‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 2)Chapitre 102 sur 180 · DEUXIÈME PARTIE, i 2i · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE, i 2i

suet, qui s alarmèrent du progrès que faisaient les sciences primitives. La limite redoutable de 1 orthodoxie fut posée, et ocellée par le sang. La théocratie releva sa tète puissante. Ibujours les analogies se présentent à mon esprit. Et je dirai encore ici qu'au temps de Constantin , le genre humain n'était pas assez préparé pour la pleine émancipation chrétienne , dont il fut cependant si près.

On a pu-entrevoir la pensée première de la Ville des Expiations; c'est celle que j'ai attribuée plus haut à la Providence elle-même, dans l'établissement de toute société humaine, de mettre une sauvegarde à la liberté de l'homme, lorsqu'il Ta compromise ; de venir ^ son secours par une nouvelle épreuve, lorsque les autres épreuves n6nt pas suffi; de le soustraire an mauvais destin sous lequel plient ses facultés qu'il n'a pas su diriger pour l'améliorartion, pour le perfectionnement, but suprême et définitif du Dieu qui l'a fait primitivement à son image, et qui ne veut pas que cette image auguste reste profanée. Ajoutons une dernière réflexion plus spéciale. Enfin cette ville , comme toutes les cités primitives, est fondée sur l'antique droit d'asile, droit qui fit la ville bâtie par Gain, comme il fit le Theseum d'Athènes , comme il fit la ville bâtie par Romulus.

Mais, pour tout résumer en un mot, la pensée univei'selle qui préside à la Ville des Expiations,

2i4 PALINGÉNÉSIE SOCIALE.

cest la pensée généreuse, chrétienne, de substituer, dans la société actuelle , Tinitiation à la gêne et à l'infamie, l'épreuve au châtiment, la charité à la solidarité. Cette pensée, que sans doute la Providence ma inspirée, servira, je l'espère, à me faire pardonner la témérité de quelques unes de mes investigations.

Ainsi la pensée toute miséricordieuse des divers régîmes pénitentiaires, cette pensée qui est ellemême un progrès, dès lorigine, sera frappée de désuétude.

Les méchants des prisons et des bagnes ont entre eux un code qui les régit seul , auquel ils obéissent aveuglément, à l'insu de la puissance qui les punit : tant est grand l'instinct social et le besoin de loi ! Platon avait déjà fait la remarque de cette disposition des malfaiteurs à se réunir en corps de société. Certaines institutions de TÉgypte, qui ont excité l'étonnement des historiens, trouveraient ici une explication naturelle; mais je préfère la renvoyer au lieu où je pourrai lui donner les développements nécessaires. Je dois pester quant à présent dans les données les plus générales. Les malheureux qui, au milieu de nous, sont hors des lois qu'ils ont violées, rentrent sous d'autres lois qu'ils

Page 1