I. Le mont de Fourviere, anciennement appelé Forum Veneris
ESCRIZ
Par fois tu y pourras tendre Le ret rare, à ton désir, Et quelque gibier y prendre Pour acroitre ton plaisir; Ou, t'exerçant à la chasse , Tu poursuivras à la trace Les lièvres fuians de peur, De chiens autour toute armée, Vagans dessous la ramée , Se guidans à la senteur.
« Et si par trop tu te peines En trop violent effort , De meintes cleres fonteines Tu pourras avoir confort.
L'eau sortante de leur sourse Tes membres refreschira, Et la murmurante course A son bruit t'endormira.
Après, chargée de proye, Tu te pourras mettre en voye Pour à ton château tourner, Qu'en brief bâtir je veus faire, Sufisant pour te complaire.
S'il te plait y séjourner.
« Sur tout (fille) je t'avise Que d'un cœur tant odieus Ton frère tu ne mesprise :
C'est le plus puissant des Dieus.
DE DIVERS POETES
En ta beauté excellente Meint homme il rendra transi ; Mais sa main ne sera lente A te tourmenter aussi.
Prens bien à ce propos garde, Car ja desja il te darde Son tret apre et rigoureus Dont il t'abatra par terre, Rendant d'un homme de guerre Ton tendre cœur amoureus.
« En ce il prendra bien vengeance Du bon poëte rommain , Auquel sans nulle allégeance Ton cœur est trop inhumein.
Bien prendra à ta jeunesse Avoir apris à soufrir Des durs harnois la rudesse Et à meint travail s'ofrir.
Souvent seras rencontrée, Depuis la tarde vesprée Jusqu'au point du prochein jour, Parmi les bois languissante Et tendrement gémissante La grand' cruauté d'Amour.
(( Alors, pour estre asseurée , Point en femme tu n'iras , Ains, d'une lance parée, Chevalier tu te diras.
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J-a en ton harnois bravante Je te regarde assaillir Meint chevalier qui se vante Hors de Tarçon te saillir; Puis, dextrement aprestée, Ayant ta lance arrestée , Le désarçonner en bas, Lui tout froissé, à grand' peine Lever son arme incerteine, Chancelant à chacun pas.
« A si grans travaus ton frère Durement te contreindra, Jusqu'à ce qu'à la première Liberté il te rendra.
Alors, laissant les alarmes Et les hazars perilleus , Tu rueras jus les armes Et le courage orguilleus Dont tu soulois mettre en terre Meint vaillant homme de guerre Renversé sous son escu , Qui, repentant en sa face De sa première menasse.
Tout haut se crioit vaincu.
a Donq , laissant dague et espée, Ton habit tu reprendras; A plus dous jeus occupée Ton dous lut tu retendras.
DE DIVERS POETES
Et lors meints nobles poètes, Pleins de célestes esprits, Diront tes grâces parfaites En leurs tresdoctes escriz :
Marot, Moulin, la Fonteine, Avec la Muse hauteine De ce Sceve audacieus, Dont la tonnante parole, Qui dens les astres carole , Semble un contrefoudre és Cieus.
(c Toutefois leur fantasie Ton loz point tant ne dira Comme d'un la poésie Qui de l'onde sortira Du petit Clan dont la rive , Privée de flots irez , Ha en tout tems l'herbe vive Autour des bors retirez.
De cil la muse nouvelle Rendra ta grâce immortelle :
Du Ciel il est ordonné Qu'à lui le bruit de la gloire De t'avoir mise en mémoire Entièrement soit donné.
ce Qu'à ton cœur tousjours agrée Du poète le labeur.
Son escriture est sacrée A tout immortel bonheur.
Ayant qui ton loz escrive,
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Mourir ne peus nullement.
Ainsi Laure, ainsi Olive, Vivent éternellement.
Un Bouchet, en façon telle, Met en mémoire immortelle De son Ange le beau nom ; Sacrant Tangelique face , Sa beauté, sa bonne grâce, Au temple du saint renom. »
A tant la déesse belle Mit fin à son dous parler.
Son chariot elle atelle , Toute preste à s'en voler.
Les mignonnes colombelles Par le vague doucement Esbranlent leurs blanches esles D'un paisible mouvement.
Louïze, estant esveillée, Resta toute esmerveillée De la sainte vision , Ignorante si son songe Est vérité ou mensonge. Ou quelque autre illusion.
Son corps droit, sa bonne grâce, Son dur teton , ses beaus yeus, Les divins traits de sa face, Son port , son ris gracieus, Le front serein , la main belle.
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Le sein comme albastre blanc, Montrent évidemment qu'elle Sortit du Ciprien flanc.
Puis sa vaillance et prouesse, Son courage, son adresse, Et la force du bras sien , De grand heur acompagnée , La montrent de la lignée Du Gradive Thracien.
Mais, d'autre part, sa doctrine, Sa sagesse , son savoir, La pensée aus arts encline Autant qu'autre onq put avoir, Les vers doctes qu'elle acorde , En les chantant de sa voix , A l'harmonieuse corde, Frétillante sous ses doits; Et la chasteté fidelle Qui tousjours est avec elle , Nous rendent quasi tous seurs Qu'elle ut la naissance sienne De la couple Cynthienne Ou de l'une des neuf Seurs.
Toutefois il nous faut croire Ce que nous disent les Dieus, Qui par la nuitée noire Se montrent aus dormans yeus.
Ainsi Hector à Enée
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En un songe s'aparut , Et la sienne destinée En songe il lui discourut.
Souvent la future chose Du sain esprit qui repose Est prévue de bien loin.
Ce songe presque incroyable , Qui après fut véritable, En pourra estre témoin.
Mais il est tems, douce lire, Que tu cesses tes acors.
Si assez tu n'as pu dire, Si as tu fait tes effors.
Celle harpe methimnoise, Qui peut la mer esmouvoir, N'ut la ninfe lionnoize Chanté selon son devoir; Non pas toute la musique De celle bende lirique Qui (longtems ha) florissoit En la Grèce, qui meint prince, Meint païs, meinte province, De son chant resjouissoit.