‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 2)Chapitre 2 sur 180 · TOME III · texte numérisé non relu

TOME III

i8 PRÉFACE.

8oitl|>lus vaste que celle de Charles Bonnet , elle est cependant moins difficile peut-être à réaliser et à montrer aux autres; car, soyons -en convaincus, i unité et Thomogénéité se manifestent bien plus, comme je liiens de le faire entrevoir, lorsqu'on les cherche dans le genre humain, que lorsqu'on s'obstine gt à les chercher dans l'homme isolé , dépouillé à-

7^ la-fois de tous ses liens de sympathie , de solidarité, de perpétuité indéfinie, dépouillé enfin de ce qui est au-delà de son existence passagère. Cette unité *et cette homogénéité, si évidentes pour ceux qui veulent les observer, nous fourniront sans doute quelques heureuses explications de toutes les croyances religieuses, et par conséquent des systèmes p h i- ^^. losophiques , de ceux toutefois qui ne nient point les

^^- croyances reKgieuses.

Si l'analogie intime des divers ouvrages qui com- ^ posent mon épopée cyclique m'a engagé à chercher • ^ * #n titre général, j'ai ensuite, par la même raison, ^té Conduit à faire des prolégomènes , pour diriger le lecteur dans une route où ses propres pensées doivent toujours servir^e complément aux miennes, et j'oserai dire de lumière pour les éclairer, poui'leur donner de la vie et du relief. On le sait , un livre n'a de réalité qu'autant qu'il ne fait que dévoiler ce qui existe; il n'a d'influence qu'à proportion qu'il développe dans chaque lecteur ce qui déjà est en luiplus ou moins obscurément; tant il est vrai qu'un

homme n'est rien par lui-même ^qull n est rien touti seul, qu'il n'est quelque chose que par les sympa- 1 thies qui sont en lui, et par celles qu'il réveille dans ^ les autres ! tant il est -vrai enfin qu'il faut que l'homme consente à faire partie djun^tout, et queceTfSfrrépi'à cê"ËSx muLpSi^ en pleine jouissance "dsisah

individualité morale ! \t. ^A

Les prolégomènes dont je viens de parler méri- ^' tent spécialement le titre de Palingénésie, que je .||. donne à Tensemble lui-même : on sait que plusieurs Ml tragédies grecques ont reçu leur nom du chœur qui en fait partie, et qui fut, pour le spectateur, comme le génie vivant de la conception du poète. Pour continuer cette comparaison avec les tragédies grecques, je dirai que la PaUngénésie sociale présente 1^ une sorte de trilogie, sous le rapport de l'unité gé- ' *^ nérale, et par la raison encore que si ce n'est pas la même action continuée, c'est la même pensée, le^^^ f même sentiment, à divers degrés, revêtus de formes , différentes. ^

C'est donc ainsi que l'ouvrage qui a été conçu le . dernier, qui n'a été fait qu'à l'occasion des autres, se trouvera ici le premier, et leur imposera un nom collectif.

Toutes nies méditations reposaient sur la vérité, mais sur une vérité philosophique; il leur fallait une base incontestable, un point d'appui certain et historique. Par de bonnes raisons , que j'aurai soig

d'expliquer, j'ai cru devoir choisir les faits providentiels et générateurs dont la série continue forme la véritable individualité du peuple romain. La série de ces faits, tirée de monuments incontestés, ou d analogies si puissantes qu elles sont égales à la certitude historique la mieux démontrée, m'a fourni, comme la preuve écrite de mes pensées , la réalisation de ce qui n'était que spéculatif. C'est le sujet d'un autre ouvrage, également en dehors de ma trilogie, telle que je l'avais' conçue d'abord, et qui est, pour ainsi dire, le corollaire et le résumé de mes idées , de la même manière que mes prolégomènes en sont le théorème et la préparation ; et il m'a offert, en même temps, l'occasion de les concentrer davantage, de les présenter sous une forme nouvelle plus précise; il se nomme: Formule généra le de [histoire de tous les pe uple s, appliquée à t histoire ^\ du peuple romain. Un tel titre paraîtrait peut-être ambideux, si je ne pouvais affirmer cpi'il est vrai dans toute l'énergie du mot. J'espère en effet y présenter le tableau exact du monde civil depuis sa naissance obscure et son berceau mystérieux jusqu'à son plus haut développement de force et de puissance; c'est l'initiation imposée par la Providence; c'est la destinée elle-même s'expliquant par des faits accomplis. Aussi oserai-je dire qu'il est impossible ^e pousser plus loin la synthèse historique. La véritable place de cet écrit devrait être à la fin ) mais

j'alcru plus convenable de l'intercaler entre rOrf)hée et la Ville des expiations.

L'importance de ce dernier ouvrage consiste surtout à montrer comment, par le développement de la loi chrétienne, lantique solidarité doit aboutira se transformer en la charité.

Les notes que j'ai rejetées à la fin de toute la pu- ^ ^ blication, et qui sont fort considérables, je dois en p^prévenir, sont identiques avec les diverses compositions qui forment Touvrage général. Elles sont indispensables pour le compléter, pour rapprocher les différentes parties entre elles , et pour les assimiler ; quelquefois elles servent à faire disparaître des contradictions apparentes, introduites par la succession même des pensées; souvent aussi elles offrent des explications d'autant plus utiles qu'elles s'ap- f

pliquent à tous les objets, en les éclairant, en les résumant, en justifiant mes données et jusqu'à mes ^ hypothèses; plus souvent encore elles mettent svLt la voie de nouvelles analogies et de nouvelles indue- ^

tions. Enfin elles remontent jusqu'aux écrits renfermés dans les deux volumes précédents.

Sans doute je n'emploierai pas tous les matériaux qye j'ai rassemblés pour cet objet ; je devrai faire un chgix; peut-être un jour tirerai-je de ceux que je négligerai en ce moment un volume semblable, pour la forme, aux Stromates de saint Clément.

L'ensemble de choses qui entrent dans la Palin-

rl^-' ^.

génésie na point été improvisé, il a été fait successivement; mais l'inspiration en est aussi complètement spontanée que possible : il est donc parfaitement un, parfaitement identique, parfaitement homogène; il doit donc faire naître dans tous les lecteurs une impression générale parfaitement..UJafi ,u£arfa^ ' ^ tement identique 7 parfaiteme nt homogèn e. C'est dans cette imprèSiotTgénéraïe que se troiivera la manifestation du but dont je parlais tpat-à-rheure , et que je ne puis signaler d'avance, puisque c'est là qu'il est tout entier. Chaque lecteur est donc en effet tenu de faire le livre que je n'ai point fait.

Ainsi mon véritable livre, qui ne §era point écrit, résultera de l'impression général^ qui doit rester à chaque lecteur. En cela je ressemble aux initiateurs des Mystères et aux fondateurs d'écoles philosophi- -1^ ques anciennes. Eux non plus n'écrivaient point, ils disaient. Leur doctrine se faisait elle-même. Selon le témoignage de l'antiquité , la sibylle qu'à Thébes on nomma Sphinx s'adressait à ceux seulement qui pouvaient, qui devaient deviner ses énigmes.

Les temps et les circonstances ont changé souvent autour de moi pendant que j'ordonnais les différentes parties qui composent la Palingénésie socialf ; il sera facile de s'en apercevoir. Je n'ai cependant aucune raison pour modifier ces différentes parties, ni dans leur ensemble ni dans leurs détails. Tout restera ce qu'il est, c'est-à-dire avec sa forte em-

preinte de spontanéité, et avec les légères inflexions qui peuvent résulter soit de la succession de mes propres idées, soit de la mobilité des événements et des systèmes.

Encore à présent, lorsque l'on réimprime Amyot, on a soin de conserver les orthographes successives des quatre régnes sous lesquels ce traducteur a vécu. En vérité, les légères inflexions que Ion pourra remarquer dans la suite de mes idées , ou plutôt datns la manière de les exprimer, ne sont guère plus que cela, et méritaient peut-être autant detre respectées. Quel inconvénient y a-t-il à ce que ces écrits conservent quelque trace des hommes, des temps et des choses au nAlieu desquels j ai vécu? Ce n'est point un fruit de la solitude que j'offre à mes lecteurs , c'est précisément le contraire.

Cette succession dans la composition a mis une * sorte d'irrégularité dans la marche graduelle des idées ; mais cette irrégularité n'est qu'apparente , Iparceque l'inspiration générale est toujours une et identique. Il en résulte toutefois la nécessité de tout lire d^uh bout à l'autre, non seulement pour me' juger , ce qui est fort peu important , mais afin c^e ceux dont j'ai eu la volonté d'exprimer les pensées et les sentiments puissent s'en rendre compte à eux-mêmes.

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