‹ Œuvres de Louise Labé (volume 2)Chapitre 8 sur 42 · ELEGIE II · texte numérisé non relu

ELEGIE II

D'vN tel vouloir le ferf point ne defire La liberté, ou fon port le nauire.

Comme i'attens, helas, de iour en iour De toy. Ami, le gracieus retour.

Là i'auois mis le but de ma douleur.

Qjiijineroit, quand i' aurais ce bon heur

De te reuoir : mais de la longue attente,

Helas, en vain mon dejîr Je lamente.

Cruel, Cruel, qui te faifoit -promettre

Ton hrief retour en ta première lettre ?

As tujipeu de mémoire de moy.

Que de m'auoir Ji tôt rompu la foy?

Comme ofe tu ainfi abufer celle

Qjii de tout tems t'a ejlé Jl jidelle?

Or' que tu es auprès de ce riuage

Du Pau cornu, peut ejîre ton courage

S'ejl embrasé d'une nouuelle jlame,

■En me changeant pour prendre une autre Dame :

là en oubli inconjiamment ejî mife

La loyauté que tu m'auois promife.

S'il ejî ainji, & que dejia la foy

Et la bonté fe retirent de toy :

Il ne me faut efmerueiller Ji ores

Toute pitié' tu as perdu encores.

O combien ha de penfee & de creinte,

Tout à par foy, l'ame d'Amour ejîeinte !

Ores iecroy, vu notre amour pajfee,

Qu'impoJJible ejî, que tu m'aies laijfee :

Et de nouuel ta foy ie me fiance.

Et plus qu'humeine ejlime ta confiance.

Tu es, peut ejire, en chemin inconnu

Outre ton gré malade retenu.

le croy que non : car tant fuis coutumiere

Défaire aus Dieus pour ta fanté prière,

Q]ie plus cruels que tigres ils feraient, Qiiani maladie ils te prochajjer oient ; Bien que fa foie 6* volage inconfîance Mériterait auoir quelque f ouf rance.

Telle ejî mafoy, qu'elle pourra fufre A te garder d'auoir mal & martire.

Celui qui tient au haut Ciel fon Empire Ne me f aurait, ce me femhle, defdire : Mais quand mes pleurs & larmes entendrait Pour toy prians, fan ire il retiendrait, l'ay de tout tems vefcu en fon feruice , Sans me fentir coulpable d'autre vice Qjie de t' auoir lien fauuent en fon lieu D'amour forcé, adoré comme Dieu.

Défia deus fais depuis le promis terme De ton retour, Phebe fes cornes ferme, Sans que de bonne ou mauuaife fortune De toy, Ami, i'aye nouuelle aucune.

Si toutefois, pour efire énamouré En autre lieu, tu as tant demeuré, Sifùy ie bien que t'amie nouuelle A peine aura le renom d'eflre telle, Soit en beauté, vertu, grâce & facpnde. Comme plufîeurs gens fauans par le monde M'ont fait âtort, ce crày ie, efîre ejiimee. Mais qui pourra garder la renommée ?

Non feulement en France fuis flatee.

Et beaucoup plus, que ne veus, exaltée. La terre aujjî que Calpe 6* Pyrenee

Auec la mer tiennent enuironnee.

Du large Rhin les roulantes areines.

Le beau païs auquel or' te promeines,

Ont entendu (tu me l'as fait à croire)

Que gens d'efprit me donnent quelque gloire.

Goûte le bien que tant d'hommes défirent:

Demeure au but ou tant d'autres afpirent;

Et croy qu'ailleurs n'en auras une telle.

le ne dy pas quelle ne f oit plus belle :

Mais que iamais femme ne t'aymera,

Ne plus que moy d'honneur te portera.

Maints grans Signeurs à mon amour prétendent.

Et à me plaire & feruir prêts fe rendent,

toutes & ieus, maintes belles deuifes

En ma faueur font par eus entreprifes :

Et néanmoins, tant peu ie m'enfoucie,

Qjie feulement ne les en remercie:

Tu es toutfeul, tout mon mal & mon bien:

Auec toy tout, & fans toy ie n'ay rien:

Et n'ayant rien qui plaife à ma penfee,

De tout plaifir me treuue delaijjee.

Et pour plaifr, ennui faifr me vient.

Le regretter (y plorer me convient.

Et fur cepoint entre en tel defconfort.

Que mile fois ie fouhaite la mort.

Ainjî, Ami, ton abfence lointeine

Depuis deus mois me tient en cette peine,

Ne yiuant pas, mais mourant d'un Amour

Lequel m'occit dix mile fois le iour.

Reuien donq tôt, fi tu as quelque enuie De me reuoir encof un coup en vie.

Et fi la mort auant ton arriuee Ha de mon corps l'aymante ame priuee, Au moins un iour yien, habillé de dueil, Enuironner le tour de mon cercueil.

Qjie plufi à Dieu que lorsfujfent trouue\ Ces quatre vers en blanc marbre engrauej.

PAR TOY, AMY, TANT VESQVI ENFLAMMEE, Qv'eN LANCVISSANT PAR FEV SVIS CONSVMEE, QVI COVVE ENCORSOVS MA CENDRE EMBRAZEE, SI NE LA RENS DE TES PIEVRS APAIZEE.

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