TROISIÈME PARTIE
Enfin on en viendra tôt ou tard à labolition de toute peine , qui entraîne après elle un effet irrévocable.
Jour de bénédiction, je te salue dans un avenir qui ne peut long- temps se faire attendre; car le genre bumain ne met plus des siècles à accomplir son œuvre. Les chaînes de Prométhée tombent de toutes parts. L'antique Eurystbée cberche en vain le nouveau travail qu il peut imposer encore à l'Hercule affranchi .
Cette étrange profession de foi que vient de produire l'esprit réactionnaire , où Ion a voulu affirmer la croyance par le supplice des parricides, est une torche impuissante qui n'allumera aucun bûcher.
La société ne pourra donc plus supplier par le sang ; et les disciples de M. de Maistre seront obligés de se réfugier dans la pensée qu'il restera toujours une veine de sang humain ouverte, celle de la guerre.
En effet, M. de Maistre regarde aussi la guerre comme une forme d'expiation. Je ne le conteste pas, mais n'est-ce que cela? Examinons. I^a mort est une des conditions de la vie ; la guerre condamne un certain nombre d'hommes à mourir
siir les champs de bataille, elle est donc un genre de mort ajouté à tous les autres. Xa guerre a été dans la main de Dieu un moyen providentiel, un instrument de civilisation. De plus, il est évident que les questions sociales les plus importantes ne peuvent se décider que par les armes; et remarquez bien qu un combat entre des hommes est un combat entre des intelligences, combat dont le signe t^rible est l'immolation d'un plus ou moins grand nombre de victimes. La force physique, ici comme ailleurs, n'est que l'emblème de la force intellectuelle ou morale. La guerre est donc souvent l^itime, même la guerre civile. T^ victoire est l'ascendant d'êtres intelligents sur d'autres êtres intelligents, ascendant qui se manifeste dans le fond des âmes plutôt qu'il n'apparaît par les chances extérieures des armes, et même on ne peut l'expliquer autrement. La valeur n'est que la foi, sous une forme difiFérente. Voilà pourquoi une croyance religieuse ou fatale, un sentiment très exalté, une grande confiance dans la fortune d'un chef, dans la justice ou la sainteté d'une cause, sont des raisons si puissantes de victoire. Les poètes indiens ont bien connu cette force mystérieuse qui perd ou qui gagne des batailles, qui choisit ou épargne des victimes. Deux armées immenses sont en présence, et près d'en venir aux mains. Les chefs sont