GUILLAUME PARADIN
MÉMOIRES de l'histoire de Lyon, Par Guillaume Paradin de Cuyseaulx, Doyen de Beaujeu. Avec une table des choses mémorables contenues en ce présent livre. A Lyon, Par Antoine Gryphius. 157}. On lit, p. 355, livre III, chap. XXIX: « De deux dames Lyonnoises, en ce temps excellentes en sçavoir et Poésie. Soubs les Roys François I, et Henry II. a En ce siècle et règne, florissoyent à Lyon deux Dames, comme deux astres radieux, et deux nobles et vertueux esprits, ou plustost deux Syrenes, toutes deux
pleines d'un grand amas et meslange de tresheureuses influences, et les plus clers entendements de tout le sexe féminin de nostre temps. L'une se nommoit Loïse l'abbé. Geste avoit la face plus angelique, qu'humaine : mais ce n'estoit rien à la comparaison de son esprit tant chaste, tant vertueux, tant poétique, tant rare en sçavoir, qu'il sembloit, qu'il eust esté créé de Dieu pour estre admirée comme un grand prodige, entre les humains. Car encor qu'elle fust instituée en langue Latine , dessus et outre la capacité de son sexe , elle estoit admirablement excellente, en la Poésie des langues vulguaires, dont rendent tesmoignage ses œuvres, qu'elle a laissées à la postérité : desquelles sont competans juges les Poètes vulguaires de nostre temps. Entre ses escrits se lict un Dialogue, en prose, docte non moins que ingénieux, duquel l'argument est. Que Jupiter faisoit un grand et somptueux festin, auquel estoit commandé à tous les Dieux se trouver. Amour et la déesse Folie arrivèrent en mesme instant, sur la porte du palais: laquelle estant ja fermée, et n'ayant que le guichet ouvert : Folie voyant Amour ja prest à mettre un pied dedans, s'avance et passe la première. Amour se voyant poussé, entre en colère. Folie soustient luy apartenir de passer devant. Ils entrent en dispute et querelle sur leurs puissances, dignitez et préséances. Amour ne pouvant vaincre de paroles, mect la main à son arc, et luy lasche une flesche, mais en vain, pour ce que Folie soudain se rend invisible, et voulant se venger, crevé les deux yeux à Amour : et pour couvrir le lieu oij
lES CONTEMPORAINS. lOJ
ils estoyent, luy mect un bandeau, fait de tel artifice, qu'impossible est le luy oster. Venus se plaint de Folie. Jupiter veut entendre leur différent, en plaine assistance des Dieux. ApoUo et Mercure débattent le droit de l'une et l'autre partie, ApoUo celuy d'Amour, et Mercure de Folie. Jupiter les ayant longuement ouïs, et voyant les Dieux diversement affectionnez, et en contrariété d'opinions, les uns pour la Déesse Folie, les autres favorisansà Amour, pour appointer ce différent, va prononcer cest arrest qui s'ensuit : Pour la difficulté et importance de vos différents, nous avons remys vostre affaire d'icy à trois fois sept fois neuf siècles, et ce pendant vous commandons vivre amiablement ensemble, sans vous outrager l'un l'autre. Et guidera Folie l'aveugle Amour, et le conduira par tout oij bon luy semblera. Et sur la restitution de ses yeux, après en avoir parlé aux Parques, en sera ordonné. Ce dialogue outre ce qu'il est fort moral, et plein de traits de belle Philosophie, il est diversifié de plaisans evenemens, et succez qui adviennent aux amoureux, posez avec grande élégance, et beaux termes. Et ne s'est ceste Nymphe seulement faite cognoistre pas ses escrits, aincois par sa grande chasteté. L'autre dame estoit nommée Pernette du Guillet toute spirituelle, gentille, et treschaste, laquelle a vescu en grand renom de tout meslé sçavoir, et s'est illustrée par doctes et eminentes poésies, pleines d'excellence de toutes grâces. Elle trespassa de ce siècle en meilleure vie, l'an de salut mille cinq cens quarante cinq. Les Poètes françois célébrèrent ses obsèques.
CLAUDE DE RUBYS (l573)'
LES Privilèges, Franchises et Immunité^ octroyées par les Rois treschrestiens , aux Consuls, Eschevins, manans, et habitans de la ville de Lyon, et à leur postérité. A Lyon, par Antoine Gryphius, 1573-
On lit, p. 26 :
« Duquel temps l'église Chrestienne estoit desia tellement avancée en la ville de Lyon, et le nombre des fidèles tellement multiplié, qu'il y fut par le commandement desdicts Empereurs martyrisé un tel nombre de pauvres fidèles et vrais Chrestiens qui s'y estoyent retirez mesmes de la ville de Rome, que toute la ville fut quelque fois baignée en leur sang qui couroit le long des rues comme des ruisseaux, et d'oii la rivière d'Arar, que l'on tient en auoir rougy jusques à Mascon, prist sa dénomination de Saône, selon l'opinion d'aucuns. Entre lesquels martyrs furent la vertueuse dame Blandine que Paradin devoit proposer à nos dames de Lyon, pour mirouer et exemplaire de vertu et chasteté, et non ceste impudique Loyse l'Abbé, que chacun sait avoir faict profession de courtisanne publique jusques à sa mort. I)