XL1I
La Chanson des Rames.
Bois chenus! ah! vent d'automne!
L'oiseau fuit! ahl l'herbe est jaune!
Le soleil! ah! s'est pâli!
J'ai le cœur, ah! bien rempli!
Sous ma nef, ah! l'eau moutonne, Et répond, Ah! monotone A mon chant, Ah! si joli.
Quels regrets, ah! l'amour donne!
L'âge arrive, ah ! puis l'oubli !
(L'empereur Vou-ti.)
La Paix des Neiges.
Au fond du cabinet de soie, Dans le pavillon de l'étang, Pi-pi, po-po! le feu flamboie.
L'horloge dit : Ko-tang, ko-tangl
Au dehors, la neige est fleurie, Et le long des sentiers étroits, Le vent, qui souffle avec furie, Disperse au loin ses bouquets froids.
Sous le givre qui les pénètre, Les noirs corbeaux, en manteau blanc, Frappent du bec à ma fenêtre, Qu'empourpre le foyer brûlant.
Le soleil est pale et sans force.
Du vieux poirier qui semble mort Aucun bourgeon ne fend l'écorce, Pointu comme. une dent qui mord.
Seul le sorbier rouge, qu'assiège Plus d'un loriot en passant, Fait pleuvoir ses grains sur la neige; On dirait des gouttes de sang.
Mais, au dos de ma tasse pleine, Je vois s'épanouir encor Dans leur jardin de porcelaine, Des marguerites au cœur d'or.
Parmi les fraîches impostures Des vermillons et des orpins, Sur le ciel verni d'-s tentures Voltigent des papillons peints.
Et mille souvenirs fidèles Sortant du fond de leur passé, Comme de blanches hirondelles, Rasent tout bas mon seuil glacé.
La paix descend sur toute chose.
Sans amour, sans haine et sans Dieu, Mon esprit calme se repose Dans l'équilibre du milieu.
Loin de moi ces ardeurs jalouses Des envieux dont le fiel bout!
J'ai dans ma maison deux Spouses, L'une assise, l'autre debout.
Et, très fort en littérature, J'ai gagné, s'il faut parler net, Quatre rubis à ma ceinture, Un bouton d'or à mon bonnet.
Cependant la nuit, qui s'allonge Mystérieuse à l'horizon, Dans le filet fleuri d'un songe Prend mon âme comme un poisson.
Et pour voir ce pays des sages Où les grands vieillards sont caches, Je suis, sur le courant des âges, La feuille rose des pêchers.
DERNIhKES CHANSONS. 40 3
Mon œil se clôt, mon cœur se noie Aux hasards du rêve inconstant.
Pi-pi, po-po ! le feu flamboie.
L'horloge dit : Ko-tang, ko-tan^ !
Le Tung-whang-fung.
La fleur Ing-wha, petite et pourtant des plus belles, N'ouvre qu'à Ching-tu-fu son calice odorant ; Et l'oiseau Tung-whang-fung est tout juste assez grand Pour couvrir cette fleur en tendant ses deux ailes.
Et l'oiseau dit sa peine à la fleur qui sourit, Et la fleur est de pourpre, et l'oiseau lui ressemble. Et l'on ne sait pas trop, quand on les voit ensemble, Si c'est la fleur qui chante, ou 1 oiseau qui fleurit.
Et la fleur et l'oiseau sont nés à la même heure, Et la même rosée avive chaque jour Les deux époux vermeils, gonflés du même amour. Mais quand la fleur est morte, il faut que l'oiseau meure
Alors, sur ce rameau d'où son bonheur a fui, On voit pencher sa tète et se faner sa plume. Et plus d'un jeune cœur, dont le désir s'allume, Voudrait, aimé comme elle, expirer comme lui.
404 DERNIERES CUANSONS.
Et je tiens, quant à moi, ce récit qu'on ignore D'un mandarin de Chine, au bouton de couleur. La Chine est un vieux monde où l'on respecte encore L'amour qui peut atteindre à l'âge d'une fleur.
Vers Paï-lui-chi.
L'écho douze fois frappé Par le vers sept fois coupé, C'est la cadence opportune D'un couplet bien échappé.
Ce galop sans halte aucune Semble une bonne fortune A tout poète trempé D'une façon peu commune.
Et sur ce rhythme escarpé, L'oiseau, d'ombre enveloppé, Récite au clair de la lune Les vers de Li-taï-pé.
Le flot hennit, le vent crie.
Matelots de ma patrie, Vers l'empire du Milieu, Emportez-moi, je vous prie.
Afin que je puisse un peu, Avant le dernier adieu, Écouter la sonnerie Des couvents de Lao-tseu;
Tandis que dans la prairie S'ouvre avec coquetterie Ton coeur d'or bordé de bleu, O fleur de la rêverie !
Hélas ! le ciel m'a leurré, Qui m'a mis, pauvre lettré, Dans ce dur pays des Gaules Par l'action dévoré!
Mon dos fléchit; mes épaules Ne sauraient porteries pôles; A tout géant plus carré Je laisse remplir ces rôles,
Moi dont le but avéré Serait de vivre, à mon gré, Parmi l'herbe, au pied des saules, En buvant du vin sucré 1
Young-hao ! plus de tristesse !
J'ai fui, j'ai quitté Lucrèce, Je suis un gros mandarin Tout gonflé de politesse.
Jusqu'au bout, calme et serein, Je suivrai le même train, Et quand la Mort, sombre hôtesse, M'ouvrira son souterrain
Mon fils, par délicatesse,
Un jour — je ne sais quand est-ce
Gardera dans un écrin
Les oncles de mon altesse.
Tandis qu'étalant aux yeux Ses ornements précieux, Retenu par vingt chainettes Dans la chambre des aïeux,
Mon cercueil, aux planches nettes, Luira comme les planètes, Tout semé de camaïeux Et tout garni de sonnettes;
Et les pères sérieux Viendront prêcher en ces lieux, A tous les enfants honnêtes, La religion des Vieux.
Ainsi mon cœur, qui s'englue A la beauté superflue, S'en va par monts et par vaux Loin de la route voulue.
Ainsi, doublant mes travaux, J'ai sur des rhythmes nouveaux, Seul, d'une main résolue Dévidé mes écheveaux.
O lecteur de race élue 1 O sapience absolue !
O char à quatre chevaux !
Le tout petit te salue 1
L'Héritier de Yang-ti.
La révolte, de sang et de larmes suivie,
A brisé du talon le pouvoir qu'on envie,
Et Yang-ti, fils du Ciel, en cette nuit d'horreur,
Git aux pieds de son trône, un couteau dans le cœur.
Son héritier, qu'attend une même agonie,
Prend un flacon fatal dont nul ne se méfie,
Le vide, et dit, tourné vers le dieu Fô : « Seigneur !
Fais que, dans les hasards d'une seconde vie, Je ne renaisse pas au corps d'un empereur! »
Le Vieillard libre.
Prêt, dès l'aube, à déloger,
Je rentre avec la nuit noire.
J'ai dans mon puits de quoi boire,
Dans mon champ de quoi manger...
A l'Empereur suis-je pas étranger!...
(Auteur chinois inconnu.)
La Pluie venue du mont Ki-chan
(song-tchi-ouek).
Le vent avait chassé la pluie aux larges gouttes, Le soleil s'étalait, radieux, dans les airs, Et les bois, secouant la fraîcheur de leurs voûtes, Semblaient, par les vallons, plus touffus et plus verts !
Je montai jusqu'au temple accroché sur l'abîme; Un bonze m'accueillit, un bonze aux yeux baissés. Là, dans les profondeurs de la raison sublime, J'ai rompu le lien de mes désirs passés.
Nos deux voix se taisaient, à tout rendre inhabiles ; J'écoutais les oiseaux fuir dans l'immensité: Je regardais les fleurs comme nous immobiles, Et mon cœur comprenait la grande vérité 1
Le Navire.
Autour du noîr vaisseau sous les deux voyageant, Le Vesper répand l'ombre avec la rêverie ; Et, comme un laboureur, la lune au soc d'argent Creuse d'un blanc sillon les vagues d'Étrurie.
La voile aux plis nombreux tombe sur les haubans ; A peine un léger souffle au loin frémit encore. Tout se mêle et s'efface, et, courbés sur leurs bancs, Les rameurs, dans la nuit, frappent le flot sonore.
Tout à coup par les airs un doux bruit a passé Comme une voix de femme, harmonieuse et belle. Est-ce un cri d'alcyon sur l'écueil balancé, Ou quelque écho lointain des fêtes de Cybèle?
Brûlant comme l'amour, joyeux comme l'espoir, Le chant roule, emporté sur les plaines humides; Et le nocher surpris, dans la brume croit voir Bondir le chœur dansant des blondes Néréides.
Déjà la rame échappe aux mains des matelots; On écoute, — et la voix, qui lentement soupire, Dans son réseau sonore enchaîne le navire Comme un filet subtil étendu sur les flots :
« Suspends, suspends ton vol, carène aux blanches ailes,
Qui vas rasant les flots amers; Tout repose, et la nuit sème ses étincelles
Dans le voile ondoyant des mers,
« Vénus à l'horizon, sur un lit de nuages,
A dénoué ses tresses d'or :
Jetez l'ancre de fer à nos joyeux rivages,
Nautonniers, c'est ici le port!
DLRN1ÈKES CHANSONS. 41:
« Entendez-vous la brise enivrante et lascive
Glisser après les feux du jour?
Et la vague frémir aux lèvres de la rive,
Comme fait un baiser d'amour!
« \ cnez ! doux sont nos chants et doux sont nos visages.
Les dieux marins aux cheveux verts, Quand le soir, blanches soeurs, nous dansons sur les plage
Tendent vers nous leurs bras ouverts.
« Venez ! si le destin dans le fond de vos âmes
Retourne l'aiguillon fatal, A vous l'amour! à vous des caresses de femmes
Dans une grotte de cristal !
« A vous, tous les secrets que cherche en vain la foule !
A vous nos récits merveilleux, Où des jours effacés l'histoire se déroule
Comme un tissu mélodieux.
« Ce n'est point aux palais dans le cercle des villes,
Que dort la molle Volupté.
Elle aime les forêts et leurs dômes mobiles,
Où soupirent les nuits d'été.
« Elle aime les grands flots comme Vénus sa mère,
Quand, ouvrant l'océan vermeil, Elle sortit un jour de son écume amère,
Nue et ruisselante au soleil.
« Ici, sous la colline, au doux bruit des fontaines,
Etendus sur des lits de fleurs, Vous boirez chaque jour aux coupes toujours pleines,
L'oubli du temps et des douleurs.
<< Oublier ! oublier ! c'est la sagesse, au monde !
Aimer! c'est la loi des mortels. C'est pour l'amour joyeux que sur la vague blonde
Pendent les riants archipels.
« Où t'en vas-tu si loin, carène aux blanches ailes?
L'ombre est propice sous les cieux ; Heureux qui vient dormir aux bras des immortelles !
Il se relève égal aux dieux. »
Un souffle impétueux entraînait le navire. 11 allait, il allait aux magiques îlots, Comme va la coiombe au serpent qui l'attire. — Et les mâts s'inclinaient, et la rame en délire D'elle-même frappait les flots.
Etude antique.
Il est jeune, il est pâle — et beau comme une fille. Ses longs cheveux flottants d'un nœud d'or sont liés, La perle orientale à son cothurne brille, Il danse — et, secouant sa torche qui pétille, . A l'entour de son cou fait claquer ses colliers.
Tout frotté de parfums et la tête luisante, Il passe en souriant et montre ses bras nus. Un lait pur a lavé sa main éblouissante, Et de sa joue en fleur la puberté naissante Tombe aux pinces de fer du barbier Licinus.
Près des musiciens dont la flûte soupire, De la scène, en rêvant, il écoute le bruit; Ou, laissant sur ses pas les senteurs de la myrrhe, Il se mêle au troupeau des femmes en délire, Que le fanal des bains attire dans la nuit.
S'il a de ses sourcils peint le cercle d'ébène, Ce n'est pas pour Néëre ou Lesbie aux bras blancs. Jamais, jamais sa main chaude de votre haleine, Vierges, n'a dénoué la ceinture de laine Que la pudeur timide attachait à vos flancs.
Poui lui, le proconsul épuisera l'Empire;
Le prêtre comme aux dieux lui donnerait l'encens;
Le poète l'appelle ou Mopsus ou Tytire,
Et lui glisse en secret, sur ses tables de cire,
Le distique amoureux, aux dactyles dansants.
Par la ville, en tous lieux, autour de lui bourdonne L'esaim des jeunes gens aux regards enflammés... Et le sage lui-même, en s'arrétant, frissonne Quand son ombre chancelle et que son luth résonne Au fauve soupirail des bouges enfumés
Amour double.
Ami, tu disais toi-même :
— Et j'entends encor ta voix — « Il ne se peut pas qu'on aime Deux maitresses à la fois ! »
Tu m'as bien trompé!... regarde L'effet d'un mot hasardeux :
J'ai vécu sans prendre garde, Voilà que j'en aime deux!
Je ne sais pas trop laquelle Me cause moins de souci ; Car, si l'une est la plus belle, L'autre est la plus belle aussi.
Où me fixer? comment faire?
Le doute a gagné mes yeux.
C'est l'une que je préfère, C'est l'autre que j'aime mieux.
Et mon pauvre cœur qui flotte De l'une à l'autre beauté Semble un vaisseau sans pilote Par tous les vents emporté.
— Amour, qui me dois connaître, Pourquoi doubler mes douleurs Il suffisait d'une, ô maître, Pour me coûter bien des pleurs!..
LU
Parjure.
(Traduit «TOvjde, Élégie III; Amours.)
Comment croirais-je aux Dieux? Celle Qui m'a trompé si souvent, Sur ma vie ! est aussi belle, Aussi belle que devant I
Elle garde en son allure
La grâce des premiers jours.
Longue était sa chevelure,
Ses cheveux sont longs toujours.
Son pied, près du mien, se pose Tout petit, comme autrefois.
Je la connus blanche et rose, Blanche et rose je la vois.
Ses regards — ma bouche en grince 1 — Ont leurs flammes au complet.
Elle était mince; elle est mince.
Elle plaisait ; elle plait.
Ainsi donc les jeunes filles Ont droit de trahir les gens !
Ainsi donc aux plus gentilles Les Dieux sont plus indulgents!
Naguère, en ses accolades, Par nos yeux elle a juré.
Les siens ne sont pas malades;, Les miens ont tout enduré.
O Cieux, dont rit la cruelle, Dites-nous par quelle loi, Quand tout le crime est pour elle, Toute la peine est pour moi?
Ou le mot dieu qu'on redoute N'est qu'un mot sonore et creux, Ou les Dieux, sans aucun doute, Sont là-haut très amoureux.
Quand nous mentons, nous les hommes, Phébus frémit dans les airs, Et, sur tous tant que nous sommes, Fait pleuvoir ses traits amers ;
Neptune enfle la tempête, Mars prend son glaive inhumain, Minerve a le casque en tète, Jupiter, la foudre en main.
Mais les Dieux ont peur des belles, Des belles aux fronts vainqueurs.
Elles savent, les rebelles, Qu'ils ont des yeux et des cœurs!
Ah!... si j'étais Dieu moi-même, Je les laisserais mentir.
Je serais un dieu qu'on aime Sans crainte et sans repentir!
■ — Toi, cependant, ma charmante, Abuse un peu moins des Cieux, Ou, s'il faut que ta voix mente, Pitié pour mes pauvres yeux !
LUI A une jeune Fille.
( Traduit d'A s a c r i o y. )
La fille de Tantale, en sa forme nouvelle Sur les bords phrygiens devint pierre, dit-on ; Et les Dieux ont donné le vol de l'hirondelle A la fille de Pandion.
Que je sois ton miroir, pour que vers moi sans cesse Tu penches ton beau front orné par les Amours ! Que je sois ta tunique, ô ma blanche maitresse, Pour que tu me portes toujours 1
Que je sois dans ton bain l'onde pure et choisie Pour presser ton beau corps dans mes plis amoureux Que je sois le parfum, que je sois l'ambroisie Pour embaumer tes longs cheveux!
Que je sois le collier qui sur ton sein ruisselle! Le lien de ta gorge aux suaves appas ! Que je sois seulement ta sandale, ô ma belle, Pour être foulé sous tes pas !
La Fille du Fossoyeur.
J'adore à présent l'héritière
Du vieux fossoyeur aux bras noirs.
Je suis fidèle tous les soirs,
Au rendez-vous du cimetière.
Toc ! toc ! toc ! on entend le bruit Du vieux qui bêche dans la nuit.
^20 DERRIERES CHAXSOXS.
Avec sa tresse qui retombe, Ses yeux clairs et ses blanches dents, La belle pousse là-dedans Comme un rosier sur une tombe.
Toc! toc! toc! on entend le bruit Du vieux qui bêche dans la nuit.
Ah ! la follette, la follette, Qui faisant la nique au curé, Emporte le Oies irœ Dans son cri joyeux d'alouette.
Toc ! toc ! toc ! on entend le bruit Du vieux qui bêche dans la nuit.
C'est sous la terre une querelle Chaque fois qu'elle prend son vol.
Les croix de fer sortant du sol Semblent des bras, tendus pour elle.
Toc ! toc ! toc ! on entend le bruit Du vieux qui bêche dans la nuit.
Souvent même, dans l'ombre brune Tout le long des chemins sablés, On voit, tels que des cœurs troublés, Les tombeaux battre sous la lune.
Toc ! toc ! toc ! on entend le bruit Du vieux qui bêche dans la nuit
Quand l'enfant qui saute et qui piaffe Va du « bon père » au « bon époux », Tout marbre, comme un billet doux, Veut lui glisser son épitaphe.
Toc ! toc ! toc ! on entend le bruit Du vieux qui bêche dans la nuit.
En rêvant je marche près d'elle :
« C'est la voisine, n'est-ce pas, Dont on creuse le trou là-bas?
— Moi, je t'aime! », répond la belle.
Toc! toc! toc! on entend le bruit Du vieux qui bêche dans la nuit.
Mais déjà les morts en suaire Vont après nous, à pas furtifs.
Je vois rôder entre les ifs Ces roquentins de l'ossuaire.
Toc ! toc ! toc ! on entend le bruit Du vieux qui bêche dans la nuit.
— « Mets tes bras à mon cou, mignonne ! Ils ont eu ce que nous avons ;
Nous qui vivons, nous qui vivons, Embrassons-nous, la vie est bonne !
Toc ! toc ! toc ! on entend le bruit Du vieux qui bêche dans la nuit.
Nos baisers, en ces lieux funèbres, Pleins d'une large volupté, Jusqu'au fond de l'éternité Retentissent dans les ténèbres.
Toc ! toc ! toc ! on entend le bruit Du vieux qui bêche dans la nuit.
Un jour — bientôt — quand? — je l'ignore. A quatre pas dé ta maison J'irai dormir sous le gazon.
Que tu seras charmante encore!
Toc ! toc I toc ! on entend le bruit Du vieux qui bêche dans la nuit.
Ce jour-là, ce jour-là, ma belle, Au lieu d'oeillet et de lilas, Mon bouquet d'amoureux, hélas!
Sera *ait de jaune immortelle.
Toc ! toc ! toc ! on entend le bruit Du vieux qui bêche dans la nuit.
A l'heure où, selon nos coutumes, La maitresse attendait l'amant, Je me mêlerai tristement Au troupeau des galants posthumes
Toc ! toc ! toc ! on entend le bruit Du vieux qui bêche dans la nuit
Quelque autre aura ta foi complète.
Je te suivrai comme eux, ce soir, Et tu t'amuseras à voir Les soubresauts de mon squelette I >/
Toc! toc! toc! on entend le bruit Du vieux qui bêche dans la nuit.
Abrutissement.
Les hommes sont si mauvais Que, sans pleurer, je m'en vais
Du monde.
Pour la haine ou l'amitié Je n'ai plus qu'une pitié
Profonde.
Au point de nous empester, Chaque jour on voit monter
Les fanges.
Dans mon désespoir fougeux.
Je ne crois pas plus aux gueux
Qu'aux anges.
J'ai souffert tant de tourments, J'ai connu tant de serments
Frivoles, Que j'évite avec grand soin, Amour, les lieux où de loin
Tu voles!
Las d'aller, les bras pendants, Des noirs coquins aux pédants
Moroses, J'ai placé tout mon orgueil A planter près de mon seuil
Des roses.
Je mange et je dors en chien.
Plus rien de noble et plus rien
D'austère!
Comme d'un cruchon fêlé, Mon esprit s'en est allé
Par terre.
Tout, d'ailleurs, en ce séjour, Suit le maître, et par amour
L'imite :
Et la nature a lutté Avec ma stupidité D'ermite.
Les arbres de mon jardin Penchent d'un air anodin