‹ Œuvres de Louis BouilhetChapitre 32 sur 36 · LES MUSICIENS · texte numérisé non relu

LES MUSICIENS

Le soir a tendu ses voiles, Éveillons, à petit bruit, La plus blanche des étoiles Qui manque au front de la nuit.

Soir d'Été.

Amis, je veux me perdre au fond du bois sonore. La lune des sentiers argenté le gazon ; Et, comme dans la coupe un vin qui s'évapore, Déjà monte la brume aux bords de l'horizon.

La bruyante cité, près du fleuve étendue, Allonge ses grands ponts comme des bras sur l'eau. Tout soupire et s'endort; et, là-bas sous la nue, Vénus en souriant agite son flambeau.

Oh 1 laissez-moi bondir, moi dont l'âme est brisée, Sous ces feuillages verts où palpitent les nids! J'aime dans mes cheveux des gouttes de rosée Et tout autour de moi l'odeur des foins jaunis!

Qui de nous, qui de nous n'a gardé dans son âme, Chaste et dernier trésor du cœur désenchanté, Le reflet d'un beau soir et le nom d'une femme, Un amour à vingt ans par une nuit d'été! Ne vous souvient-il pas qu'elle était jeune et belle, Que son collier sonnait sur son col onduleux, Que l'écharpe à son dos frissonnait comme une aile, Et que de longs cils noirs ombrageaient ses yeux bleus. Ne vous souvient-il pas qu'en montant les collines, Sa main sur votre main doucement s'appuyait, Et que son sein tremblait sous les dentelles fines Comme un oiseau farouche en son nid inquiet? Ne vous souvient-il pas des marguerites blanches, Oracles odorants effeuillés sous vos doigts, Et des merles malins qui, blottis sous les branches, Au bruit de vos baisers s'éveillaient dans les bois? Oh ! n'entendez-vous pas, quand tout dort sous la nue. De sa voix près de vous frémir encor le son?... Elle vient, elle vient par la longue avenue, Et l'écho du rocher répète sa chanson.

Sur le noir de la nuit, sa robe se détache ; Incertaine, elle écoute et se penche en rêvant; Et son front, tour à tour, se dévoile ou se cache Sous ses cheveux épars que soulève le vent. Regardez : c'est l'amour, c'est l'espoir, c'est la vie ! C'est le bonheur réel loin de vous emporté, C'est la blonde jeunesse et tout ce qu'on envie Vous souriant encor dans un rêve enchanté. C'est ce qu'apporte à ceux qui dorment sous la terre Le souffle des forêts, des ondes et des fleurs, Ce que l'oiseau gazouille au cyprès solitaire, Ce que l'essaim bourdonne au pied du saule en pleurs, Oh ! ce qui fait parfois que, sous la lune sombre, Des antiques linceuls s'agitent les lambeaux, Et que les morts jaloux vont soulevant dans l'ombre, De leurs bras décharnés, la pierre des tombeaux.

La Fleur rouge.

A moi seul!... pour moi seul!... Oh! toute ma pensée Fixe, ardente et jalouse, allait, en frémissant, Vers cette fleur de pourpre, à ta gorge placée Comme une goutte de ton sang;

Chaude émanation, larme rouge, venue Des sources de ce cœur où tu m'as fait puiser, Et que j'aurais voulu, sur ta poitrine nue, Boire, à genoux, dans un baiser!

Ta robe, autour de toi, flottait comme un nuage ; Tes cheveux déroulés m'embaumaient en passant; Mais je suivais toujours, sur les bords du corsage, L'étoile au disque rougissant.

A moi seul !... pour moi seul ! J'ai la fleur. O folie ! O rêve!... humide encor des tiédeurs de ta peau; Et cette fleur n'est pas de celles qu'on oublie, Ou qu'on attache à son chapeau I

Au plus suave endroit de mon plus cher poète, Demain, dans quelque beau volume à tranche d'or, Grave, religieux, et découvrant ma* tête, J'ensevelirai mon trésor ;

Afin que — tous les deux ayant cessé de vivre — Quelque couple, ici-bas, jeune et tendre, à son tour, Devine notre histoire, en exhumant du livre Le squelette de notre amour !

332 D E R N I h H E S CHANSONS.

Les Neiges d'aman,

Ce siècle froid et sérieux Ne croit plus aux folles chimères; Ils sont passés les temps joyeux Dont nous ont parlé nos grand'mères !

Quand l'Amour sensible et bien né, Secouant des branches fleuries, Souriait, tout enrubanné, Dans la fraîcheur des bergeries,

Et, le soir, sous les marronniers, Pressait la belle qui menace, Mince, dans sa robe à paniers, Comme une anguille, dans sa nasse.

Siècle heureux, de bisque nourri, Dont la morale sans lisières Se consolait des Dubarri, Avec la vertu des rosières !

Comme on prenait des airs penchés Pour mener paitre dans la plaine Quatre moutons endimanchés Dont on avait frisé la laine !

Et comme, à l'ombre des ormeaux, C'était une charmante chose D'entendre au loin vos chalumeaux, Bergers blonds, en culotte rosel

Pour fuir la cour du roi Pétaud, Ou les croquants de mince étoffe, On emportait dans son château Son singe — avec son philosophe.

Et c'était fête, tous les jours, Grâce aux amabilités jointes Du petit chien qui fait des tours Et de l'abbé qui fait des pointes.

Oh! les soupers sur les balcons!

Les soupers fins, où la campagne Semblait, au travers des flacons, De la couleur du vin d'Espagne !

Oh! l'esprit! oh! les bons caquets Saupoudrés de littérature, Quand on montait, par les bosquets, Vers quelque temple à la Nature 1

L'ombre, parfois, faisait oser.

Sous l'abri des grottes opaques, On entendait plus d'un baiser...

Mis sur le compte de Jean-Jacques !

Les vers luisants, dans les gazons, Brillaient comme des émeraudes ; Le vent emportait les chansons ; La nuit mouillait les têtes chaudes;

Et la bouteille, aux larges flancs Où l'araignée a mis ses toiles, Pour les convives chancelants Doublait le nombre des étoiles!...

Hélas! hélas! — au gouffre ouvert Tous sont tombés : — pas un qui bouge 1 Un soir, à l'heure du dessert, Vint à passer l'homme au bras rouge!

Ils se levèrent sans effort, Le calme au front, l'orgueil dans l'âme, Doux et polis devant la Mort, Comme auprès d'une grande dame.

Le jeune au vieux cédait le pas Avec des grâces enfantines ; L'urbanité de leur trépas Fit un salon des guillotines..

On eût dit, à les voir venir Vers les sanglantes boucheries, Qu'ils récitaient, pour mieux finir, L'oraison des galanteries;

Et leur tête, en ces jours ardents Où le peuple agitait sa foudre, Tomba — le calembour aux dents — Avec un nuage de poudre!..

Le Bois qui pleure.

Tout est mort! — Vers d'autres climats Les oiseaux vont chercher fortune, Et la terre, sous les frimas, Est blanche, au loin, comme la lune.

536 dï?. r :ss.

Le vent, pareil à cent taureaux,

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Le givre a brodé mes carreaux; A mon foyer, la bûche pleure :

— Je me souviens!... je me soc

An pied des monts... dans le bois sombre.

.■'.zz. :::::: '.z:zz. ;r. :-.; : .:; zz. :.;r. :. Faisait, à terre, une grande ombre!

c Oh! les deux en pluie épandus, Sur l'ébullition des s; .

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Z zzz- \z r:::":r.i:: ie -;; ::-;;.

I: ;: v .-.. ; : - :::i :;; .....: :-:r. : sonnait mon écorce grise,

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■ L'hiver venait, chassant l'été;

Seul, je gardais la majesté

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