‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 2)Chapitre 139 sur 180 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

nique, habituellement produit sur ses lèvres par une contemplation railleuse de nos destinées, s'effeçait lorsqu'il sentait en lui , ou les vives inspirations de la gloire, ou les sympathies généreuses de l'humanité. La société, insolvable par l'abolition des supplices ! Que sera-ce donc de Tabolition de la peine de mort? Que sera-ce encore de l'abolition de toute peine entraînant un effet irrévocable? Tranquillisons-nous. Dieu, qui en sait plus que M. de Maistre, a permis successivement la désuétude des lois rigoureuses, à mesure que le sentiment moral s'est perfectionné.

Si je ne me trompe point, voici la progression naturelle des peines et des châtiments, et de leur adoucissement successif.

Anathème porté contre des populations entières pour le crime de quelques uns , ou même pour le crime d'un seul : cet anathème depuis long-temps n'existe plus, ni dans nos moeurs, ni dans nos formes légales. Un préjugé a survécu, mais il jr^ s'atténuant de jour en jour.

La moit s'étendant du coupable à toute sa famille, et j'oserai dire aux choses mêmes du coupable : cette législation d'une cruelle solidarité a péri à son tour. Il n'en reste non plus qu'un préjugé affaibli.

Tja torture n'a pu résister aux attaques du siècle

qui vient de finir. Cétait un dernier reste des ju- {>einents de Dieu, lesquels sont fort anciens. Les jugements de Dieu appartiennent à cette jurisprudence patricienne qui succéda immédiatement, comme nous Favons vu, à la jurisprudence primitive, ainsi que le droit de vie et de mort du père sur les enfants, ainsi que toutes les juridictions de Fintérieur des familles. La graduation de la peine capitale elle-même, par la variété des supplices, avait survécu à la torture; elle a été aussi abolie, et cet agent incompréhensible, Thorreur et le lien de toute association humaine, du moins, ne peut plus.se vanter de sa hideuse habileté.

La confiscation , autre, conséquence de cette législation qui étendait le châtiment du coupable à la famille, la confiscation nest plus dans nos facultés de vengeance.

Maintenant l'abolition de la peine de mort est r^lamée avec cette sorte d'unanimité qui ne peut tarder de triompher, parceque c'est l'unanimité des hommes qui ont la pensée sympathique de ce siècle.

L'humanité, marchant toujours de triomphe en triomphe, achèvera de désarmer les bourreaux, les geôliers, les gardiens des bagnes; et la gêne, éternel opprobre de tous les codes criminels, sera forcée de s'enfuir.

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