‹ Œuvres de Louise Labé (volume 3)Chapitre 14 sur 33 · combien je Vestime heureux · texte numérisé non relu

combien je Vestime heureux

dit Magny, dans son Ode ci-dessus indiquée, en s'adressant à sire Aymon :

Qui la vois si souvent haler Et qui Vois si souvent parler !

Et qui vois si souvent encor Entre ces perles et cet or.

Un rubys qui luit en sa bouche Pour adoucir le plus farouche; Mais un rubys qui sait trop bien La rendre à soy sans estre sien !

Ce n'est des rubys qu'un marchant Avare aux Indes va cherchant, Mais un rubys qu'elle décore Plus que le rubys ne l'honore...

Il me semble que, pour être vieille de trois siècles, l'allusion n'a rien perdu de sa transparence.

SUR LOUISE LABÉ

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d'impudique et d'insigne courtisane; calomnie répétée par Calvin, par du Verdier, par Colletet, par Bayle, etc.

Claude Rubys se vengeait bassement d'un dédain par une lâcheté sans excuse, puisqu'elle avait pour objet une femme, une morte que personne ne pouvait plus défendre. Cette conduite de Rubys est tellement ignoble, que je ne fais aucune difficulté de lui attribuer une infâme chanson, imprimée à cette époque contre la Belle Cordière, et qui dut navrer l'infortunée au moins aussi profondément que l'ode injurieuse de Magny *.

Cette cruelle aventure fut une catastrophe dans l'existence jusqu'alors brillante et enviée de Louise. Si, quelques années encore, elle resta le centre d'un cénacle littéraire, que les hommes continuèrent seuls à fréquenter, ce ne fut pas sans exciter chez les dames lyonnaises un déchaînement de cruelles injures et de calomnies empoisonnées.

Enfin, le coup de grâce lui fut porté par la mort du vieux Ennemond Perrin, dont l'affection ne se démentit jamais et pour qui, à défaut d'amour, elle conserva toujours une vénération méritée.

Elle ne pouvait plus songer qu'à la retraite; les désastres s'accumulaient sur la ville naguère si florissante; des préoccupations bien autrement émouvantes que le culte

1. Cj^anson nouvelle de la Belle Cordière de Lyon, imprimée dans le Recueil des plus belles chansons de ce temps (Lyon, Jean d'Ogerolles, 1559» in-80), reproduite par Gonon, dans ses Documents sur L, Labé.

On y voit figurer, comme amants d'une nuit : l'auteur de la chanson (Rubys), un avocat (Maurice Sève), un procureur (A. Fumée), un cordonnier (Germain Borgne, de Cahors, nommé dans le testament de Louise), un meunier (en italien, mugnaiOf sans doute Magny), et un Florentin (Th. Fortini).

ÉTUDE

des lettres et des arts passionnaient les esprits; la guerre civile déchirait le midi de la France; l'implacable baron des Adrets, à la tête de fanatiques aussi féroces que lui, répandait l'effroi dans le Dauphiné et, s'étant rendu maître de Lyon, il y dominait par la terreur. Louise avait abandonné le théâtre de ses triomphes d'autrefois et vivait isolée dans son domaine de Parcieu, ne faisant plus à Lyon que de rares apparitions.

C'est dans un de ces voyages que, se trouvant chez un négociant florentin, Tomaso Fortini, qui depuis longues années était son ami et l'administrateur de ses biens, elle fut atteinte d'un mal subit, peut-être de l'épidémie qui régnait alors. Contrainte de s'aliter, elle fit venir le notaire Pierre de Laforest et lui dicta, le 28 avril 156$, un testament dans lequel, faisant libéralité d'une belle fortune héritée de ses parents et de son mari, elle se montre généreuse surtout envers les pauvres*. Elle retourna ensuite à Parcieu, où elle mourut presque un an, jour pour jour, après cet acte, le 2 ^ avril 1 566 *. Elle devait avoir quarante et quelques années.

Lyon a gardé le souvenir de la belle poétesse. En 1790, le ig^ bataillon de la garde nationale fit peindre sur son drapeau un soi-disant portrait de Louise. Elle était représentée assise sur un lion, tenant d'une main un prétendu poëme sur la Liberté (qui n'a jamais existé que dans l'imagination des démocrates de 1790), de l'autre une pique surmontée du chapeau de Guillaume Tell, avec le panache aux trois couleurs !H...

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