‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 2)Chapitre 4 sur 180 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Ijes hommes, dont les méditations habituelles ont pour objet les hautes spéculations de la philosophie, la puissance merveilleuse de la religion, bienfaisante selon les uns , terrible et funeste selon les autres, se divisait en sectes nombreuses; mais toutes ces sectes peuvent naturellement être rangées en deux classes : les hommes du Destin et les hommes de la Providence.

Les hommes du Destin voient le mal répandu sur la terre; ils voient les fléaux et les maladies; ils voient les calamités générales , les misères et les infortunes de chaque individu ; ils voient enfin tout ce qu'il y a de lamentable dans la condition humaine; ils ne voient que cela. Alors ils se mettent à accuser Dieu, ou à le nier. L'homme, à les entendre, est sous le joug incurable d'un destin de fer; il n'a point de liberté; il est emprisonné dans ses organes , dans les limites de ses facultés, limites

3o PALINGÉNÉSIE SOCIALE.

qu'il sent plus étroites à proportion que ses facultés elles-mêmes sont plus étendues; Tesprii s use dans les obstacles de tout genre , se brise contre la force des choses; la vie nest quune longue douleur, un rêve pénible, une cruelle maladie. Nous n existons que pour souffrir ou faire souffrir. La société, dans une si triste hypothèse , est une chose mauvaise et factice ; c'est une malheureuse invention de Thommc. Cette philosophie du découragement et du désespoir revêt plusieurs formes, selon les temps, les lieux, Tâge des peuples ; mais le fond est toujours le même.

Les hommes de la Providence voient aussi le mal , mais ils sont pleins de confiance , et ils croient fortement que si l'économie des desseins de Dieu pouvait être manifestée dans tout son majestueux développement, elle satisferait à toutes les plaintes, elle répondrait à tous les douter , elle apaiserait tous les troubles de la pensée. Néanmoins, selon eux, nous en savons assez pour comprendre la raison de ce qui nous est caché. Ils croient , à-la-fois et de la même façon, à l'action continue de la Providence, et à la liberté de l'être intelligent. Dans leur conviction intime , l'institution sociale est une institution divine ; c'est par elle que l'homme se perfectionne et s élève. Ils ne séparent jamais les destinées dont nous jouissons dans ççtte vie de celles qui

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