‹ Œuvres de Louis BouilhetChapitre 30 sur 36 · HORAT · texte numérisé non relu

HORAT

Oh! serait-ce vrai, ma belle, Ce qu'un prêtre m'a conté, Qu'une torture éternelle Suit la douce volupté, Que la blanche main des femmes Sans cesse attire nos âmes Au fond des gouffres ardents, Et qu'au ténébreux empire On doit payer un sourire Par des grincements de dents?

Ta lèvre en doux mots abonde Et tu riras de mes fers, Juliette, dans ce monde, Astarté, dans les enfers 1

326 DERNIÈRES CIIAN'SOXS.

Oui, — je le sens, dans mon âme Satan pour sœur te réclame Aux rivages embrasés ; Car ton regard est de flamme, Et brûlants sont tes baisers!

Calmes dans leur allégresse, Jamais les élus aux deux N'ont bu cette ardente ivresse Qui pétille dans tes yeux; Pour eux jamais, ô ma belle, Tant d'amour ne chargea l'aile Du timide séraphin, Et l'éternelle ambroisie Contient moins de poésie Qu'une goutte de ton vin !

Démon ! démon ! que m'importe Que par une dure loi Le ciel me ferme sa porte Si j'ai l'enfer avec toi?

Fille des sombres phalanges, Rions des craintes étranges Qui planent sur les tombeaux; J'aurais plutôt peur des anges, Quand les diables sont si beaux!

Sérénade.

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