ODE
Toute bonté abondante
Aus gouuerneurs des faints Cieus, Vn, qui de main foudroyante EJionne mortels & Dieus, Enfemença ces bas lieus De diuerjîté d'atomes Formq de ce vertueus Surpajfant celui des hommes.
Le/quels d'une dejiinee
Sous quelque fatal heureus, Pour former une bien née Furent enfemble amoureus :
Et goûtant le fauoureus.
Lequel ou l'Amour termine, Ou le rend plus doucereus, La font voir chofe diuine.
M efmement Jr familière A la troupe des neuf Seurs, Qu'elles l'ont pour leur lumière Fait lampeger en leurs chaurs :
Là receuant les honneurs De ceus, qu'on n'a laifsé boire Aus fourfes & cours donneurs De perpétuelle gloire.
Elle le fait aparoitre Au ioâe iejes efcTi-{, Qji'on voit iournellement naine, Et deuancer les efprits, Qjii auoient gaigné le pris D'ejîre mieus Zaj en notre aage.
O féminin entrepris De V immort alite -gage !
Op. unejîame amoureufe.
Qui mieus les paJponne\, Et de veine plus heureufe Dif cerne les aptes nej.
Et à l'Amour fortune^.
De ceus, lefquels à outrance Seront toujours mal mene\.
Et repu^ d'une efperance? Qui de langue plus diferte Fait le Mufagete orer Contre l'éloquence experte Du Dieu, qui peut atirer Par le caut de fon parler L'erreur à la vraye trace?
Qui près d'eus peutfommeiller.
Comme elle, fur le Parnaje?
Donq que fur f es temples vole Ce vert entortillonnè Pris de la ramure mole De la fuyarde Daphne, Et do éiement façonné
Pour orner lajeur de celle, Quifortit, le coup donné, En armes, de la ceruelle.
Sonnet à d. l. l. par a. f. r.
Si de ceus qui ne t'ont connue, qu'en lifant Tes Odes & Sonnets, Louije, es honorée : Si ta voix de ton lut argentin tempérée, D'arrejîer les pajfans eji moyen Jufifant:
Et fi fouuent tes y eus d'unfeul rayon luifant Ont meinte ame en prifon pour t' adorer ferrée : Tu te peus bien de moy tenir toute ajjeuree. Carjiiamais ton ail fus un caur fut puijfant.
Il ha efié fur moy, Sf fait meinte grand' playe : Telle grâce à chanter, baller, fonner te fuit, Qu'à rompre ton lien ou fuir ie n'effaye.
Tant tes vers amoureus t'ont donné los & bruit, Qji'heureus me fens t'auoir non le premier aymee. Mais prifé ton fauoir auant la renommée.
A Dame Louïze Labé, Lionnoize, la comparant aus Cieus.
Sej^x feus on voit au Ciel, lef quels airifi Sont tous en toy mejle^ enfemblement.
Phehé ejl blanche : & tu es blanche aujjï. Mercure ejî doâe : fi» toy pareillement.
Venus toujxours belle : femblablement Belle toujiours à mes yeus tu te montre. Tout de fin or eJî le chef du Soleil : Le tien au fien ie voy du tout pareil. Mars eji puijfant : mais il creint ta rencontre.
lupiter tient les Cieus en fa puijfance : Ta grand' beauté tient tout en fon pouuoir, Saturne au Ciel ha la plus haute ejfence : Tu as aufji la douce iouijfance Du plus haut heur qu'autre pourroit auoir.
Donq qui veut voir les grans dons, que les Dieus Ont mis en toy, qu'il contemple les Cieus.
Des louenges de Dame Louïze' Labé, Lionnoize.
Il ne faut point que i'apelle Les hauts Dieus à mon fecours, Ou bien la bande pucelle
CdQO f O-vJC-^ i
Pour m'ayier en mon difcours.
Puis que les Dieus, de leur grâce.
Les faintes Mufes, les Cieus
Ont tant illujîré la face.
Le corps, Vefprit curieus
De celle, dont i'apareille
La louenge nompareille,
le congnoy bien cleremenî
Qpe toute ejfence diuine
Mefauorife, & s'encVme
A ce beau commencement.
Sus fus donq, blanche fenejîre,
Fay tes refonans effors ;
Et toy, b mignarde dejîre,
Chatouille f es dous acors:
Chantons la face angelique,
Chantons TTbeau chef doré,
Si beau, que le Dieu Delphique
D'un plus beau n'ejî décoré.
N'oublions en notre mètre
Comme elle ofa s' entremettre
D'armer fes membres mignars :
Montrant au haut de fa tejîe
Vne efpouuentable crejie
Sur tous les autres foudars.
O noble, ô diuin chef d'euure
Des Dieus hauteins tous puijjans,
Au moins meintenant defcauure
Tes y eus tous refiouijfans,
Pour voir ma Mufe animée, Qjii de fa robujie main Haujfera ta renommée, Trop mieus que ce vieil Rommein, Qui fa demeure ancienne, La terre Saturnienne Delaiffa pour ta beauté, A fin qu'à toy rigoureufe ■ Il fut hofiie piteufe
En fa ferme loyauté.
La Mufe doâe diuine Du vieillard audacieus.
Par le vague s'achemine Pour t'enleuer iufqu'aus Cieus :
Mais la Parque naturelle Dens les Iberiens chams Courut defemplumer l'aile De fes pleurs, ù-defes chants:
Enuoyant en fa vieilleffe, Malfeant en ta ieuneje, Son corps, au tombeau ombreus !
Et fon ame énamourée En l'obfcure demeurée Des Royaumes tenebreus.
Dieus des voûtes ejioilees, Q]ii en perdurable tour Retiennent emmantelees Les terres, tout à l'entour :
Permete\ moy que ie viue
Des ans le cours naturel,
A fin qu'à mon gré i'efcriue
En un ouurage éternel.
De cette noble DeeJJe
La beauté enchanter ejfe.
Ce quelle ha bien mérité :
Et qu'en fa gloire immortelle.
On voye esbahie en elle
Toute la pojierité.
Ainjî que Semiramide,
Qui feingnant ejîre l'enfant
De fon mari, print la guide
Du Royaume trionfant.
Puis démantant la Nature
Et le fexe féminin
Ha^^arda à l'auenture
Son corps iadis tant bénin.
Courant furieufe en armes
Parmi les Mores gendarmes.
Et es Indiques dangers
De fa rude Jîmeterre
Renuerfant dejjus la terre
Les ef cadrons efîrangers.
Ainfi qu'es Alpes cornues
(Qui, fait Hiuerfoit EJîé,
Ont toufiours couuert de nues
Le front au Ciel arrejié)
On voit lafuperbe tejie
D'un roc de * pins emplumé, * Apherefe pour fapim.
Rauie par la tempefte
De/on corps acoutumé.
En roullant par fon orage Froijfer tout le labourage.
Des Beufs les âpres trauaus, Ne laijfant rien en fa voye Qji'en pièces elle n'enuoye, Cherchant les profondes vaux :
Ou comme Penthaflee, Qiii pour fon ami Heâor Combatoit entremeflee Par les Grecs, ans cheueus d'or, Ores de fa roide lance Enferrant l'un au trauers.
Or' du branc en yiolance Trébuchant l'autre à l'enuers :
Et ainjî que ces pucelles Qui l'une de leurs mammelles Se bruloient pour s'adejîrer Aus combas & entreprifes Aus bons guerroyeurs requifes, Pour l'ennemi rencontrer:
Loui\e ainJî furieufe
En laijfant les habi^ mois Des femmes, & enuieufe De bruit, par les Efpagnols Souuent courut, en grand' noife, Et meint ajfaut leur donna.
Quand la ieunejfe Françoife
Parpignan enuironna.
Là fa force elle defploye,
Là de fa lance elle ployé
Le plus hardi ajfaillant:
Et braue dejfus la celle
Ne demontroit rien en elle
Que d'un cheualier vaillant.
Ores la forte guerrière
Tournait fon dejîrier en rond :
Ores en une carrière
EJfayoit s'il ejîoit pront ;
Branlant en flots fon panache.
Soit quand elle fe iouoit
D'unepique, ou d'une hache,
Chacun Prince la Iouoit ;
Puis ayant à lafenejire
L'efpee ceinte, à la dejîre
La dague, enrichies d'or.
En s'en allant toute armée
Eli' fembloit parmi l'armée
Vn Achile, ou un Heâor.
V orguilleus fils de Clymene
Nous peut bien auoir apris
Qji'il ne faut par gloire vaine
Qu'un grand treinfoit entrepris.
L'entreprife qui ejî faite
Sans le bon confeil des Dieus
N'a point, ainfî qu'on fouhaite,
Son dernier efet ioyeus :
Ainfi cette helUqueufe Ne fut iamais orguilleufe :
Telle au camp elle n'alla :
Ains ce fut à la prière De Venus, fa douce mère, Qjii un foir lui en parla.
Vn peu plus haut que Icf plaine, Ou le Rone impetueus Embrajfe la Sone humeine Defes grands bras tortueus, De la mignonne pucelle Le plaifant iardin ejîoit.
D'une grâce & façon telle Que tout autre il furmontoit :
En regardant la merueille De la beauté nompareille Dont tout il ejioit arme.
Celui bien on l'uji pîi dire Du iujle Roy de Corcyre En pommes tant renommé.
A l'entrée on voyoit d'herbes, Et de thin verjlorifant.
Les lis & croijfans fuperbes De notre Prince puijfant : Et tout autour de la plante De petits ramelets vers De marioleine flairante Efloient plantei cesjix vers:
DV TRESNOBLE ROY DE FRANCE LE CROISSANT NEVVE ACROISSANCE DE lOVR EN lOVR REPRENDRA, IVSQVES A TANT QVE SES CORNES lOINTES SANS AVCVNES BORNES
ï;' J'- EN VN PLEIN ROND IL RENDRA. «^-^
Tout autour eftoient des treilles )^;y■^
Faites auec un tel art.
Qu'aucun n'uji /à fans merueilles
Là efpandre fon regard :
La voûte en ejîoit facree
Au Dieu en Inde inuoqué.
Car elle ejîoit accoutrée
Dufep au raijîn mufqué :
Les coulomnes bien polies
EJioient autour enrichies
De Romarins & Rqfiers,
Le/quels faciles à tordre
S'entrelajfoient en bel ordre
En mile neus fais d'ojîers.
Au milieu pour faire ombrage
EJioient meints arceaus couuers
De Coudriers, &■ d'un bocage
Fait de cent arbres diuers :
Là l'Oliue palijfante
Qji'Athene tant reclama,
Et la branche verdijfante
Qji'Apolon iadis ayma :
Là l'Arbre droit de Cibelle,
Et le ceruerin rebelle Au plaijjr vénérien :
Auec l'ohjcure ramee Par Phebe iadis formée Du corps Cyparijfîen.
Sous cette douce verdure.
Soit en la gaye faifon.
Ou quand la trijîe froidure Nous renferme en la maifon, Tarins, Rojfgnols, Linotes Et autres oifeaus des bois Exercent en gayes notes Les dous iargons de leurs voix :
Et la vefue tourterelle T pleint & pleure â par elle Son amoureus tout le iour :
De fa parole enrouée A pleints & à pleurs vouée Efroyant l'air tout autour.
Et à fin qu'à beauté telle
Rien manquer on nepufi voir. De la beauté naturelle Qji'un beau iardin peut auoir.
Il y ut une fonteine, Dont l'eau coulant contre val En fautant hors de fa veine Sembloit au plus cler crijîal :
Elle ne fut point ornée, Ny autour enuironnee
De beaus mirîes Cipriens,
Ny de buis, ny d'aucun arbre,
Ny de ce precieus marbre
Qîi'on taille es monts Pariens :
Mais elle ejloit tapijee
Tout l'enuiron de/es bors.
Ou/on onde courroucée
Murmuroit fes dous acors.
D'herbe toujîours verdoyante.
Peinte de diuerfes fieurs ,
Qjii en l'eau doufondoyante
Mejloient leurs belles couleurs.
Qjii uji regarde la tejie
D'un Narcijfe qui s'arrejle
Tout panchant le col fur l'eau,
On uJi dit que/on courage
Contemploit encor l'image
Qjii trop S* trop lui fut beau.
Aujjî par cette verdure
Eftoit le iaune Souci,
Qjii encor la peine dure
De fes feus n'^a adouci :
Ains touiours fe vire & tourne
Versfon Ami qu'il veut voir.
Soit au matin, qu'il aiourne,
Ou quand il efl près du foir.
. Là auJJî ejîoient Brunettes,
Majiis, damas, violettes
Çà & là fans nul compas :
Auec lajîeur, en laquelle
Hiacinte renouuelle
Son nom après fon trefpas.
Le ruijfeau de cette Jomfe A par foy s^ebanoyant, D'une foible & lente courfe Deçà delà tournoyant Faifoit une protraiture Du lieu ou fut renfermé Le monjire contre nature En Pafphaé formé !
Puis fon onde entrelajjee, De longues erreurs laffee Par un beau pré s'efpandoit:
Ou maugré toute froidure Vne plaifante verdure Eternelle elle rendoit.
Titan laijantfa campagne Peu à peu fous nous coulait, Et dens la tiède eau' d'Efpagne Son char il defateloit :
Quand en ce lieu de plaifance Lou^e ejioit pour unfoir, Qjii cherchant refouijfance Près la font fe vint ajfoir :
Elle ayant ajjej du pouce Taté l'harmonie douce De fon lut,fentant le fon Bien d'accord, d'une voix franche
lointe au bruit de fa main blanche.
Elle dit cette chanfon :
La forte Tritonienne,
Fille du Dieu Candien,
Et la vierge Ortygienne,
Seur du beau Dieu Cynthien,
Sont les deus feules Deejfes
Ou i'ay mis tout mon defr,
Et que ie fù pour maitrejfes
Des mon enfance choifir.
Si Venus m'a rendu belle.
Et toute femblable quelle,
Auecfa diuinité,
Qjie pourtant elle ne penfe,
Qp'en unfeul endroit i'ofenfe
Ma chajie virginité.
La pucelle Lionnoi-{e
Fredonnant meints tons diuers,
Au fon plein de douce noife,
N'ut deus fois chanté ces vers,
Qji'unfommeil de courfe lente
Defcendant parmi les Cieus,
Finit fa voix excellente
Et fon ieu melodieus.
Sur la verdure efpandue
Tous dous il l'a ejîendue,
Flatantfes membres difpos :
Dejfusfes yeus il fe pofe,
Et tout fon corps il arrofe
D'un trefgracieus repos.
En dormant tout ieuant elle Sa mère fe pref enta, En/on beau vif âge telle Qji'alors qu'elle s'acointa D'Anchife, près du riuage Du Simoent Phrygien:
Dont naquit le preus courage Q}ii au camp Hefperien Renouuella la mémoire.
Et la trionfante gloire Dufang Troyen abatu.
Qui deuoit en rude guerre Tout le grand rond de la Terre Conquérir par Ja vertu.
ElV regarde par merueille Son vifage nompareil, Son haut front, fa ronde oreille.
Son teint frefchement vermeil, Le vif coral de fa louche.
Ses fourcis tant gracieus, Qjie doucement elle touche Pour voir les rais de fes yeus :
Non fans contempler encore Celle beauté qui décore La rondeur de fon tetin, Q}ii ni plus ni moins foupire Qu'au printems le dous Zephire Alenant l'air du matin.
Apres que la Cyprienne
Vtfon regard contenté,
Voyant de la fille fienne
La plus qu'humeine beauté,
Esbahie en fon courage
De fa grand' perfeccion,
Elle augmenta dauantage
Vers eir fon afeccion :
Puis toute gaye & ioyeufe.
D'une voix trefgracieufe.
Pour defcouurir fon fouci.
Tenant les vermeilles rofes
De fa bouche un peu defclofes
Elle parola ainjî :
Les Dieus n'ont voulu permettre
Aus vains penfers des mortels,
Que d'eus ils fe pujfent mettre
A fin : bien que leurs autels
Soient tous couuers de fumée,
Ou pour gaigner leur faueur
Ou pour leur ire animée
Faire tourner en douceur.
Tous les veus pas ils n'entendent
Qui deuant leurs yeus fe rendent .*.
Ains les ont à nonchaloir.
Veu ni prière qu'on face
N'y font rien, fi de leur grâce
Ils n'ont un mefme vouloir, Q]ie penfes tu fille chère,
Penfes tu bien refifier
Contre les dars de ton frère S'il lui plait t'en molejler ?
Il /cet domter tout le monde De fon arc audacieus :
L'Océan, la Terre ronde, L'Air, les Enfers, & les Cieus.
Onq fille n'ut la puijfance De lui faire refijiance.
Et/es fiers coups foutenir :
Mais ie te veus faire entendre Pourquoy i'ay voulu def cendre Du Ciel, pour à toy venir.
Les hommes pleins d'ignorance.
Citoyens de ces bas lieus, Te penfent de leur femence.
Et non de celle des Dieus :
Mais par trop ils fe deçoiuent (Bien qu'ils le tiennent pour feur) Et ajfej ils n'aperçoiuent De ta beauté la grandeur.
Qpi dirait, voyant ta face, Que tufujfes de la race D'un homme Jîmple& mortel?
La Terre /aie & immunde, Nefauroit aus yeus du monde De foy produire riens tel.
Tout ainfi la beauté rare D'Heleine, chacun pen/oit Engendrée de Tyndare :
DEDIVERSPOETES. I5J
Car on ne la connoijbit.
Toutefois Jî ejloiî elle
Fille du Dieu haut tonnant,
Qjti/a mai/on fupernelle.
Le haut Ciel, abandonnant,
Atourné d'un blanc plumage,
Semblant l'Oifeau qui prefage.
En chantant, fa proche mort,
En Lede fille de Thejie
De fa femence celejîe,
La conçut par f on effort, Auecques deus vaillans frères.
Dont l'un alaigre efcrimeur Domta les menajfes fieres.
Et la trop âpre rigueur Du cruel Roy de Bebrice, Acoutumé d'outrager Et meurtrir par fa malice Chacun foudart ejîranger :
L'autre de hardi courage, Inuenta premier l'ufage De ioindre au char le courfier :
Ou il fe roula grand' erre, Effroyant toute la terre Des deus ronds borne^ d'acier.
Ainfi, bien qu'on ne te donne L'honneur d'ejîre de mon fang.
Et du fier Dieu qui ordonne Les puijfansfoudars en rang, I. 7.
Si m'eji ce chofe afeuree, Qjie de Gradiue le fort En moy tu fus engendrée, ïoingnant le gracieus bord, Ou la Sone toute quoye Fait une paifible voye S'en allant fendre Lion :
Dens lequel on voit encore * Le mont de Four- Vn mont *, OU lon me décore,
iiiere anciennement . . , f
"pelé forum Veneris. Qui retient de moy Jon nom. Le lieu ou tu fus conçue Ne fut vile ny château, Ains uneforejî tijjue De meint plaifant arhrijfeau.
Dont ie veus (en témoignage De ta race) te pouruoir, Ainfi que d'un héritage Qiie ie tiens en mon pouuoir.
Là autour font meintes plaines, Efquelles les blondes graines De Ceres pourras cueillir, Et la liqueur qui agrée A Bachus, 6" meinte pree Ou l'herbe ne peut faillir.
Là aujjifont meints bocages Deçà delà efpandus.
Ou en tout tems les ramages Des Oifeausfont entendus.
Parfois tu y pourras tendre
Le ret rare, à ton dejîr.
Et quelque gibier y prendre Pour acroitre ton plaijîr :
Ou t' exerçant à la chajfe Tu pourfuiuras à la trace Les Lieures fuians de peur.
De chiens autour toute armée, Vagans dejfous la ramee, Se guidans à lafenteur.
Etjîpar trop tu te peines En trop violent effort, De meintes cleres fonteines Tu pourras auoir confort :
V eau fortante de leur fourfe Tes membres refrefchira.
Et la murmurante courfe A fon bruit t'endormira :
Apres chargée de proye.
Tu te pourras mettre en voye Pour à ton château tourner.
Qu'en brief bâtir ie yeus faire, Sufifant pour te complaire S'il te plait y feiourner .
Sur tout (fille) ie t'auife, Que d'un caur tant odieus Ton frère tu ne mefprife, C'eji le plus puUJant des Dieus.
En ta beauté excellente Meint homme il rendra tranji.
Mais fa main ne fera lente A te tourmenter aujjî.
Prens bien à ce propos garde, Car ia iejîa il te darde Son tret âpre & rigoureus :
Dont il t'abatra par terre, Rendant d'un homme de guerre Ton tendre caur amoureus.
En ce il prendra bien vengeance Du bon Poète Rommain, Auquel fans nulle allégeance Ton caur ejî trop inhumein.
Bien prendra à ta ieunejje Auoir apris àfoufrir Des durs harnois la rudeffe.
Et à meint trauail s'ofrir :
Souuent feras rencontrée Depuis la tarde vefpree lufqu^au point du prochein iour, Parmi les bois languijfante, Et tendrement gemijjante La grand' cruauté d'Amour.
Alors pour ejîre affeuree Point en femme tu n'iras, Ains d'une lance parée Cheualier tu te diras.
la en ton harnois brauante le te regarde affaïllir Meint cheualier, quife vante
DHD1VERSPOETF.S. I$7
Hors de l'arçon te faillir :
Puis dexTremenî aprejlee,
Ayant ta lance arrejîee,
Le iefarçonner en bas,
Lui tout froifse, à grand' peine
Leuerfon arme incerteine.
Chancelant à chacun pas.
A Jj grans trauaus ton frère
Durement te contreindra,
lufqu'à ce qu^à la première
Liberté il te rendra :
Alors laiffant les alarmes.
Et les ha^ars perilleus,
Tu rueras ius les armes,
Et le courage orguilleus,
Dont tufoulois mettre en terre
Meint vaillant homme de guerre
Renuersé fous fon efcu,
Qjii repentant en fa face
De fa première menajfe
Tout haut fe crioit vaincu.
Donq laiffant dague S- efpee
Ton habit tu reprendras,
A plus dous ieus ocupee
Ton dous lut tu retendras :
Et lors meints nobles Poètes,
Pleins de celejîes efprits,
Diront tes grâces parfaites
En leurs trefdoâes efcri^ :
Marot, Moulin, la Fovteine, Auec la Mufe hauteine De ce Sceue aviacieus.
Dont la tonname parole.
Qui iens les AJires carole, Semble un contrefouire es Cieus
Toutefois leur fantajîe
Ton lo-{ point tant ne dira,
Comme d'un la Poëfie,
Qui de Vonde fortira.
Du petit Clan, dont la riue
Priuee de jlots irej
Ha en tout tems Vherhe viue
Autour des hors retirej.
De cil la Mufe nouvelle
Rendra ta grâce immortelle :
Du Ciel il ejl ordonné
Qji'à lui le bruit de la gloire
De fauoir mife en mémoire,
Entièrement f oit donne.
Q,u'à ton cctur toufours agrée Du Poète le labeur :
Son efcriture eji facree A tout immortel bonheur.
Ayant qui ton lo-{ efcriue, Mourir ne p eus nullement:
Ainjî Laure, ainf Oliue Viuent éternellement .
Vn Bouchet en façon telle.
Met en mémoire immortelle De fan Ange le beau nom :
Sacrant l'Angélique face, Sa beauté, fa bonne grâce, Au temple dufaint renom.
A tant la Deejfe belle
Mit fin àfon'dous parler :
Son chariot elle atelle Toute prejîe à s'en voler :
Les mignonnes colombelles Par le vague doucement Esbranlent leurs blanches ejles D'un paifible mouuement.
Louise ejîant ejueillee Rejia toute efmerueillee De lafainte vifion ; Ignorante fi fon fonge EJî vérité ou menjonge.
Ou quelque autre illufion.
Son corps droit, fa bonne grâce, Son dur teton,fes beausyeus, Les diuins traits de fa face, Son port, fon ris gracieus.
Le front ferein, la main belle, Le fein comme albafire blanc Montrent euidemment qu'elle Sortit du Ciprien flanc.
Puis fa vaillance & prouejfe, Son courage, fon adrejfe.
Et la force du brasjîen De grand heur acompagnee, La montrent de la lignée Du Gradiue Thracien.
Mais d'autre part, fa doârine.
Sa fageje, fou fauoir, La penfee aus arts encline Autant qu'autre onq put auoir ; Les vers doâes quelle acorde.
En les chantant de fa voix, A l'harmonieufe corde.
Frétillante fous fes doits:
Et la chajîeté jidelle, Qiii toujîours eji auec elle, Nous rendent quaji tous feurs Qji'elle ut la naijfance fenne De la couple Cynthienne, Ou de Vune des neuf Seurs.
Toutefois il nous faut croire Ce que nous difent les Dieus, Qui par la nuitée noire Se montrent aus dormans yeus.
Ainjt Heâor à Enee En un fonge s'aparut.
Et lafenne dejiinee En fonge il lui difcourut.
Souuent la future chofe Dufain efprit qui repoje EJI preuuë de bien loin :
DE DIVERS POETES. l6î
Ce fange prefque incroyable, Qjii après fut véritable.
En pourra ejlre témoin.
Mais il ejî teins douce Lire, Qjie tu cejfes tes acors.
Si affe\ tu n'as pu dire.
Si as tu fait tes effors.
Celle harpe Methimnoife, Qiii peut la mer efmouuoir, N'ut la Ninfe Lionnoi\e Chanté félon fon deuoir :
Non pas toute la Mujique De celle bende Lirique Q]ii (longtems ha) floriffoit En la Grèce : qui meint Prince, Meint pais, meinte Prouince, De fon chant rejîouiffoit.