‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 2)Chapitre 137 sur 180 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

opinion n en est pas moins un des caractères de la philosophie italique ancienne. HéràcUte avait étudié les dogmes de Pythagore. Mais ce n'est point encore de cette partie cosmogonique des langues qu'il s'agit ici , partie que Platon entrevit du haut de son intuition qu'il prenait pour de la réminiscence. ( D'ailleurs il en a été question dans le § III de la seconde partie. )

Quoi qu'il en soit, M. de Maistre, trop souvent ifiattentif aux faits nouveaux, a vu dans les mots supplice et supplier une racine commune. Cette ideor tité n'est pas aussi intime que peut le croire l'apôtre du passé ; et , dans tous les cas , ce serait à mon avis le signe démonétisé d'une forme sociale qui va périr, d'une initiation finie ; car, ainsi que je l'ai dit, le moment est venu où le genre humain ne sera plus tenu de supplier par le sang.

Toutefois j'ajouterai ceci à la "remarque de M. de Maistre, non pour l'appuyer, mais pour fixer l'époque où elle put être vraie.

'Le mot sacré et condamné sont le même mot , dans cette jurisprudence sévère qui succéda partout à l'antique mansuétude traditionnelle. Il s'applique alors aux animaux, aux hommes, et même aux choses. Qu'il soit sacré aux Dieux pénates ; c'était la condamnation à mort de l'enftint par le père de famille, dans l'intérieur de la maison. Qu'il

soit sacré aux Dieux de la patrie; c'était la formule de condamnation par le magistrat ou par le peuple, pour un délit public. Sacer esto : formule célèbre que je me propose d^éxaminer : qu il soit anathème; et Fanathème a été conservé dans l*Église, mais avec un sens purement moral, si ce n'est lorsque le pouvoir temporel a osé pervertir les pacifiques attributions du pouvoir spiritu0l. Cette remarque incidente nous mènerait trop loin. Si je remontais sur-tout, comme j'ai déjà dit que je voulais le foire pour Finstitution civile, jusqu'à l'origine même des sociétés humaines, j'aurais trop de choses à expliquer sur les meurtres d'un âge primitif, sur les exils volontaires, sur les garanties de Thospitalité et du droit d'asile, sur les expiations symboliques, sur les formules chantées qui précédèrent les lois écrites; j'aurais donc à apprécier encore dans les mythes ce qui est relatif à ce sujet. Puisque je dois rechercher ailleurs , parmi les débris de l'antiquité , les traces d'une théorie des peines, antérieure à toute législation historique, je réserve pour ce moment le soin de compléter les considérations que je ne fois qu'indiquer ici. D'ailleurs il ne fout point perdre de vue que, dans nos idées, société et expiation sont toujours identiques, et voilà pourquoi let^fondateur d'une cité antique est par-tout un meurtrier : ce type est universel.

Page 1