GENEVE
Je veux exprimer ta grande pensée d ejngn siècle^ Cette pensée dominante y profondément sympathique et religieuse y qui a reçu de Dieu même la mission auguste (torganiser le nouveau monde social^ je veux la cher-cher dans toutes les sphères des diverses facultés hu-maines, dans tous les ordres de sentiments et didées; je
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veux, si y e puis,^:én signaler toutes les métamorphoses ,siéCcèssiyçSK J'en suivrai la trace, autant quil me sera \ • ^.âbhné de [apercevoir, au travers des traditions et des rw événements, parmi toutes les régions de [intelligence et de [imagination , depuis la source reculée où elle se cache dans le sein des origines jusqu à [instant de com- .^pléte évolution où, pleinement développée dans les esprits dont elle est [nme et la vie, elle doit se révéler enfin par les plus éclatantes , les plus irrésistibles manifestations. Il faudra donc dire tantôt nos regrets, tantôt peut-4tre nos dédains, pour le passé; nos efforts généreux ou intéressés, harmoniques ou individuels, comme nos découragements, et même nos vaines révoltes, pour le présent; nos espérances quelquefois affermies, plus souvent incertaines et douteuses, pour [avenir. Oui, cette pensée intime, divinement assimilatrice, puise sa substance et sa force dans tout ce qui a été, dans tout ce qui est, dans tout ce qui doit être; et, par sa nature, elle tend à devenir [élément premier de toute civilisation, •i^- cest-à-dire une croyance.
Le présent, le passé, [avenir, relativement à la société en général, peuvent donc y à toutes les époques, et surtout aux époques de fin et de renouvellement, offrir le sujet* de trois épopées réunies par une pensée unique, ^. ancienne dans un ordre de choses et d idées, nouvelle dans un autre ordre, et néanmoins toujours identique et toujours homogène; et ces trois épopées ainsi réunies
ne formeraient qu'une seule et vaste trilogie. Çest ce que jai entrepris pour la société actuelle y héritière elle-même de tant de sociétés antérieures y façonnée par tant d états préparatoires y et qui subit en ce moment 'la douloureuse épreuve dune immense transformation.
Le génie audacieux du Dant e conçut un projet semr ^
blaUe à celui qui m'occupe. Pour jpeindre son siè cle , il yo;Yagea dans les tro i s mondes qui pour lu^ représen - *
taient toute [initiation du genre humain : telfut le sujet 4? de son triple cantique y monument si extraordinaire de fimagination la plus féconde et la plus puissante y ta-^ bleau passionné ^ énergique et sombre du moyen âge, dont le règne farouche expire à peine, s orte de cQsmo^ gonie sgcicde et poétique, qui a créé, dans toutes nos littératures modernes, ce Quelles ont^dè^ spontané et d indépendant des imitations clas siques.
Ainsi qtie le Dante, je veux visiter les lieux infréquentés de la foule, les lieux qu habitent les intelligences, où est le berceau mystérieux de toutes les destinées humaines. Mais je dois écarter de moi ces terribles évoça-- tk. tions qui jettent [épouvante dans les âmes : le moyen, âge se retire avec ses rigueurs et ses servitudes; le christianisme, loi démancipation et de grâce y a conquis la sphère civile tout entière; [initiation^ dépouillée de ses terreurs, de ses mythes redoutables, désormais san4 doute sera douce et pacifique.
Les idées gouvernent les esprits avant de gouverner
^ les corps : ces reines immortelles^ que tœil ne peut voir^ dont le sceptre ne peut être hnsê^ régnent long^^ÊSrrtps sur nous^ à notre insu, car un temps s ignore; et lors- « quelles viennent dans le monde réalisé se saisir de [empire légitime qui leur appartient, eUes restent encore, pour le plus grand nombre, obscurément enfouies au fond des choses. Cest pourquoi le spectacle du monde réalisé ne dit rien à ceux qui nont pas pénétré dans le monde des idées; Platon le savait bien.
Béatrix abaissa, en quelque sorte, les gloires célestes, afin de pouvoir y introduire un être doué de toutes les facultés de la poésie, mais en qui ces facultés éminentes étaient comprimées par des organes mortels; et, pour rendre accessibles les faits divins aux sens trop grossiers dun enfant de la terre, il a fallu les enfermer dans la forme admirable du symbole. Au reste, le symbole primitif, tel qu il fut à f origine des choses, témoigne magnifiquement des condescendances paternelles de la Providence divine à [égard de safctible créature. 4if S'il fut donné au Dante de se rendre [expression puissante de son temps, qui me donnera Jêtre [exprèsh sion vraie du mien? qui rendra moins téméraire le ' projet que f ai formé? qui abaissera pour moi les gloires \ célestes? de qui iiendrm.jp Ip. mme^jd or de [initia tion ^ qui me présentera les faits divins sous la forme accessible du symbole ? Toutefois le symbole actuel ne peut plus être te symbole primitif, les condescendances di-
vines devant changer selon les progrès du genre hu-
main.
Un artiste entouré dune grande renommée y un statuaire gui naguère jetait tant d éclat sur la patrie illustre du Dante, et dont les chef s-d œuvre de [antiquité avaient si souvent exalté la gracieuse imagination , un jour, pour la première fois, vit une femme qui fut pour lui comme une vive apparition de Béatrix. Plein de cette émotion religieuse que donne le génie, aussitôt il demande au marbre, toujours docile sous son ciseau, d exprimer la soudaine inspiration de ce moment; et la Béatrix du Dante passa du vague domaine de la poésie dans le domaine réalisé des arts. Le sentiment qui réside dans cette physionomie harmonieuse, maintenant est devenu un type nouveau de beauté pure et virginale, qui à son tour inspire les artistes et les poètes.
Cette femme, dont je veux taire ici le nom, que je veux laisser voilée, comme fit le Dante, est douée de toutes les sympathies généreuses de ce temps. Elle a visité , avec le petit nombre, le lieu qu habitent les intelligences : cest dans ce lieu de paix immuable, dinaltérable sécurité, quelle a contracté de nobles amitiés, ces amitiés qui ont rempli sa vie, qui , nées sous dimmortels auspices, sont également à l'abri du temps et de la mort , comme de toutes les vicissitudes humaines.
Je m'adresse donc à celle qui a été vue comme um vive apparition de Béatrix. Puisse-t-elle m'encourager
^;rî.
lo DÉDICACE.
de son sourire, de ce "sourire sérieux damour et de y race y qui exprime à-la-fois la confiance et la pitié pour les peines de l'épreuve, pour les ennuis dun exil qui doit finir; présage doux et serein, où se lit dès à présent la certitude de nos espérances infinies, la grandeur de nos destinées définitives !
Un savant laborieux et modeste, dont le nom est l'esté cher à toutes les an^s religieuses, et qui a été justement appelé le bramine de l'histoire naturelle, Çhadfiâ—Bonnet , a écrit un traité pour montrer comment, dès le temps même de son existence pas^ sagère, l'être mortel peut manifester en lui l'être immortel, comment l'être impérissable et incorruptible est contenu dans l 'être corruptible et périssa- / ble; et, voulant que le titre seul <iu traité qu'il méditait représentât tout de suite l'idée de c ette [>lorieuse évolution , de cette grande métamo rphose de rhomme, il a cru devoir nommer son l ivre la Paiingénésie philosopfiiqueT'^
Ce que Charl es Bonn et a essayé pour l'hom me individuel, je l'ai tenté pour l'homme collectif: l'on- / vrage que j'imprime aujourd'hui a été écrit tout entier dans cette vue. Ainsi les divers essais dont il se compose, très distincts quoique très analogues entre eux, ont été inspirés par le même sentiment, celui de la sympathie sociale; ils sont dominés par
la même pensée générale, celle de la condition imposée à rhomme de vivre en société , de n'être que par elle; enfin ils sont également consacrés à retracer, sous des formes variées et quelquefois symboliques, la peinture de toute transformation des sociétés humaines.
L'homme, hors de la société, n'est, pour ainsi dire, qu'en puissance detre; il n'est progressif et perfectible que par la société.
L'homme §st destiné à lutter contre les forces de la nature, à les dompter, à les vaincre : si, durant cette lutte pénible, il veut prendre quelque repos, c'est lui qui est dompté, qui est vaincu; il cesse en quelque sorte d être une créature intelligente et morale.
Cette lutte contre les forces de la nature est une épreuve et un emblème; le véritable combat, le combat définitif, est une lutte morale.
Enfin la providence de Dieu, qui n'a jamais cessé de veiller sur les destinées humaines , a voulu qu'elles fussent une suite d'initiations mystérieuses et pénibles, pour qu'elles fussent méritoires comme foi et comme labeur.
Tels sont les principes dont je désire établir la conviction intime , affermir et fortifier le sentiment profond. En un mot , le haut domaine de la Provi dence sur les affaires humaines, sans que nous cessions d'agir dans une sphère de liberté; l'empire de
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lois invariables régissant éternellement, aussi bien que le monde physique, le monde moral, et même le monde civil et politique ; le perfectionnement successif, l'épreuve selon les temps et les lieux, et toujours Texpiation; rhomme se faisant lui-même, dans son activité sociale comme dans son activité individuelle: n'est-ce point ainsi .que Ion peut caractériser la religion générale du genre humain, dont les dogmes plus ou moins formels, plus ou moins obscurcis, reposent dans toutes les croyances?
Cci n'est point là ce qu'on a voulu appeler la religion naturelle. La religion naturelle du déiste est une erreur analogue à celle du contrat primitif dans l'institution sociale.
Je prends toujours mon point de départ dans les traditions.
Platon, après avoir peint à sa manière l'origine des choses, dit qu'il est impossible d'expliquer cette origine et la nature de la cause, et qu'il faut s'en rapporter à ces hommes divins qui étaient plus près du commencement; alors il se saisit des cosmogonies traditionnelles. Lorsque Platon parle du système du monde, il se sert d'une expression qui revient à celle-ci, quelqu'un ma dit. Ce quelqu'un est sans doute . le personnage inconnu qui , pour lui , aussi bien que pour nous, est le représentant ou le dépositaire de toute tradition.
C'est une formule de ce genre, et l'analogie de
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certaines doctrines, qui donnèrent lien, dans les premiers siècles de notre ère, à considérer IHaton comme appartenant à un christianisme antérieur, préparatoire pour la gentilité. Au reste, les mythes et les systèmes indiens n ont été inconnus ni à Pythagore ni à Platon ; cela est prouvé par leurs brillantes' excursions vers un monde contemplatif, et par la nature de leurs symboles.
Sans doute il ne peut m être donné de dévoiler le plan.de la Providence, son dessein sur la grande famille humaine ; car ce plan^ est caché dans des profondeurs inaccessibles à nos yeux , et ce dessein ne nous sera complètement révélé qu'après cette vie; mais du moins il me sera permis de montrer qu'il y a un plan et un dessein. Ce que nous voyons nous racontera une partie de ce que nous ne voyons pas ; et toujours serons-npus autorisés à croire, de toutes nos forces religieuses les plus intimes, quune créature intelligente et morale ne peut être condamnée à subir une fin ignoble et misérable.
J'ai un autre but que je ne dois pas signaler d'àvance ; le lecteur saura bien le découvrir: d'ailleurs il est des choses qui ne s'expriment point, qui se font sentir.
Ce but, qui est le plus réel de tons, qui maigre le plus les besoins de la société actuelle en Europe ,' ce but sera manifesté à-la-fois par toutes les parties de cette composition successive, qui forment une sorte
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d'épopée cyclique, et dont les principales, celles pour qui les autres ont été faites, sont Orphée, la Fille des expiations, une Élégie.
Mais il ne me suffisait pas de réunir tant d objets si divers, je voulais encore les comprendre tous dans lexpression dun titre général qui caractérisât par lui*«méme une telle unité de sentiment, de pensée, de peinture; il me fallait donc un nom qui, en s appliquant à rhomme collectif, contînt à-la-fois Tidée de mort, et l'idée de résurrection , ou de restitution de letre; car, à moins de quelque grande catastrophe qui les abolisse à jamais , les sociétés bu*maines, malgré leurs changements de formes, con-' servent aussi leur individualité , la conscieiice de leur identité morale. Le titre de Palingénésie sociale s'offrait naturellement à moi ; je l'ai adopté.
Servius jt^ibue à Platon la doctrine de la mé -» tempsycose, et à Pythagore celle delà palingénésie. Ce témoignage unique, à mon avis, est assez singu^ lier pour qu'il vaille la peine d'être remarqué. U serait possible en effet, mais ce n'est pas ici le lieu , il serait possible de démontrer que la philosophie italique primitive, cette reine de toutes les philosophies élevées , cette admirable héritière des théosophi^i antiques et des mythographies cosmogoniques , fut fondée sur la palingénésie. Il paraîtrait que ledogme de^.lapalingénésie est^ le meni^jjuecelui de la métempsycose , l'un ésotériqu e, et l'autre exo*
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t^Rgue; ou plutôt que le second est une transformation du premier. Platon a jugé à propos de revêtir le second des couleurs de sa brillante imagination. Ce dogme sert d enveloppe à yne idée philosophique très ancienne quoiqu'elle n'appartienne point encore à la poésie primitive; c'est ce lle de la vi e ^ considérée comme une é preuve . Toutefois, il faut
bien en faire icflâ remarque , la poésie qui fut réel- ^j lement primitive nous est absolument inconnue ; et jM plus tard nous chercherons s'il n'est pas possible d'en retrouver quelque trace. En un mot , la métempsycose est une extension du système des épreuves etdes purifications , une transfprnïatiQ114>lui access ible à l'intelligence populaire.
I En effet, sous un certain rapport, le genre hu-
I main pourrait être considéré comme le même indi- Ij vidu passant par une suite de palingénésies. # ^ Mais en remontant à l'origine , il fallait bien rencontrer lejJopQejfln^jRtideQtiquQ de la déchéance - * et de la réhabilitation, ce dogme-s évère e t un anime
xrnî PYn]îfniP la suitc dcs dcstluées humaines^ leur développement sous forme d'initiations successives, chaqueTm tiation précédée d'une épreuve , et toute épreuve inflifîée comme expiation.
Le génie d'un peuple, c'est ce qui fait i|ue ce \ peuple est lui , et non tel autre : un peuple aussi est en quelque sorte un individu ; il en est de niéme ^nne race humaine.
Le génie d W peuple résulte d'un fait prinptif , djm fait myst ér ieux analogue à un fait cosmogoni que; s'il v a quelciue possibilité de le signaler^ il y a
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impossibilité absolue de Texpliquer : dans tous les cas, ce fait primitif, caché dans le secret des ori- \ gines, gouverne un peuple tout le temps de son/ | e xistence , et même après qu'il a cessé d'exister comme peuple.
Le génie d'un peuple et le génie de sa langue sont choses identiques. *
Les principes généraux des langues, les principes w généraux des sociétés humaines sont également choses identiques.
La nature du patriciat romain , signalée avec soin dans une des parties de cet ouvrage, jettera, je l'espère, un jour nouveau et immense sur ce qu'il y a de plus primitif dans les sociétés humaines, dans l'essence, si j'ose parler ainsi ^ des peuples et des * races. ^^ • ♦
Toutefois il ne faut jamais perdre de vue ce qui * a si souvent été affirmé dans le volume précédent,, à savoir que la société fut imposée à l'homme, que rien par conséquent ne peut précéder Tinstitution sociale ; à savoir encore que le genre humain est un, que la langue humaine est une, et que ces deux unités sont inséparables, se posent réciproquement l'une lautre.
Ainsi donc, quoique ma pensée, en apparence,