Voyez ce testament, p. 197, ci-après
2 . Date relevée par M . Brouchoud, sur un registre de P. Laforest, qui contient les quittances données par divers héritiers de Louise.
SUR LOUISE LABÉ
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Un hommage plus éclairé lui avait été rendu lorsque la petite ruelle qui longeait son jardin fut élargie aux dépens de ce terrain, et, après s'être appelée rue Neuve-de-Confort et rue Régnier, reçut, en 1607, le nom de rue Belle-Cordière.
Cette voie a été absorbée dans l'extrémité sud de la rue Impériale, aujourd'hui rue de Lyon, et le nom de la Belle-Cordière a été donné à une rue du voisinage, qui portait auparavant le nom de rue Bourg-Chanin.
Un buste en marbre, sculpté par Foyatier et placé au Musée, perpétue aussi le souvenir de Louise, bien que cette œuvre gracieuse soit toute de fantaisie, l'artiste n'ayant pas connu le portrait de la poétesse.
Ce qui atteste encore mieux l'estime des lettrés pour son talent, ce sont les nombreuses éditions de ses œuvres. — La première parut en i^SS» ^ Lyon, chez J. de Tournes, in-S»; deux autres, chez le même, en 1 5 56, l'une petit in-8®, la seconde in-i 6. Une quatrième, aussi in- 16, fut donnée à Rouen, la même année, par J. Garo. La cinquième parut à Lyon, en 1762 ; elle est ornée de gracieuses vignettes et donne, pour la première fois, des documents sérieux sur l'auteur. La sixième, in-8^, à Brest, en 181 ^ ; la septième, à Lyon, en 1824 : c'est une des meilleures; une huitième, Lyon et Paris, 1844, in- 12 ; une neuvième, à Paris, chez Raçon, 18^3, in-80 : elle est encadrée et jolie. Toutes ces éditions sont décrites en détail dans le Manuel du Libraire^ de J. C. Brunet (Paris, Didot, 1862, in-8<>), t. III, col. 708 à 710. Une dixième fut imprimée à Lyon, chez Perrin, en 1862.
La dernière que nous connaissions est celle d'Edvvin
xxxvj ÉTUDE SUR LOUISE LABÉ.
Tross (Paris, 1 87 1 , in-8<*). Elle est sans notes ni notice, et semble avoir été faite uniquement pour employer de magnifiques caractères de civilité du XVP siècle.
Un ou deux éditeurs ont cru devoir réduire ou même supprimer entièrement les vers à la louange de la Belle Cordière. Loin de suivre cet exemple, nous ne pouvons résister au plaisir d'ajouter à ces éloges un témoignage de plus, en terminant cette étude sur une femme poëte du XVl^ siècle par une strophe de Marceline Desbordes- Valmore, celle de nos dames poètes modernes que la tendresse a le plus délicatement inspirée :
Et tu chantas l'amour I ce fut ta destinée ! Femme, et belle, et naïve, et du monde étonnée; De la foule qui passe évitant la faveur, Inclinant vers ton fleuve un front tendre et rêveur, Louise, tu chantas ! à peine de Penfance Ta jeunesse hâtive eut perdu les liens, L'Amour te prit sans peur, sans débats, sans défense; Il fit tes jours, tes nuits, tes tourments et tes biens. Et toujours par sa chaîne au rivage attachée, Comme une nymphe ardente au milieu des roseaux,
Des roseaux à demi cachée, Louise, tu chantas dans les fleurs et les eaux!
Prosper Blanchemain.
STANT le tems venu, Madamoiselle j que les sévères lois des hommes n'empeschent plus les femmes de s^apliquer aus sciences
et disciplines^ il me semble que celles qui ont la commodité doivent employer cette honneste liberté, que notre sexe ha autrefois tant désirée, à icelles aprendre, et montrer aus hommes le tort qu'ils nous faisoient en nous privant du bien et de Vhonneur qui nous en pouvoit venir; et si quelcune parvient en tel degré que de pouvoir mettre ses concepcions par escrit, le faire songneusement et non dédaigner la gloire, et s^en parer plustot que de chaînes, anneaus, et sompîueus habits , lesquels ne pouvons vrayement estimer noires que par usage. Mais Vhonneur que la science
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nous procurera sera entièrement notre , et ne nous pourra estre oté, ne par finesse de larron ^ ne force d'ennemis y ne longueur du tems. Si j'eusse esté tant favorisée des Cieus que d'avoir l'esprit grand assez pour comprendre ce dont il ha à envie, je servirois en cet endroit plus d'exemple que d'amonicion. Mais ayant passé partie de ma jeunesse à l'exercice de la Musique y et ce qui m'a resté de tems l'ayant trouvé court pour la rudesse démon entendement^ et ne pouvant de moymesme satisfaire au bon vouloir que je porte à notre sexe ^ de le voir non en beauté seulement, mais en science et en vertu passer ou égaler les hommes, je ne puis faire autre chose que prier les vertueuses Dames d'eslever un peu leurs esprits par dessus leurs quenoillcs et fuseaus , et s'employer à faire entendre au monde que , si nous ne sommes faites pour commander, si ne devons nous estre desdaignées pour compagnes, tant és afaires domestiques que publiques^ de ceus qui gouvernent et se font obeïr. Et outre la reputacion que notre sexe en recevra , nous aurons valu au publiq que les hommes mettront plus de peine et d'estude aus sciences vertueuses, de peur qu'ils n'ayent honte de voir précéder celles desquelles ils ont prétendu estre tousjours supérieurs quasi en tout. Pource nous faut il animer l'une l'autre à si
EPITRE DEDICATOIRE
louable entreprise y de laquelle ne devez eslongner ny espar gner votre esprit y jà de plusieurs et diverses grâces accompagné, ny votre jeunesse , et autres faveurs de fortune, pour acquérir cet honneur que les lettres et sciences ont acoutumé porter aux personnes qui les suyvent. S'il y ha quelque chose recommandable après la gloire et l'honneur, le plaisir que l'estude des lettres ha acoutumé donner nous y doit chacune inciter : qui est autre que les autres récréations, desquelles quand on en ha pris tant que Von veut, on ne se peut vanter d^autre chose que d'avoir passé le tems. Mais celle de Vestude laisse un contentement de soy qui nous demeure plus longuement. Car le passé nous resjouit, et sert plus que le présent. Mais les plaisirs des sentimens se perdent incontinent, et ne reviennent jamais, et en est quelquefois la mémoire autant fâcheuse comme les actes ont esté délectables. Davantage les autres voluptez sont telles que, quelque souvenir qui en vienne, si ne nous peut il remettre en telle disposicion que nous estions ; et, quelque imaginacion forte que nous imprimions en la teste, si connoissons nous bien que ce n'est qu'une ombre du passé qui nous abuse et trompe. Mais, quand il avient que mettons par escrit nos concepcions, combien que puis après notre cerveau coure
EPITRE DEDICATOIRE
par une infinité (Tafaires et incessamment remue^ si est ce que longtems aprés^ reprenans nos escrits, nous revenons au mesme point et à la mesme disposicion où nous estions. Lors nous redouble notre aise : car nous retrouvons le plaisir passé qu^avons ii, ou en la matière dont escrivionSy ou en Vintelligence des sciences où lors estions adonnez. Et outre ce^ le jugement que font nos secondes concepcions des premières nous rend un singulier contentement. Ces deus biens qui proviennent d^escrire vous y doivent inciter, estant asseurée que le premier ne faudra d^acompagner vos escrits, comme il fait tous vos autres actes et façons de vivre. Le second sera en vous de le prendre, ou ne ravoir point, ainsi que ce dont vous escrirez vous contentera. Quant à moy, tant en escrivant premièrement ces jeunesses que en les revoyant depuis, je n'y clierchois autre chose qu'un honneste passetems et moyen de fuir oisiveté, et n'avois point intencion que personne que moy les dust jamais voir» Mais, depuis que quelcuns de mes amis ont trouvé moyen de les lire sans que j'en susse rien, et que [ainsi comme aisément nous croyons ceus qui nous louent) ils m'ont fait à croire que les devois mettre en lumière, je ne les ay osé esconduire, les menassant ce pendant de leur faire boire la moitié de la honte qui
EPITRE DEDICATOIRE
en proviendrait . Et pource que les femmes ne se montrent volontiers en publiq seules, je vous ay choisie pour me servir de guide, vous dédiant ce petit euvre, que ne vous envoyé à autre fin que pour vous acertener du bon vouloir lequel de long tems je vous porte, et vous inciter et faire venir envie, en voyant ce mien euvre rude et mal bati, d^en mettre en lumière un autre qui soit mieus limé et de meilleure grâce. Dieu vous maintienne en santé.
Votre humble amie, LOUIZE LABÉ.
De Lion, ce 24. Juillet 15$$.