DEUXIÈME PARTIE
et dont la tradition , qui n^ iiit jamais interrompue , reprenait alors quelque chose de son énei^e. Le plébéianisme, pour le redire en passant, est tellement la tige même de Thumanité, que les lettres et les arts, honneur et gloire de Fhumanité, sont des productions plébéiennes. Mais revenons à ces données antiques, dont nous nous sommes trop écartés par la force d analogies toujours présentes^ à notre esprit. Lorsque Ménélas aborda en ÉgypteA^ il trouva que Protée régnait sur cette terre merveil\ leuse. Or Protée était un devin illustre du vieux \ monde, prophétisant le monde nouveau. Cétait\ donc encore pour l'Egypte la fin des temps divins! ou des temps fabuleux , ce qui est la même chose , d'après tout ce que nous avons déjà dit.
Ainsi les révolutions de la terre sont exprimées par des personnages cosmogoniques généraux, comme les révohitions locales de chaque région sont exprimées par des personnages cosmogoniques nationaux. Protée est pour FÉgypte^ce que FHeiv cule thébain est devenu pour la Grèce : j'étais donc autorisé à faire d'Orphée le civihsateur primitif succédant à tous les personnages cosmogoniques.
Il parait aussi , d'après l'étude de la géographie de la Grèce , que , peu avant cette époque , toute la contrée avait subi de grands bouleversements. La contrée elle-même était donc nouvelle. Peut-être
FEuxin sétait-il récemment ouvert avec violence les portes de la Méditerranée, appelée alors le {]^rand Océan. Les déluges d'Ogygès , de Deucalion , la mobilité des roches Gyanées , l'île de Délos flottant sur les mers, les combats des géants, sont de poétiques attestations d'une catastrophe locale dont la mémoire n'aura pas tardé à être confondue avec la catastrophe générale qui a laissé sur la terre d'irrécusables monuments.
Les mystères cosmogoniques de la Samothrace, par leur forme austère, indiquent une origine de misère et de malheur. Les Cabires conservaient sans doute dans leurs tristes grottes quelques lamentables débris des traditions antérieures au bouleversement.
Nous avons vu déjà que quelque chose de sinistre repose dans toutes les traditions primitives, et j'en ai fait connaître la raison. Les Mbles de l'âge d or sont des fables postérieures , italiques plutôt que grecques^ et qui ne s'appuient point sur des traditions unanimes et revêtues du caractère imposant de l'universalité, à moins que ce ne soit un emblème des temps antédiluviens, ou plutôt un souvenir confus de l'état qui a précédé la déchéance. Un fait bien plus primitif et bien plus généralement adopté, c'est la misère de l'espèce humaine au commencement, et la haine de la propagation ,