‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 2)Chapitre 131 sur 180 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

point à nous ravir le bienfait de ces deux initiations , devenues nôtreînalTénable héritage^

Ne soyons point étonnés si,. encore à présent, si, depuis la promu%ation de la loi de grâce, M. de Maistre a continué à ne connaître pour le monde d'autre salut que le salut par le sang. Au dix-neuvième siècle de cette loi de grâce, inspiré encore par le génie redoutable du châtiment et de la peine , il a osé peindre le bourreau comme Thorreur et le

< I II - - - — ■ I - Il, j. • — ■ ■■ ^ w I * ■ M i n > w i i m il ' I ' ■^' ■ iwi ■—■■-■■■■

lien de lassociation humaine. «Otez du monde, et c'est en frémissant que je retrace de telles expressions , ôtez du monde cet agent incompréhensible, dans Tinstant même Tordre fait place au chaos, les trônes sabyment, et la société disparaît. » Ne soyons point étonnés si le fléau de la guerre est une des terribles harmonies du monde social; car il nous apprendra qu il y a dans le sang humain répandu sur la terre une vertu secrète, une vertu d'expiation.

Juste ciel! voudrait-il donc rétrograder jusqu'aux jours des sacrifices sanglants?

Ce qu'il feut bien remarquer, et remarquer pour une haute instruction, c'est que M. de Maistre n'a nulle pitié des hommes. Il est inexorable à l'égal de la destinée, et point miséricordieux comme la Pro-

vidence. D'après les poëtes chrétiens, si les angles exécutèrent la sentence contre Thomme décbu , ils ne l'exécutèrent qu'en pleurant. Cela est vrai , la Providence exécute ses lois en pleurant , lorsque ses lois sont rigoureuses ; la chute et la rédemption ne forment qu'un seul et môme dogme, par lequel encore le Réparateur promis àcÀt être fils de l'homme déchu.

Le caractère farouche de l'antique patricien , type tout-à-fait primitif, s'est donc retrouvé, dans notre temps, avec toute sa poésie; et pourtant cette poésie n'a point la rudesse des époques cyclopéennes, parcequ'elle a été polie, malgré elle, par l'étude de Platon , par l'ensemble des mœurs chrétiennes^ On y retrouve néanmoins toujours ce dédain superhe et naïf pour l'humanité; l'humanité, en effet, est un résultat de l'évolution plébéienne qu'il ne pouvait adopter, à laquelle il était instinctivement antipathique.

Ainsi M. de Maistre était resté complètement en arrière de la loi de clémence et de grâce! ainsi il a méconnu les développements successifs! Il ne s'est pas souvenu de ce que Jésus-Christ disait aux Juifs, en leur expliquant la nécessité, la raison des dures lois de Moïse. Il a oublié le baptême substitué à la circoncision, double emblème qui exprime tout. Platon lui avait enseigné que la pensée humaine

Page 1