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blesse française; car, si je voulais approfondir la question , j'aurais trop de choses à expliquer : il faudrait remonter à toutes nos origines, montrer que notre système social fut , dès son berceau , fondé sur des données toutes différentes de celui de TAngleterre ; énumérer tous les privilèges des provinces et des corporations, qui venaient continuellement tempérer chez nous tous les dédains d'une constitution purement féodale , et en renverser les barrières ; il faudrait enfin en venir à apprécier toutes nos libertés antérieures à la révolution. La noblesse n'avait donc point à stipuler pour la masse de la nation , puisque toutes les classes avaient des moyens pour s'élever dans les hiérarchies sociales , et pour parvenir à l'émancipation. La couronne, protectrice de tous les ordres d'un état , favorisait cette marche progressive : c'était son devoir. La noblesse n'avait pas besoin de s'en mêler. Chez les Anglais , le sceptre pesant sur tous, la noblesse, en se défendant, devait défendre la masse de la nation. Ainsi, chez les deux peuples, la marche progressive a été tout-à-fait naturelle. Ce que la révolution française a voulu, c'est que les individus pussent s'élever eux-mêmes dans la hiérarchie, au lieu que dans notre ancienne monarchie cétaient les familles. Quoi qu'on dise contre Tordre de choses qui existait autrefois, il n'en est pas moins vrai qu'il résultera un grand in-
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convénient de cette ambition sans mesure, fruit de Tordre de choses actuel. Mais ce n'est point Tobjet de notre examen : qu il nous suffise de remarquer que chez nous les familles pouvant s'élever dans la société , la noblesse n avait rien à faire pour la masse de la nation.
Ce que je voudrais que l'on sentît , c'est que notre système social était un, car, sans cela, il n'aurait pas pu subsister si Ion g- temps. Ce que je voudrais que Ton sentît aussi, c'est que nous n'avons point de reproche juste à faire à ce qui a précédé, car cela ne pouvait pas être autrement. Les prérogatives de la noblesse n'étaient point une usurpation; elle avait un ministère public qu'elle a accompli. Nous ne pouvons pas l'accuser de ce qu'elle a été revêtue d'un tel ministère , puisqu'il lui a été délégué par la force même des choses ; seulement il nous serait permis d'examiner si elle a accompli ce ministère, tout le temps qu'il a duré , avec persévérance , zélé et dévouement: or il n'y a point de doute à cet égard , puisqu'elle a fini par nous donner la monarchie de Louis XIV. Sa mission , nous ne pouvons en douter, a été finie sous le régne de ce grand prince.
Mais ce qu'il ne faut point perdre de vue , et ce qu'on est beaucoup trop disposé à oublier, c'est que la nation française n'a jamais été sans libertés. Ce ([u il ne faut point perdre de vue non plus, c'est que
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la couronne a toujours été l'alliée de la nation , surtout depuis que la race des Bourbons est montée sur le trône.
Cette digression sur la noblesse m'a écarté un peu de ma route : je voulais seulement mettre sur la voie d'expliquer pourquoi cette différence entre les mœurs et les opinions se fait sentir avec une telle puissance. On peut s'égarer, il me semble, sur ce qu'est réellement l'opinion; mais il est impossible, je le crois, de s'égarer sur l'appréciation des mœurs : or c'est encore par les mœurs qu'il faut juger une nation. Gbez nous, par exemple, pour la certitude du calcul , il faut considérer les opinions où elles sont actuellement, et les mœurs où elles étaient avant la Régence ; car ce n'est qu'à cette époque que l'on peut juger de nos véritables mœurs nationales ; à présent elles sont trop voilées par nos opinions : les mœurs de la Régence et celles qui ont suivi sont une exception dans Tbistoire de notre caractère, une sorte d'interrègne et de confusion. Les bommes , devenus tout-à-coup désoccupés de grands intérêts et de nobles travaux, étaient descendus à une décadence honteuse , dans laquelle ils voulurent entraîner les femmes. Les mœurs se sont relevées parceque les femmes n'ont jamais complètement cédé à cette dégradation , fruit de l'oisiveté.
Je l'ai déjà fait remarquer : notre grand malheur
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a été d'avoir ajouté une révolution faite par les hommes à la révolution faite par le temps. Les mœurs, selon le cours ordinaire des choses, ont marché avec la révolution du temps; les opinions, au contraire, ont marché en avant avec la révolution des hommes. Quen est-il arrivé? C'est que, pour suppléer à la force puisée dans les mœurs , on a imaginé d'en créer mie dans les intérêts; et l'on n'a pu réussir, dans ce système habile, qu'en alarmant sur les intérêts : on a senti, de plus, qu'on ne pouvait espérer d'obtenir quelque faveur pour les intérêts qu'en leur ralliant les amours-propres et les vanités , car les intérêts tout seuls n'auraient pas eu la puissance d'émouvoir. On est parvenu ainsi à développer dans la masse de la nation cet immense besoin de l'égalité, qui couve toujours, quoique souvent inaperçu , dans le fond des peuples.
Les publicistes de tous les partis sont d'accord sur ce point, que les nations ne peuvent plus être guidées par les affections. Une telle unanimité est assez étrange; mais elle s'accorde avec notre propre assertion , que le principe intellectuel tend à prendre l'ascendant sur le principe moral, pour la direction de la société. Où je trouve l'erreur, c'est qu'on prétende que cela a toujours été ainsi; quant à moi , je pense que c'est un des caractères de l'âge actuel des nations : seulement , cela est plus sensible chez nous
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en ce nioineiit, parceque nos mœurs n'ont pas marché d'un pas ég^al avec les opinions. Autant que je puis le croire, du temps de Henri IV les peuples se laissaient encore guider par les affections.
Les observations de détail ne nous manqueraient pas si nous voulions nous y livrer. Je pourrais dire, ce que je crois vrai , que la masse d'une nation , qui d'ordinaire suit une marûjie pro^jressive , mais lente, et par conséquent ne fait qu obéir à une impulsion imprimée de plus haut et de plus loin, maintenant a une marche rapide et spontanée , et aide elle-même au mouvement, ce qui change toutes les données sociales. Chez nous, par exemple, dès le moment où le tiers -état a commencé à se soustraire à la féodalité, c'est-à-dire vers le temps des croisades, il a commencé à être la nation même; car la noblesse n'a plus eu qu'un ministère à l'égard de la société, c'est-à-dire un service public à accomplir : des honneurs sans doute étaient attachés à ce service public , mais enfin la nation tout entière marchait dans la direction progressive dont nous venons de parler.
Or remarquez que dans cette masse d'une nation il y a un très grand nombre d'hommes , ceux qui sont sans propriété , qui n'ont jamais participé aux mœurs: ceux-là n'ont eu dès-lors que des besoins qui tiennent à l'existence matérielle. Les femmes, qui
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sont , dans les autres classes , les gardiennes des mœurs, ne comptent point dans cette classe, dont toutes les mœurs étaient dans les croyances et dans les pratiques religieuses. On a voulu , pour suppléer aux mœurs de cette dernière classe , y faire pénétrer les lumières, c est-à-dire renforcer encore le principe intelligent aux dépens mêmes , s'il le faut , du principe moral : voilà tout juste où nous en sommes.
Si nous parcourions toute la série d'idées que peut faire naître le sujet qui nous occupe , nous verrions que le duel, reste de nos anciennes mœurs , s'est conservé intact dans nos mœurs nouvelles, mais qu'il commence à sortir de la sphère des opinions ; que l'institution du jury, réclamée par nos opinions , et regardée avec raison comme le fondement de toutes nos garanties sociales et de nos libertés actuelles, n'est point entrée dans nos mœurs, puisque nous obéissons avec tant de répugnance à la loi qui nous impose le devoir déjuger nos pairs, puisque les jugements rendus dans le sanctuaire de la justice, sous la responsabilité de la conscience des jurés, sont attaqués ouvertement, et discutés comme nous discutons tout; nous verrions enfin que si nous n'étions pas soutenus par l'esprit de parti , nous nous acquitterions de nos fonctions d'électeurs avec une négligence que Ton prévoit déjà
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pour Favenir. Un orateur de la Chambre des Députés demandait une sorte de code pénal pour punir ceux des électeurs qui se montreraient trop peu empressés à exercer leurs droits : sans doute il pensait aussi que le régime représentatif n'était point encore dans nos mœurs.
On a beaucoup parlé de la puissance des salons : elle est grande en effet; c'est toujours la chambre des dames. Le guerrier le plus fameux, le plus brave sur le champ de bataille, s'il n'est pas un homme aimable dans la société, perd tout le fruit des dangers qu'il a courus. Il en est de même du savant : les réputations, chez nous, sont des engouements qui ne peuvent devenir populaires; et les succès ressemblent toujours à des succès de coteries. On pourrait citer quelques exceptions à une règle aussi générale ; mais je parle ici du train ordinaire des choses. Autrefois un homme qui se présentait avec une illustration de naissance, et qui pouvait y joindre une gloire personnelle, avait d'incontestables avantages , parceque sa renommée s'appuyait sur une considération déjà acquise : son nom portait par lui-même une signification traditionnelle. Il est à remarquer encore que les femmes, conservatrices des mœurs , sont très habiles à s'élever dans la hiérarchie du monde , et à s'acclimater promptement dans les rangs au-dessus de ceux où elles se trou-
vent placées par la naissance. L'éducation n a pas tant à polir en elles que dans les hommes. Le bon goût et l'élégance des manières , qui pour être parfaits ont besoin d'être des choses naturelles au lieu d'être des choses apprises, donnent tout de suite de grands avantages aux femmes sur les hommes , et entretiennent dans notre nouveau système social des limites analogues à celles qui existaient auparavant.
Dans les gouvernements anciens, tous les hommes libres comptaient pour l'exercice des droits et des devoirs de la cité ; chez les Egyptiens tous étaient nobles: la roture, c'était l'esclavage. Dans les gouvernements qui ont suivi la chute de l'empire romain , le régime féodal est venu en quelque sorte ressaisir ceux que le christianisme avait affranchis. L'esprit de société, à mesure que le régime féodal s'affaiblaissait parmi nous, créait une aristocratie factice et arbitraire, qui tend à son tour à devenir moins exclusive, et qui doit finir par s'éteindre , puisqu'elle n'est pas assise sur la force des choses.
Les femmes présentent une série semblable de faits dans l'ensemble de leurs destinées : elles se sont graduellement élevées; leur condition a subi les mêmes vicissitudes, selon les états différents de la société. Elles ont aussi successivement pénétré dans le domaine de la poésie, de la littérature, des arts,
et même des sciences : madame de Staël vient de leur ouvrir la carrière de la pensée. Pénélope, pleine de respect pour son fils , savait qu'il était revêtu d'une autorité qui allait jusqu'au droit de lui donner un époux. Nos anciennes dames, lorsqu'elles devenaient veuves , apportaient à leur fils aîné les clefs du château, et le reconnaissaient comme chef de la famille. Les femmes , contenues par l'instinct de la pudeur, se sont même long-temps ahstenues de s'aventurer dans celles des routes de la renommée qui pouvaient être accessibles pour elles. Notre immortel Molière signale , par un de ses chefsd'œuvre, l'époque où les femmes commencèrent à vouloir entrer en partage avec les hommes , et à cesser d'être sous le joug de l'antique tutéle. La suppression du droit d'aînesse achève, à mon avis, cette espèce d^émancipation. Mais, comme il est impossible de régner à-la-fois de deux manières, il est certain que cette puissance dont nous parlions toutà-l'heure, la puissance des salons, s'affaiblit de jour en jour sous le rapport de l'opinion ; il lui restera néanmoins l'influence des mœurs.
Les progrès de l'opinion, qui ont introduit un plus grand nombre d'hommes dans le partage des charges et des avantages de la société, le résultat des affranchissements successifs, doivent amener aussi un développement dans les mœurs. Les classes
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jui n'ont pas compté dans cette évaluation morale doivent arriver à y être comprises; et les femmes, dans ces classes, obéiront à leur tour à cette impulsion progressive. Mais il n en reste pas moins prouvé, pour moi, que les mœurs et les opinions doivent rester sur deux lignes différentes , parceque les mœurs ne peuvent marcher que lentement, sous peine de briser tous les ressorts.
En généralisant cette idée, nous trouverons que les divers peuples continueront de différer entre eux par les mœurs, parceque cest par les mœurs que doivent se conserver les individualités nationales; mais qu'ils tendront continuellement à se rapprocher et à se ressembler par les opinions : cette demisympathie doit atténuer, par la suite , ce qu'il y a de trop exclusif dans le patriotisme, et multiplier par conséquent les liens de la bienveillance parmi les hommes.
Il est évident que nous perdons ici le principe de Funité , principe vers lequel la société a constamment gravité à toutes les époques de l'esprit humain. Si nous pouvons à présent nous en écarter sans inconvénient , c'est au christianisme que nous devons ce nouveau bienfait. Le sentiment moral est tellement entré , par lui , dans tous les hommes , qu'il n'a plus autant besoin de se mettre sous la protection des institutions sociales. Cette assertion sera, je
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lespère, prouvée lorsque nous serons plus avancés dans notre examen. Mais, je ne puis m'abstenir de l'avouer, ma confiance dans une telle hypothèse vient sur-tout de ce qu'il faut qu'elle soit vraie pour que la société puisse continuer de subsister : or il m'est impossible de ne pas croire, avant tout, que la société ne peut périr.
M. Ancillon a remarqué fort bien que l'histoire est le tableau de la lutte perpétuelle qui existe entre la nécessité et la liberté. Nous chercherons à établir, plus tard , que, la société étant imposée à l'homme, les lois de la société sont nécessaires. Or les hiérarchies sociales sont au nombre des lois nécessaires. La légitimité est en France au nombre des nécessités sociales; c'est le seul frein à l'impétuosité de notre esprit et à la mobilité de notre imagination. La légitimité, dont le discrédit dans l'opinion vient uniquement de ce qu'elle est peu comprise , la légitimité est le seul asile qui reste à nos mœurs; c'est là qu'elles doivent se réunir et se concentrer. Je le dis avec une entière conviction , le jour où nous perdrions la légitimité nous cesserions d'exister comme nation.
Les trois races de nos rois ont une origine commune, qui est le berceau même du christianisme dans les Gaules. Ainsi nos rois nous ont donné notre religion , ou notre religion nous a donne nos
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rois; ainsi la religion, la patrie, le roi, se confondent pour nous dans un sentiment commun ; ainsi le dogme de la légitimité n'est point pour nous une chose vague et obscure, il sort de toutes nos traditions , de tous nos sentiments nationaux , de toutes nos affections de famille ; il a crû , il s'est élevé sur le sol même de la patrie ; son ombrage s'est étendu de siècle en siècle sur les générations qui nous ont précédés , sur les tombeaux de tous nos ancêtres. Ainsi nos institutions anciennes furent à-la-fois le bienfait du christianisme et des rois qui nous gouvernent sous l'empire du christianisme. Nos rois ont étendu et honoré le nom français : tous nos souvenirs de gloire tiennent à eux comme nos souvenirs de religion.
Nos mœurs sont fondées sur le christianisme ; le
; christianisme ne peut disparaître de la société sans
! que la société elle-même ne disparaisse. Le trône des Bourbons fut donc la clef de la voûte pour notre
I système social ; il fut le trône conservateur de la civi-
j lisation européenne.
Ne soyons plus étonnés de ce que la conserva-
' tion de l'Europe soit tellement liée à la couronne de
I France, puisque la France est encore à la tête de la
j civilisation actuelle.
La légitimité française vient de sauver l'Europe de l'anarchie dont elle était menacée ; sans cette lé-
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(jidmité, 1 Europe aurait acheté de notre ruine et de sa propre ruine la chute de ce (jénie oppresseur ({ui pesait sur elle et sur nous.
Louis XYIIÏ , en fondant la monarchie constitutionnelle , a ressaisi pour la France la direction des destinées de lEurope.
SUR LES INSTITUTIONS SOCIALES. i43 CHAPITRE VI.
Du trouble des esprits au sujet du sentiment religieux.
Toutes les révolutions politiques se mêlent ou se lient à une révolution religieuse; celle qui agite en ce moment l'Europe fait seule exception à ce principe général : l'impulsion qu elle a reçue a été plutôt antireligieuse; ainsi nous ne devons pas nous étonner si , dans la plupart de ses phases, elle a été antisociale.
Cette époque-ci ne ressemble donc, quoi qu'on en dise, à aucune autre époque de l'esprit humain. Ce ne sont point des choses nouvelles en religion qu'il nous faut , parceque les institutions chrétiennes étant la perfection même des institutions religieuses, il est impossible de rien prévoir audelà. Je ne crois pas avoir besoin de l'appareil de beaucoup de preuves pour appuyer une telle assertion ; il suffit de voir ce qui est : or, je le demande, s'aperçoit-on qu'il germe de nouvelles doctrines religieuses à côté des doctrines politiques dont l'invasion tourmente en ce moment la société?
Nos mœurs, disions- nous tout- à -l'heure, sont restées immobiles , et ont même opposé une grande force de résistance au mouvement des opinions. Rajouterai à présent que cette même immobilité et cette même résistance se sont trouvées , chez nous , dans le domaine de la religion. Nos opinions, il faut l'avouer, seraient assez inclinées au protestantisme, à cause de cet esprit d'analyse et de discussion qui porte à tout examiner, à se rendre raison de tout ; à cause enfin de cette confiance à ses propres lumières qui rejette toute doctrine imposée : mais nos mœurs religieuses sont catholiques parceque nous tenons à un culte extérieur , à des signes sensibles de notre croyance. Une religion aride, dépouillée de cérémonies, enfin une foi métaphysique ne peut nous convenir. Une religion sans amour, sans pâture pour l'imagination et le sentiment, sera toujours repoussée par nous.
A l'époque où commença la prédication de Luther, si la question eût pu n'être qu'une question politique, la réformation n'aurait pas eu lieu: cela est si vrai qu'à présent ceux des luthériens et des calvinistes qui pensent, qui regardent au fond des choses , n'hésitent pas à prononcer que les communions protestantes devraient se réunir à la religion catholique. Ceci mérite toute notre attention.
Remarquons d'abord que dans tous les gouver-
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nements anciens les institutions politiques ont tou jours été fondées sur les institutions religieuses ; remarquons ensuite que dans les gouvernements modernes les institutions politiques se sont toujours appuyées sur les institutions religieuses; remarquons enfin que toutes les questions qui tiennent à Texistence de la société sont des questions religieuses. Aussi, en nous arrêtant sur ce dernier point, voyons -nous que la révolution actuelle a commencé dans l'Église avant d'être dans l'Etat. La réformation a été le résultat de discussions théologiques antérieures à Lutlier , et qui avaient plus ou moins pour objet de secouer le joug de l'autorité, de se rendre indépendant des traditions , de livrer l'Écriture sainte, fondement de la foi, aux interprétations diverses de la multitude; de là il n'y avait qu'un pas à l'examen de lorigine du pouvoir. Ce pas a été bientôt franchi sous les auspices du jansénisme et de la doctrine des libertés de l'Église gallicane. Le principe de la révolution a été épuisé dans la société religieuse avant de passer dans la société civile. Nos mœurs nous ont garantis du changement qui nous menaçait comme les autres états , au moment de l'invasion du protestantisme ; maintenant nous sommes dans l'heureuse nécessité de rester fidèles à la communion de nos pères.