‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 2)Chapitre 82 sur 180 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

de ses pensées , il ne peut arriver à lui donner la forme plastique. Dieu seul a la puissance de réaliser ses pensées.

Ainsi Dieu crée le concret^ rbomme ne peut créer que l'abstrait ; de là cette maxime de Vico : La physique esè de Dieu , les mathématiques sont de rhomme.

M. de Maistre a dit : Le nombre est la barrière évidente entre la brute et nous. Sdon Vico , ^s**^ 1^ lan{][ue latine, brute et immobile sont identiques. La perfectibilité est donc un attribut humain. La perfectibilité, c'est le développement, c'est-à-dire l'homme considéré comme se détachant de la cause générale, de l'infini, pour arriver à son existence propre , à la conscience. Sans la nécessité du déve^ loppement, sans la liberté, sans la conscience , l'être intelligent ne serait qu'un animal plus parfait, une manifestation passive de Dieu, une brute admi^ rable.

La faculté d'abstraire est refusée aux animaUx; par conséquent ils sont privés de moralité, c'està-dire qu'ils n'ont pSis la responsabilité , qu'ils échappent à Timputabilité. Le principe immatérieln'est pas le principe immortel. Remarquez que la responsabilité fut refusée à certaines classes d'hom** mes, chez tous les peuples de l'antiquité, et qu'elle a été départie à tous par le christianisme. Cette pré-

rogative , plus elle est haute , plus le prix qu y a mis la Providence est élevé.

Yico a dit : Similitudo morum in nationibus sensum communem gignit. Ceux qui étaient privés de la responsabilité, par-là même se trouvaient exclus des mœurs générales. Le nombre de ceui» (\a\ entrent dans les mœurs générales a toujours été en s'augmentant.

Ce sont les mœurs qui donnent au langage sa couleur et sa physionomie: de là Timmobilité, et j'oserais dire l'impassibilité d'une langue morte.

Les hommes en dehors des mœurs ont des patois immobiles, par la même raison; et, à mesure que ces hommes entrent dans les mœurs , leurs patois disparaissent.

J'emploie dans Orphée le mot numen dans un sens que signale Vico. Ce mot, en effet, signifie assentiment et volonté. Tous les dieux furent ntimma ^ et chaque dieu eut son numen.

Quelqu'un a dit : Ce qu'on appelle nature, dans les êtres simples , c'est la source d'où découlent leurs modifications ; leur nature fenferme la raison suffisante de ce qui leur arrive.

Numen et natura sont synonymes dans la langue latine primitive.

D'après quelques philosophes, l'essence est le point où s'arrête la divisibilité.

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