‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 2)Chapitre 136 sur 180 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

cas de défense naturelle, est toujours un crime.

Au reste , je ne fais qu effleurer ici la théorie des peines; lorsque j'aurai à fouiller les annales de l'antiquité pour y puiser des instructions, et ensuite lorsque j'aurai visité la Ville des Expiations, je pourrai m'expliquer avec plus d'assurance. JNous serons mieux en état d'apprécier une multitude de choses par les idées nouvelles que nous aurons acquises; je serai aussi plus avancé dans ma propre initiation; car, il faut bien que je le dise, les diverses parties de ces excursions palingénésiques sont pour moi-même une suite d'initiations successives dans lescjuelles je. cherche à m'associcR mes lecteurs. Bornons-nous donc quant à présent à ce qu'il y a de plus général dans cette haute question , et dans ses rapports seulement avec la peine de mort.

Dieu a droit de limiter le temps de la vie, c'est-èdire la durée de la manifestation de Thomme dans le temps ^ cela est incontestable, non seulement parcequ'ilest maître de la vie, mais aussi parcequ'il sait la destinée contingente d'une vie plus ou moins prolongée, mais sur-tout parcequ'il connaît l'instant où il est bon que l'ame soit soumise à une autre série d'iépreuves. I^a société est une institution divine. Le droit d'infliger la peine de mort , qu'il lui soit concédé pour un temps p^r la Providence, ou qu'elle se l'airoge elle-même, ce droit peut être

considéré comme une calamité de pliis , à laquelle l'espèce humaine fut assujettie. Mais une calamité cesse enfin.

Si les langues sont en effet une cosmogonie intellectuelle où soient déposées d'une manière synthétique les archives du genre humain ; si une philologie indépendante est appelée à éclairer cette cosmogonie mystérieuse , que j'oserais presque dire tout itituitive, et, sous certains rapports , toute prophétique; si enfin la faculté du langage est la seule qui ne puisse pas être progressive, alors l'intuition et la synthèse ont dû précéder l'expérience et l'analyse. J'aurai plus d'une fois occasion de produire dans ces données des monuments irrécusables d'un ordre de choses primitif. M. de Maistre, comme la plupart des philosophes de cet ordre , puise aux sources obscures de l'étymologie, et accorde une grande puissance à la vertu symbolique des mots. J'ai démontré à ce sujet que le signe avait beaucoup perdu de ses attributions et de son énergie, que les facultés originelles n'existaient plus dans nos langues modernes de l'Europe, si lentement produites par tant d'idiomes , par tant de races , par tant de siècles. Heraclite soutenait que les mots étaient des empreintes exactes, ou des images des choses exprimant les qualités naturelles des objets. Platon, dans le Cratyie, réfute Heraclite. Cette

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