : Canova, Monti, Ugo Foscolo, Pendemonti *^, Visconti, Morelli, Cicognara, Albrizzi, Mezzofanti , Mai , Mustoxidi , Aglietti efVacca , assurent à la génération présente une place honorable dans les diverses branches des arts, des sciences et des belles-lettres ; dans quelques unes même ils lui assurent la première. L'Europe... le monde... n'a qu'un Canova.

Alfieri a dit quelque part : La Pianta-Uomo iiasce piii robust a in Italia che in cpialunque altra terra... e che gli stessi atroci delitti che vi si conimettono ne sono una prova. Sans souscrire à la dernière partie de cette proposition, doctrine dangereuse, et à laquelle on pourrait d'abord répondre que les Italiens ne sont nullement plus féroces que leui'S voisins, il faudrait être volontairement aveugle ou ignorant pour n'être pas frappé de l'extraordinaire capacité de ce peuple, ou, si ce mot était admissible, de ses capabilités''^ ; quelle nation a une conception et une intelligence plus promptes.''

" Et Manzoni , cl Silvio Pelico , etc. , etc. ? a . r, *" Capabilities, a. r.

DEDICACE. 2(;l

qui n'amire le feu de son génie , son sentiment du beau, et, au milieu de tous les dësordes des révolutions continuelles, et des ravages de la guerre et du temps, sa soif de gloire et d'indépendance? Nous-mêmes, lorsque, faisant le tour des murs de Rome, nous entendîmes la simple lamentation des laboureurs, qui s'écriaient : Borna ! Pwma! Roina ! non è piu corne era prima ^ nous ne pûmes nous empêcher de remarquer le contraste de ce chant mélancolique avec les orgies et les grossières chansons des tavernes de Londres , sur le carnage du Mont-Saint-Jean , et sur la trahison de Gênes , de l'Italie , de la France et du monde , par des hommes dont vous avez vous-même exposé la conduite dans un livre digne des meilleurs jours de notre histoire *. Pour moi , je pense quil serait oiseux pour les Anglais d'examiner ce qu'a gagné l'Italie par le dernier transfert des peuples, jusqu'à ce qu'on ait pu déterminer que l'Angleterre y a gagné quelque chose de plus qu'une armée permanente , et la suspension de Yhabeas eorpiis. Nous avons assez de nous occu-» per de nos propres affaires 5 quant à ce que nous avons fait chez les autres, et surtout dans le midi , en mérité, je dous le dis, nous en serons récompensés , et peut-être bientôt.

o Non moverà mai corda

» Ove la turba di sue ciance assorda. a

Je VOUS souhaite, mon cher Hobhouse, un heureux et agréable retour dans cette patrie , dont les vrais intérêts ne peuvent être plus chers à personne qu'à vous 5 je vous dédie ce poème complet, et je me dis encore une fois votre reconnaissant et affectueux ami ,

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