Élégie II, p
ÉTUDE
confondues n'en font plus qu'une! Ensemble, ils parcourent avidement ces pages de la vie, où l'on voudrait s'arrêter, et que jamais on ne lit qu'une fois. Alors l'influence littéraire d'Olivier qui, dans les Élégies, se fait sentir d'une manière discrète et à demi voilée, se découvre tout entière dans ces brûlants sonnets, jaillis à la fois de leurs deux cœurs, tracés par leurs mains du même cra)'on et qui, pour la dernière perfection du rhythme, appartiennent peut-être autant à l'amant qu'à l'amante *.
Mais les heures de l'amour étaient comptées pour eux; chargé d'une commission spéciale, qu'il devait remplir dans un temps prescrit d'avance, Olivier ne pouvait prolonger son séjour. Cette nouvelle séparation, après des joies délicieuses trop rapidement savourées, fut plus cruelle encore que la première et baignée de larmes plus amères *.
Louise resta longtemps absorbée dans les souvenirs de son amour; mais, n'étant plus inspirée par la présence du poète, elle cessa de chanter. Quelques amis obtinrent la confidence de ses vers; d'autres, à son insu, les lurent et en firent des copies. Elle consentit enfin à les confier aux presses de Jean de Tournes, qui dans un an les imprima deux fois. Cette consécration
1. Cette liaison fut-elle coupable? On hésite à le penser, quand on lit, dans le Débat de Folie et d'Amour^ cette phrase, entre autres, si chaste et si charmante : « La lubricité n'a rien de commun^ ou bien peUy avec Amour. » (P. 32 )
2. Le voyage de Magny en France, pendant la mission d'Avanson en Italie, est constaté dans les Odes (Épistre à J. d'Avanson) et dans les Soupirs (Sonnet 1-^9).
SUR LOUISE LABÉ
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de ses joies passées fut un adoucissement à ses regrets présents.
Olivier de Magny conçut-il quelque jalousie de ce rapide succès que ses poésies n'avaient jamais obtenu? ou bien l'absence seule suffit-elle pour refroidir une passion oij Teffervescence de la jeunesse semble avoir eu plus de part que le cœur? Toujours est-il, et ses Soupirs en offrent le témoignage^ qu'il chercha dans les baisers des courtisanes romaines la jouissance à défaut du bonheur. De son côté, Louise, en butte aux séductions d'une cour d'adulateurs dont sa renommée poétique avait doublé le nombre, perdant chaque jour l'espérance de revoir l'infidèle qui l'avait sacrifiée à d'indignes rivales, abandonna son esprit aux charmes d'une autre liaison. L'objet de cet attachement fut un jeune et brillant avocat lyonnais, qui devait un jour écrire l'histoire de sa ville natale, et dont la parole ardente, la plume audacieuse, avaient déjà suscité beaucoup de sympathies et de nombreuses animosités.
Sur ces entrefaites, dégoûté de Rome et de l'Italie, Olivier, qu'on n'attendait plus, arriva tout à coup, et trouva Louise à son gré trop occupée de ce nouvel adorateur. Furieux de rencontrer un accueil simplement amical là où il rêvait un regain d'amour, il exhala sa première fureur dans cette ode, tache honteuse au milieu de ses œuvres, où il prodigua l'outrage non-seulement à Louise, mais encore à son excellent époux; cette ode qui brisa le cœur de la pauvre femme au moment où, revenant à Olivier, dans une effusion sincère, elle congédiait l'objet d'une jalousie sans doute imméritée *.