TROISIÈME PARTIE. 3oi
reur ; ils veulent imposer à l'âge mûr les maillots de l'enfance , et prolonger la tutéle dont le christianisme fut 1 émancipation. Ils voudraient ressaisir les castes, dépouillées à présent de leurs facultés initiatrices et conservatrices des traditions ; ou , à défaut des castes, perpétuer un préjugé d'influence qui ne leur appartient plus , la direction des choses dont ils sont désaccoutumés, le sceptre qui est vermoulu entre leurs mains , et qui n'est plus la tige florissante de Jessé.
En vérité, et ceci fait frémir, il a fallu dix-huit siècles au christianisme pour achever de développer ses conséquences ; et c'était une doctrine venue d'en haut.
Et voyez vous-mêmes.
L'esclavage a vécu plusieurs siècles sous la loi chrétienne, et malgré cette loi. A peine l'esclavage avait-il succombé, que l'homme malheureux a été saisi de nouveau , saisi par la servitude : tant devait être longue et difficile l'émancipation chrétienne! Et voilà que l'on voudrait encore en retarder le dernier développement !
Aristote, sous l'empire nommé immoral du polythéisme, a dit cependant que la politique était une partie de la morale. Machiavel, sous la loi chrétienne, si éminemment morale, puisque c'est la morale même, Machiavel a osé séparer la |)Oli-
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tique de la morale, et a Fondé une école qui dure encore, la plus perverse de toutes.
Le christianisme n a-f-il donc pas complètement aboli cette antique poésie d'Hésiode, qui fiit la philosophie des premiers âges? L or et largeût compbsent-ilâ lame des uns , le fer et lairain composentil» lame des autres? Arîstote ise J)erd dails des arguments fort subtils pour prouver qiié Fesclavàge e^t une institution naturelle. D'après lui , ainsi que nous l'avons déjà vu , le droit suppose réalité : cette maxime, vraie en soi, a égaré ce ptiissaiit génie, en ce qu'elle le portait à convertir un fait acttiel en principe absolu ; c'est sans doute une des raisons qui lui Élisaient admettre l'esclavage. Les publicistes du moyen âge, nous le voyons par les héritiers de ces temps, n'hésitaient point à croire qu'il y a des âmes vassales et des âmes serves. Platon ne Veut pas que l'instruction se donne la même à tous. Et cependant plusieurs philosophes, contemporains d'Aristote, professaient, à l'égard de l'esclavage , une autre doctrine que celle du maître. Leurs opinions, au reste, ne sont plus connues que par les réponses aux objections qu'ils faisaient. Les rayons de la vérité n'ont jamais été éteints tous à-la-dFois.
Au reste, une erreur a toujours pour racine tine vérité; sans cela elle ïie pourrait subsister. La civi-