TROISIÈME PARTIE
L abus du principe de l'autorité va directement à labolition de la liberté, à l'abolition du sentiment moral. L'autorité, dans le système de l'ab-^ solu , tend à placer la conscience hors da l'homme, et il faut toujours qu'il la trouve en lui. Une fois arrivés à une $i profonde abnégation du senti^ ment moral, vous devriez adorer las décisions des casuistes, même celles que Pascal foudiroyait de sa pi^essante et ironique éloquence.
On s'irrite contre l'individualité ; on craint que la société ne se résolve en individualités. Cependant il reste toujours une force morale à laquelle chacun obéit, qui est le lien de tous, qui part d'ua centre commun , et qui retourne ensuite dé la cir^ conférence au centre. C'est l'état, c'est l'opinion, c'est la société , qui se gouvernent. Ce n'est plus le petit nombre qui pèse sur la multitude, c'est tous exerçant une influence sur chacun. L'opinion de tous gouverne; l'opinion de chacun se forme, se modèle sur Fopinion de tous, y acquiesce librement, ou s'y soumet librement, sans toutefois y acquiescer complètement. Enfin il reste l'instinct sympathique , faculté admirable , qui unit tous les hommes de tous les temps et de tous les lieux.
En un mot, la volonté humaine est une puis^sance dont la sphère d'activité s'étend : nous voici bien loin de l'individualité, puisque c'est tout le contraire.
3oo PALINGÉNÉSIE SOCIALE.
L'égoïste est une sorte de vampire qui veut nourrir son existence de lexistence des autres. L*être personnel se fait centre; il croit que les pensées des autres ne sont bonnes qu autant quelles peuvent servir à illustrer sa propre pensée : le monde des abstractions, le monde des réalités^, tout doit être à son profit. Il veut exciter ladmiration, et non foire du bien. Peu satisfoit d'exercer de l'influence autour de soi, et d'en recevoir du milieu social où il se trouve placé , il veut régner par son intelligence ; et ce n'est pas pour cet usage qu'une baute intelligence lui fut accordée: Peuples, usez de lui malgré lui ; et si vous élevez un piédestal à une telle statue, là statue manquera toujours, car l'ég(^me ne peut en avoir.
L'homme fortement imprégné du sentiment moral est en sympathie avec ses semblables. Sa vie est une vie toute sympathique ; c'est dans le sentiment moral qu'est le remède tenu en réserve par la Providence pour obvier aux dangers de l'individualité; je m'explique mal, je ferais mieux de dire, pour foire que l'individualité ne soit réellement pas, que le genre humain ne cesse pas d être un.
Non , ce n'est point aux apôtres du passé à m'expliquer les hautes doctrines de la solidarité , de la réversibilité, du sacrifice: ce n'est point à eux, car de mystères d'amour ils font des mystères de ter-