ELEGIE I
Ivtems qu'Amour, d'hommes & Dieus vainqueur, Faifoit hruler defajlamme mon caur, A ///ATyXU ^" embrajfant de fa cruelle rage ,-^£^^E9^ Monjang, mes os, mon efprit & courage!
Encore lors ie n'auois la puijjance
De lamenter ma peine & majouffrance.
Encor Phebus, ami des Lauriers vers,
N'auoit permis que ie fijje des vers :
Mais meintenant que fa fureur diuine »
Remplit d'ardeur ma hardie poitrine,
Chanter méfait, non les bruians tonnerres
De lupiter, ou les cruelles guerres,
Dont trouble Mars, quand il veut, l'Vniuers.
Il m'a donne' la lyre, qui les vers
-Vouloir chanter de l'Amour Lesbienne :
Et à ce coup pleurera de la mienne.
O dous archet, adouci moy la voix, Qui pourroit fendre & aigrir (Quelquefois, En recitant tant d'ennuis & douleurs, Tant de dejpits fortunes & malheurs.
Trempe l'ardeur, dont iadis mon cceur tendre Fut en brûlant demi réduit en cendre, le feu défia un piteus fouuenir, Qui me contreint la larme à Vail venir. H m'eft auis que ie fen les alarmes.
Que premiers i'u d'Amour, ie voy les armes. Dont il s'arma en venant m'ajjaillir. Oejîoit mes y eus, dont tant f ai/ois faillir De traits, â ceus qui trop me regardoient. Et de mon arc aJJ'e^ ne fe gardaient.
Mais ces miens traits ces miens yeus me défirent Et de vengeance efire exemple me firent. Et me moquant, & voyant l'un aymer.
L'autre brûler & d'Amour confommer :
En voyant tant de larmes efpandues.
Tant de foufpirs & prières perdues, le n'aperçu que foudein me vint prendre Le mefme mal que ie foulois reprendre : Q}ii me perfa d'une telle furie, Qu'encor n'enfuis après long tems guérie : Et meintenant me fuis encor contreinte De rafrefchir d'une nouuelle pleinte Mes maus pajfe\. Dames, qui les Ure-^,
De mes regrets auec moy foupirej.
Pqfflble, un iour ie feray le femblabîe,
Et ayderay votre voix pitoyable
A vos trauaus & peines raconter,
Au tems perdu vainement lamenter.
Quelque rigueur qui loge en votre caur,
Amour s'en peut un iour rendre vainqueur.
Et plus aure\ lui ejîé ennemies,
Pis vous fera, vous /entant ajferuies.
N'ejlime-^ point que Ion doiue blâmer
Celles qu'a fait Cupidon enflamer.
Autres que nous, nonobjlant leur hautejfe,
Ont enduré T amoureufe rudejfe :
Leur cœur hautein, leur beauté, leur lignage,
Ne les ont fu preferuer duferuage
De dur Amour : les plus nobles efprits
En font plus fort & plus foudain efpris.
Semiramis, Royne tant renommée,
Qiii mit en route auecque's fon armée
Les noirs fquadrons des Ethiopiens,
Et en montrant louable exemple ausfens
Faifoit couler defonfurieus branc
Des ennemis les plus braues lefang,
Ayant encor enuie de conquerre
Tousfes voifins, ou leur mener la guerre,
Trouua Amour, qui Ji fort la prejfa,
Qu'armes & loix veincue elle laijfa.
Ne méritait fa Roy aile grandeur
Au moins auoir un moins fafcheus malheur
QjTaymer fonjils? Royne de Bahyîonne Ou ejl ton caur qui es comba-^ reforme? Qji'ejî deuenu ce fer & cet efcu.
Dont tu rendais le plus braue veincu?
Ou as tu mis la Marciale crejie, Qjii obombroit le blond or de ta tefîe? Ou efl l'efpee, ou eji cette cuirafje.
Dont tu rompais des ennemis l'audace?
Ou font fui\ tes caurjiers furieus , Lef quels trainoient ton char viâorieus?
Ta pu fi tôt un faible ennemi rompre?
Hapàfî tôt ton caur viril corrompre, Que le plaifîr d'armes plus ne te touche : Mais feulement languis en une couche?
Tu as laifse les aigreurs Marciales, Pour recouurer les douceurs géniales.
Ainfï Amour de toy t'a ejlrangee, Qu'on te dirait en une autre changée.
Danques celui lequel d'amour efprife Pleindre me voit, que point il ne mefprife Mon trifle deuil ; Amour peut efîre, en brief En fon endroit n'aparoitra moins grief.
Telle i'ay vu qui auoit en ieuneffe Blâmé Amour : après en fa vieillejje Brûler d'ardeur, & pleindre tendrement L'âpre rigueur de fon tardif tourment.
Alors de fard & eau continuelle Elle effay oit fe faire venir belle.
Voulant chaffer le ridé labourage.
Ope l'aage auoit grauè fur fon vi/age.
Sur fon chef gris elle auoit empruntée Qjielque perruque, & ajfej mal antee :
Et plus ejîoit à fon gré bien fardée.
De fon Ami moins ejioit regardée :
Lequel ailleurs f niant n'en tenoit conte. Tant luifembloit laide, & auoit grand' honte D'ejîre aymé d'elle. Ainjïlapoure vieille Receuoit bien pareille pour pareille.
De maints en vain un tems fut réclamée. Ores qu'elle ayme, elle n'eji point aymee. Ainf Amour prend fon plaifr, à faire Qiie le veuil d'un fait à l'autre contraire. Tel n^ayme point, qu^une Dame aymera :
Tel ayme aujjî, qui aymé ne fera :
Et entretient, néanmoins, fa puijfance Et fa rigueur d'une vaine efperance.