DEUXIÈME PARTIE
nées, l'Iliade, FOdyssée, l'Orphée, que j'imprime aujourd'hui , et l'Enéide , forment une sorte de cycle épique. J'ajouterais volontiers à cette série le poëme si profondément historique de Lucain ; mais alors je devrais y comprendre aussi le tableau des sécessions plébéiennes qui fera partie de la Formule g[énérale annoncée dans la préface de cette Palingénésie. Nul,- en effot, ne saurait disputer à Lucain la science intime de la chose romaine, même dans l'acception la plus primitive; car son inspiration, qui porte l'empreinte d'une telle douleur pour la cause de la liberté, est en même temps l'expression la plus énergique d'un sentiment tout patricien. La comparaison de Virgile et de Lucain, non sous le rapport des formes , cç qui appartient aux rhéteurs , mais sous le rapport de cçtte science intime, qui est à-la-fois une philosophie et une poésie; la comparaison , dis-je, «de Virgile et de Lucain ne serait pas sans importance et sans intérêt; seulement elle m'entraînerait dans une trop longue digression.
Ifomère passe généralement pour avoir fait une Thébaïde : le temps nous a envié ce poëme, qui devait être le premier de la plus merv^lleuse trilogie , et que Stace est loin d'avoir remplacé. L'Antigone ne se lie en aucune manière à la pensée de ressusciter la Thébaïde perdue; j'avais cédé à une
autre inspiration. Voila pourquoi le Tirésias de cette première composition est resté fort au^essous de son rôle d'hiérophante , de fondateur, de légit^ lateur religieux , rôle qui aurait pu lui appartenir à aussi juste titre qua Orphée, r^e qu Homère lui avait sans doute conservé, et que les tragiqueé-gvsds notit pas craint d'altérer. On retrouvera ici une partie du véritable Tirésias , le Mrutateur du mystère, et de Imconnu. Dans TAntig^one, on a ^ vu Gréon sétonner de ce que la dévinatioa dtmùt énigme conduit Œdipe au trône. Cest que ki royauté antique, ainsi que ce sera dit dans ËOr^ phée, est le prix de la dévination de Ténigmede rhumanité. '"- ^-^
: Le vieillard' Nantes, que Virgile fait paraître un instant ^ est un pei^onnage initiateur, tout dem-»- Mable à notre Thamyris; cest le prophète de iâ £Ed>le virgilienne , comme Énée en est le pontife. Il paraîtrait que Nàutès fut chez les Romains le fondateur d'un collège de prêtres. Mais toujours un fondateur trouve quelque chose d'établi; toujours il trouve un dieu Terme, qu'il n'est pas- en ^w puissance de déplacer ; et c'est toujours là-^dMm% qu'il est tenu d'élever son édifice : cette néooBsilë est U grand obstacle pour assigner un commence^ ment à une institution quelconque. Voyes aussi le désespoir des archédogiies , lorsqu'ils croient pou^
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voir convertir la poésie en histoire, lorsque, pair exemple, ils cherchent à expliquer le conseil des Amphittyohs et l'Oracle de Ddphes. '-
. n est évident que Virgile a vôuIh consacrer par la poésie les origines romaines;, mais il a trbiivé d autres origines antérieures. Il dut ét^ arrêté sui^ tout par Tantiquité des traditions de l'Étrucie^ tra«ditions dont resprit était peut-être mal connti de son temps , qui fut celui où la philosophie épicUH rienne et incrédule commençait ses ravages; et n'oublions pasqiiHl avait à4a-»foi$ pour iseoburs et pour obstacle leâ ouvrages de celui q^W a jieutétre trop exalté en le désignant sous le nom dit prince des archéologues, de Varron, réputé, quoi qu'il en soit , le plus savant des Romains. Ijes poëtes qui ont eu à consacrer les origines grecques nbn;t pas éprouvé le même embarras, qat r ils aè son * ^^ient point à arranger un plan, à feirejinJUwev/ à Concilier des traditions entre elles. Ils diluent à la muse de chanter . Le temps de ces traditions aji> rangées, qui même quelqudbis méritaient plutôt le nom de pseudo-traditions, a coknmencé sur^tout aux po^es ialea^ndrins. Yife;ile, sous ce rapport^ |Steut être dit notre contemporain; il choisit dans les faits et les traditicms, il les ordonne dans .tia pensée'; enfin il dispose^ il e^iécute tin travail irès beau, il ^t vriuV nît^i^ ^'^t une prodû^^
Il nous reste une preuve des difficultés que rencontra ce grand poète pour la construction d une fable , qui ne s'offrait pas à lui toute faite. Dans une lettre qu'il écrivait, à ce sujet, à Auguste, il avoue qu'il craignait d'en devenir fou : P'itio mentis laborare mihi videor. Telle fut sans doute la cause qui , ati moment de sa mort , lui fit désirer que l'Enéide fût livrée aux flammes. Quoi qu'il en soit, j'ai encore dû prendre mon parti à cet égard , et le Palladium ailevé à Troie, le feu sacré de Vesta, Numa, la nymphe Égérie , les livres sibyllins , tout cet ensemble a suffi pour motiver une filiation de traditions, que j'ai ensuite prise, comme tant d'autres objets, pour un &iit, pour mon point d appui, pour maa dieu Terme.
Les Romains, qui ont eu si tard des poètes, ont laissé leur histoire primitive en proie à des poètes grecs émigrés, ou plutôt à des poètes restés étrangers au mystère profond et incommunicable de la cité, car les patriciens, austères et jaloux gardiens de ce mystère, ne consentirent jamais à le divulguer; de plus, ils ne voulurent que très tard cultiver les lettres humaines; mais ces traditions, quoi qu'il en soit, étaient devenues nationales, et avaieJP été adoptées par le gouvernement même, puisqu'il y a des stipulations de traités qui en font foi , des inscriptions de colonnes, des monuments de diffé-