DEUXIÈME PARTIE
cultes intuitives, retrouver cette brillante synthèse qui fut à l'origine le flambeau des intelligences.
Revenons un peu sur nos pas pour mieux saisir l'ensemble de mes idées.
JPai dit l'inspiration qui a produit l'Orphée, c'est la même qui a produit le reste de la Pallngéiiésie, puisqu'elle est fondée tout entière sur la même pensée et le même sentiment. Tout y est identique.
J ai pris, ainsi que je l'ai fait remarquer, la Grèce primitive telle que les poètes et les philosophes nous l'ont donnée, c'est-à-dire comme une civilisation transmise. Les prêtres de l'Egypte disaient à Platon : Vous autres Grecs vous êtes d'hier.
Orphée, l'Hercule thébain, Thésée, étaient contemporains, d'après des traditions avouées par ces peuples , qui , au reste , avaient consenti à ne dater réellement que des Héraclides, et dont la seule ère incontestée soit celle des olympiades, bien différents des autres peuples qui ne croyaient jamais entasser assez de siècles pour voiler leur origine. C'est donc toujours aux Héraclides qu'ils faisaient remonter leurs institutions ; et c'est ce f{ui rend sî difficile toute chronologie antérieure.
Toutefois il est évident qu'ici il y a confusion , même dans cette sorte de chronologie que j'ai nommée idéale. Hercule a fait la contrée, le sol; Thésée
a fiiit Finstitution , la cité; Fun est donc un être cosmogonique , national ; lautre , un être héroïque national aussi : ce sont deux âg^es mêlés dans les traditions.
Quoi qu'il en soit, et malgré cette limite des Héraclides, il est impossible de ne pas voir encore là un vieux monde qui finit, et un monde nouveau qui commence. Hercule soutenant le ciel à la place d'Atlas, c'est l'apparition d'une nouvelle race, de nouvelles dynasties royales, d'un ordre de choses nouveau: c'est toujours une époque paUngénésique. Le culte du jeune Jupiter succédant à œlui du vieux Saturne n'est qu'une transformation de la même idée. A son tour, selon la remarque déjà faite plus haut, le vieux Jupiter devait être un jour détrôné par le jeune Bacchus, le dieu plébéien par excellence ; en efFet, les plébéiens , dans le mythe civil d'une époque, sont représentés par le sexe passif, par les ménades : nous trouverons un dernier témoignage de cet antique mythe civil dans la loi des xn Tables, où le mot muliereSy toujours d après nos idées, désigne ceux qui ne faisaient point partie de la cité, ceux à qui était interdit le vin, symbole des droits civils, incommunicables. Virgile faisant du Silène, instituteur de Bacchus, un personnage coamogonique , était à son insu l'organe d'une croyance dont nous avons déjà parlé ,