‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 3)Chapitre 24 sur 60 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

SECONDE PARTIE

Nouvelles preuves que la société a été imposée à rhomme.

L'homme a été enfermé par la Providence entre deux limites qui sont les bornes de sa liberté. Ces deux limites sont la parole et la société.

Comme je dois affermir mes pas, je vais, avant d'aller plus loin, fortifier par de nouvelles considérations les assertions contenues dans la première partie de ce chapitre.

ï. On a défini l'homme un animal raisonnable. M. de Ronald l'a défini beaucoup mieux une intelligence servie par des organes. Harington l'avait auparavant défini un animal religieux. L'homme, c'est le genre homme. Il est le maître de ce qui nous paraît de l'univers, et le seul spectateur de la nature. L'instinct des animaux est un ; les facultés de l'homme sont différentes, variées, inégales. L'instinct des animaux ne peut troubler l'harmonie gé-

nérale; les facultés de rhomnie peuvent la troubler. L'homme n'a point cVinstinct; il a une liberté et une volonté. L'absence d'instinct dans rhomme fait qu'il a besoin de tout apprendre. La société est, si l'on peut parler ainsi, un instrument nécessaire à l'homme ; et les révélations dont la société est dépositaire sont le seul moyen par lequel l'homme ait pu parvenir à connaître et à aimer. L'erreur des philosophes vient de l'analogie qu'ils ont cru pouvoir établir entre l'homme et les animaux ; ils ont pensé que l'homme était un animal plus parfait. De cette première erreur il n'y avait pas loin à celle qui faisait croire que l'homme s'était successivement perfectionné lui - même. L'homme n'est point un animal plus parfait que les autres, et plus perfectible; c'est l'homme. Il n'est pas plus élevé dans la sphère des êtres, il est hors de cette sphère.

Bernardin de Saint-Pierre remarque avec raison que l'usage du feu accordé à l'homme et refusé aux animaux mettait seul entre lui et eux une distance infinie. Les anciens avaient fait du feu le père de tous les arts. Le feu , accordé à l'homme pour s'en servir comme d'un instrument, a été aussi regardé par eux comme l'emblème du don de la parole.

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