DEUXIÈME PARTIE. i
dessein de promettre; je nai point la prétention d*ayoir traité le sujet d'Orphée, considéré comme poëte my thographe , ou comme théocrate, ou enfin comme législateur, si toutefois on peut lui donner ce nom. -
Je nai jamais conçu un si vaste et si noble pro* jet; et même, pour éviter lembarras que j'ai signalé plus liaiAT, relativement à ce personnage , tant à cause des feits quà cause de l'époque, j'avais d'abord inventé une fable , abstraction Êiite du nom. J'ai ensuite senti que je n'avais pas le pouvoir d'imposer un nom à une tradition ,' de consacrer un type ; et Salluste le philosophe ^ que j'ai lu depuis , m'a appris que les fables.sont divines. Xai donc demandé à l'antiquité un nom , et je lui ai emprunté une fable pour exprimer ma pensée. C'est ainsi que laisaiait les poètes, dans les temps où les portes n'exécutaient pas un ouvrage, mais obéist saîent à une inspiration , dans les temps où les portes ' gnomiques, par exemple, n'auraient pu coiicevoir la pensée de donner des préceptes littéraires , comme ceux d'Horace ou -de Boileau , pour ce qu'on appelle la perfection de l'art. L'art, en effet, n'existait pas encore.
Jai exprimé, par mes personnages, des pensées revêtues quelquefois d'une expression qu'il a fiillu inventer ; mais ils ont dû avoir ces pensées , ou des
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pensées analogues , au moins d'une manière confuse. D'ailleurs, pour les écrits dune haute antiquité, on a souvent senti le besoin d'insérer un commentaire qui court dans le texte, et se confond avec lui; c'est ce qui a été fait pour la Bible. D'ailleurs encore , il ne faut pas craindre de le dire, mes personnages et ma fable sont prophètes , plus ou moins. ♦ .
Je ne suis point entré dans les détails du culte,' car il eût fallu être païen.
Mais si cette composition, comme je l'ai déjà dit, n'est pas fondée sur des données scientifiques, quoiqu'elle soit très loin 'd'y être étrangère, ainsi qu^ je l'ai aussi fait entendre , elle porte sur d'autres données beaucoup moins trompeuses, et sur-tout bien plus appropriées à notre temps, temps palingénésique où le sentiment intuitif des choses primitives cherche à se réveiller: si donc elle n'est pas l'exposition même imparfaite de traditions locales transformées, et par conséquent restreintes dans de certaines limites, elle est, selon qu'il a été également dit plus haut , une puissante expression des traditions antiques les plus générales.
J'aurais besoin d'établir ici plusieurs points importants, pour justifier d'avance mes vues sur l'origine et les progrès du monde civil; je préfère toutefois m'en abstenir, parceque je courrais le