‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 3)Chapitre 57 sur 60 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

Un tel écrit devait irriter le pouvoir dont toutes les ruses étaient pressenties : il devait par conséquent annuler à jamais Camille; mais il est des hommes qui, dans de certains temps, ne peuvent faire mieux que de se tenir à l'écart. Ils ont averti , ils ont jeté le cri de l'alarme, ils ont signalé les périls, ils ont enseigné les droits et les devoirs : plus tard , rester dans l'inaction , c'est agir ; garder le silence, c'est parler. Il faut quelque empire sur soi pour étouffer ainsi de nobles facultés qui pourtant paraissent être faites pour les autres.

Ainsi, messieurs, nous avons vu Camille Jordan passer au milieu de nous, dans la vie privée , toutes les années de l'empire; mais s'il était devenu étranger aux affaires publiques, il n'en vivait que plus dans le monde des intelligences. C'est dans ce temps qu'assis parmi vous, il vous ouvrit tous les trésors de la littérature allemande, en vous faisant connaître l'ame et le génie de son plus grand poëte; ce fut dans ce temps, et au milieu même de l'éclatante servitude imposée par Thomme prodigieux devenu le maître de l'Europe, que, ressaisi par les instincts du Forum, Camille vous fit la peinture de l'éloquence durant la révolution ; ce fut dans ce temps encore qu'il prononça parmi vous l'éloge de cet avocat-général de Grenoble dont le nom se lie à tout le mouvement des esprits qui précéda la révolu-

tion ; car on sait que Servan appela de ses vœux et cle ses véhéments écrits les réformes clans la jurisprudence criminelle, dont la plupart ont depuis été consommées j et par tout ce qui excitait la juste indignation de ce grand magistrat, il fut facile de juger à quel point la rénovation de Tordre social était devenue nécessaire. Avouez-le, messieurs, ces généreux accents de liberté avaient alors quelque chose de nouveau et de hardi , non seulement parceque nous nous accoutumions à un despotisme que nous imposions à l'Europe, mais encore parceque tous les crimes de 98 et toutes les hontes du Directoire tenaient nos imaginations épouvantées. Un jour, messieurs, je rappellerai d'une manière plus détaillée, à votre souvenir, ces diverses productions qui ne cesseront d'être remarquables, et qui montrent si bien ce que fut notre Camille, un ardent ami de l'humanité, un admirateur passionné des gloires pures, un juste appréciateur des beaux et nobles caractères. Il avait, de plus, une chaleur de patriotisme qui se mêlait à toutes ses pensées; ce sentiment patriotique brille sur-tout dans les belles pages qu'il a écrites sur Klopstock; il brille là sur-tout, parceque c'est là qu'on l'y attend le moins. Le chantre du Messie est aussi le chantre de la patrie allemande. La rehgion et la patrie avaient jadis un culte commun. Le caractère distinctif qui marque la naissance

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delà musc germanique, cest le patriotisme; il n'en fut pas ainsi de la muse française qui , façonnée par des mœurs élégantes et fastueuses*, consentit à se plier à l'imitation des littératures anciennes. Remarquons ici , en passant et à la gloire de Camille , que ses Essais sur Klopstock, qui contiennent une revue animée de toutes les belles productions de l'Allemagne , précédèrent le livre admirable de madame de Staël.

Mais, messieurs, Camille Jordan qui était si bon Français s'enorgueillit toujours d'être né citoyen de Lyon. Il ne parlait qu'avec enthousiasme de la patrie lyonnaise ; il était resté jeune par son admiration pour nos beaux sites; il portait la plus tendre affection à tous ses concitoyens, et il jouissait de tous leurs succès. Ce sentiment lyonnais lui suggéra l'idée d'une Société des amis du commerce et des arts, institution qui ne tarda pas à devenir municipale, et qui, vous le savez, produisit de grands fruits d'utilité : c'est au sein de cette Société , dans une séance solennelle, qu'il prononça l'éloge funèbre de M. de Sathonnay, celui de nos maires à qui nous devons plusieurs établissements publics qui nous rendront sa mémoire chère à jamais.

Camille Jordan avait aussi employé une grande partie de ses loisirs à rassembler des matériaux sur l'histoire de la morale. Ici je ne puis que faire en-

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tendre l'expression d'un profond regret. Les méditations qui ont porté sur un objet si important ne laisseront malheureusement aucune trace; on ne trouve, dans les papiers de Camille, qu'une multitude de notes indéchiffrables , complètement illisibles. Ces notes et les souvenirs de ses amis attestent seuls que la philosophie morale fut l'objet spécial de ses plus longues, de ses plus constantes études. 11 était arrivé au moment où il allait mettre en œuvre tant de richesses ignorées, et qui resteront perdues. Sa carrière publique, depuis 1 8 1 4, ensuite le déplorable état de sa santé, et ses continuels déplacements, ont fait qu'il n'a pu mettre aucun ordre dans les immenses et informes matériaux qu'il avait amassés, ni tracer aucun dessin du monument qu'il se proposait d'élever. Certainement, dans le temps où nous vivons, les pensées de Camille eussent été grandement utiles; il eût été précieux de connaître la forme qu'avait prise chez lui le sentiment religieux, sentiment si intime en lui et si profond, et qui était, s'il est permis de parler ainsi , son a me même.

Mais voici le moment où il va reprendre la vie active. Les événements de 1 8 1 4 le font sortir de sa retraite, ou plutôt ses concitoyens vont l'en tirer. Les armées étrangères entourent la ville de Lyon. Camille Jordan fait partie d'une députation qui est choisie pour aller à Dijon, au quartier-général de l'empereur

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d'Autriche, demander un allégement aux contributions et aux autres charges qu'entraîne toujours une invasion après elle. Cette mission ostensible en cachait vraisemblablement une secrète ; il s'agissait sans doute aussi de pénétrer les mystères dont nous étions enveloppés, et de chercher à connaître le sort qui nous était réservé. Mais il nous est permis d'afïirmer seulement quelles étaient les opinions de Camille Jordan , de dire les vœux qu'il formait. Le poids de la tyrannie impériale pesait sur toutes les âmes indépendantes; et, tout en déplorant que le sol de la patrie fût envahi , nous étions tous disposés à accueillir un espoir qui commençait à naître parmi les peuples. Camille Jordan , aussi bien que mille autres, avait tourné ses regards du côté de la terre de Fexil , pour savoir s'il n'en sortirait point le père de la patrie , celui qui seul pouvait former l'alliance du passé et de l'avenir, qui seul pouvait fonder des institutions conciliatrices. Quoi qu'il en soit , la députation de la ville fut très bien reçue, et l'objet de la mission ostensible fut parfaitement atteint. A son retour , le 8 avril , le conseil municipal de Lyon s'assembla, et Camille Jordan fit partie de cette mémorable séance où Louis XVIIl fut reconnu comme roi de France. Il fit également partie de la députation solennelle qui porta au pied du trône restauré les hommages de la ville de Lyon .

Ainsi donc les destinées nouvelles vont s affermir sous les auspices de lancienne dynastie. Camille Jordan ne restera point étranger à un tel ordre de choses ; le silence et l'inaction ne sont plus pour lui des devoirs. On le verra successivement appelé et dans les assemblées législatives , et dans les Conseils du Roi. C'est à présent, messieurs, que ma tâche deviendrait difficile, s'il entrait dans mes projets de l'accomplir tout entière , si je ne vous avais prévenus déjà que je me réservais de l'accomplir plus tard, et lorsque je ne serai contenu ni par les bornes du temps, ni par les convenances de l'assemblée. Je veux n avoir à consulter que moi-même et la mémoire de Camille; je veux n'avoir rien à démêler avec des considérations étrangères, avec des circonstances qui passent , avec de misérables susceptibilités. Les alarmes que pourraient faire concevoir mes discours seraient mal fondées sans doute, et néanmoins je ne veux pas les susciter. Mais , messieurs, mettons-nous un instant au-dessus des opinions variables que fait naître la diversité des événements, et osons consulter un oracle qui ne change jamais, la conscience de l'homme de bien. Les uns sans doute trouveront que Camille suivait une route périlleuse; les autres approuveront tous les détails de sa conduite politique; et moi-même, je puis l'avouer, ne m'est-il pas souvent arrivé d'hésiter

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dans mes jugements, non sur lui, mais sur quelques unes de ses déterminations? Je le croyais entraîné , et ensuite j'ai compris qu'il n'avait été que sage. Il ne faut pas se presser de condamner un homme d'un esprit si élevé, d'un cœur si droit; car souvent notre dissentiment avec lui ne vient que de ce qu'il a su se mettre à l'abri de nos propres préoccupations : il a vu avant nous, mieux, et plus loin. Ce qui restera incontestable pour tous les partis, c'est la parfaite probité de Camille, c'est son irréprochable conscience. Il n'a jamais fléchi devant aucune considération. L'homme le plus doux fut quelquefois amer dans ses paroles publiques , dans ses écrits politiques , mais de cette amertume qui tient à une parfaite conviction, à une sincérité vive et profonde, à un sentiment absolu qui ne peut comprendre les transactions.

Au reste, Camille fut encore étranger aux affaires durant la première restauration ; on le vit seulement prendre une part très active à toutes nos fêtes municipales dont elle fut l'objet : nos princes, qui honorèrent de leur présence la ville de Lyon, ne manquèrent pas de faire l'accueil le plus distingué au proscrit de fructidor.

A l'époque fatale des cent jours , le devoir de Camille Jordan était tout tracé ; il y fut fidèle. Je n'ai point à vous entretenir, messieurs, de ce funeste retour de l'île dElbe, et de l'état d'anxiété et de

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confusion où notre ville fut plon.fi^ée. Il me suffira de vous rappeler la conduite de Camille à cette époque désastreuse. Il fut au nombre des personnes dévouées que , soit leurs propres affections , soit la confiance du prince, appelèrent auprès de S. A. R. Monsieur, venu dans nos murs pour conjurer lorag^e. Il demeura constamment avec ce prince malheureux, et il fut le dernier à se séparer de lui jusqu'à des temps meilleurs. Il fallait bien que Camille Jordan eût donné des marques plus particulières que d'autres, de son zèle et de ses sentiments, puisque la haine le distingua entre tous, et qu'un tumulte populaire le menaça jusque dans sa maison.

Enfin cet interrégne qui ramena une seconde fois l'étranger dans notre pays , qui devait ébranler toutes les croyances politiques des peuples et des rois, cet interrégne était passé. Le météore terrible avait brillé pour s'éteindre après une courte et immense calamité, dont les effets durent encore. Camille Jordan n'eut rien à expier ; il n'eut pas non plus le bonheur qui suit un grand triomphe, car le triomphe de la cause qu'il aimait n'avait pu s'accomplir qua un prix bien douloureux.

C'est maintenant qu'il va réellement entrer dans la carrière politique; c'est maintenant que les belles facultés dont il fut éminemment doué , et qui furent si long-temps condamnées au silence, vont se

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déployer en liberté. Mais auparavant ses compatriotes exigent de lui un service que ses relations en Angleterre lui rendent plus facile qu a tout autre. Il va donc à Londres, député avec M. Regny notre confrère, pour faire reconnaître et réclamer un legs considérable qu'avait fait à la ville de Lyon le major-général Martin , mort aux Indes. Les fonds provenant de ce legs avaient été séquestrés durant les longues guerres de la révolution. Par les soins de Camille et de son collègue, la dette fut reconnue, et elle ne devra plus éprouver que les inévitables lenteurs des formalités.

Je vous ai annoncé, messieurs, que je m'abstiendrais d'entrer dans le détail des différents travaux qui signalèrent la courte et honorable carrière de Camille Jordan, et qui lui assigneront un jour un rang si élevé dans nos fastes parlementaires. Ainsi je n'aurai point, pour le moment, à vous peindre Camille au sein de nos débats législatifs les plus vifs et les plus passionnés , tantôt prêtant l'appui de son noble talent au ministère, lorsquil le croyait à la tête des intérêts nationaux, tantôt luttant de toute l'énergie d'une grande conviction contre l'ascendant de doctrines qu'il avait de trop justes raisons de croire incompatibles avec les besoins de la société actuelle, toujours se plaçant nettement et sans hésitation dans le poste le plus menacé; imprimant à

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tous ses discours et à ses plus véhémentes improvisations le caractère de Thomme de bien; réunissant tous les partis, au moins dans le sentiment de sa propre sincérité. Vous comprenez, messieurs, que, pour un tel tableau , il faudrait discuter franchement le fond et l'essence de nos institutions, et ce n'est ni le moment ni le lieu. Qu'il me soit permis toutefois d'énumérer rapidement les faits principaux, pour faire apparaître à votre pensée toute la conduite de Camille.

La majorité de 1 8 1 5 avait été brisée par l'ordonnance du 5 septembre : Camille était resté étranger à cette session.

Sa présence aux sessions de i8i6 et 1817 fut le produit 4'uiie première élection du département de l'Ain.

Sa présence aux sessions de 18 18, 1819 et 1820 fut le résultat du concours des élections de l'Ain et du Rhône: il dut adopter la réélection du département de l'Ain.

Pour Camille Jordan , nous pouvons séparer en deux époques bien distinctes ces cinq sessions successives. Dans celles de 1816,1817 et 1818, plein de confiance, il votait avec le ministère, et, faisant la part de la difficulté des temps, il ne craifjnit pas de livrer au gouvernement, même par des lois exceptionnelles, toutes les forces dont il pouvait

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avoir besoin pour défendre son existence. Dans les sessions de 1819 et 1820, il fut tout naturellement à la tête de l'opposition, parceque les hommes et les choses ayant changé autour de lui , il était resté immobile. La session de 18 18 avait été pour lui calme et sans éclat, et cela devait être, car deux g^randes calamités venaient de finir, celle de l'occupation par les étrangers , et celle des mouvements réactionnaires qui avaient affligé tous les amis de l'ordre constitutionnel, et ([u'il avait vivement signalés, soit à la tribune, soit dans un écrit qui sans doute ne contribua pas peu à sa double réélection ; il ne restait donc plus qu'à affermir les institutions fondées par la Charte. La session de 18 19, par la raison contraire, fut pleine d'orages, et jamais le beau talent et le noble caractère de Camille ne brillèrent d'un plus grand éclat. Jamais des paroles pleines d'entrailles n'émurent plus profondément les cœurs, n'ébranlèrent plus fortement les esprits, sans toutefois obtenir aucun triomphe. L'éloquence avait atteint son but, puisque toutes les convictions avaient été soumises, mais un destin aveugle refusait de se soumettre , et il semble que lui seul eût le pouvoir de résister à un tel ascendant. Mais ce qui augmentait encore l'effet des discours de Camille, ce qui ajoutait à la gravité, et j'oserai dire à l'inspiration de ses paroles, c'était son état de souffrance

habituelle. On sentait que cette noble vie touchait à sa fin, que ce qui lui en restait encore était toujours sur le point de s'exhaler au milieu de ses véhémentes improvisations. C'est ainsi qu'à la session de 1820 il ne fit qu'apparaître un jour, et ce jour on entendit réellement le chant du cygne.

Oui, messieurs, depuis plusieurs années la vie de Camille Jordan était une vie de souffrances continuelles. Il se soutenait à peine dans les derniers temps, et il se faisait toujours un devoir d'assister aux séances de la Chambre, de se traîner à la tribune, si j'ose m'exprimer ainsi , pour accomplir jusqu'à la fin cette loi rigide et impérieuse de la conscience, dont jamais nul ne fut plus l'esclave. Chez lui, au milieu de sa famille, il continuait de recevoir ses amis et ses collègues pour s'entretenir des destinées de la patrie, des destinées générales de la civilisation. Ses affections domestiques, qui tenaient tant de place dans son cœur aimant, ne suffisaient point à son ame près de s'échapper; il continuait de s'occuper des grands intérêts de la société. Il avait commencé un travail sur les établissements ecclésiastiques, et la mort l'a surpris dictant sur ce sujet élevé quelques pages éloquentes qui sans doute ne seront pas perdues pour l'avenir. L'Église de France se trouvait alors dans cette position singulière, qui ne pouvait subsister, celle

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d'un concordat abrogé et d'un concordat resté sans exécution. C'est par la religion qu'il était entré dans la carrière politique, c'est par la religion qu'il la termine en même temps que sa noble vie.

Il n'était pas sans inquiétude sur la patrie, dont tant de factions, au deliors et à l'intérieur, voulaient compromettre l'avenir. Toutefois il se confiait en la Providence; et son œil mourant put saluer le mouvement régénérateur de la Grèce.

Le 19 mai 1821, Camille Jordan s'est éteint au milieu de ses pensées toutes vivantes. Sa mort fut généreuse comme l'avait été sa vie tout entière. Jamais funérailles plus solennelles n'avaient attesté un deuil public. Ce fut un spectacle sublime que celui d'un cortège immense, traversant un peuple immense , au sein du silence le plus religieux , pour accomplir les derniers devoirs de l'amour et de la piété. Et, j ose le dire, l'esprit de parti ne fut pour rien dans cette manifestation unanime des sentiments de tous, car des liommes bonorables de toutes les opinions étaient réunis autour du cercueil. Les uns pleuraient un grand citoyen, les autres un ami dévoué , tous un bomme sincère et loyal , tous l'homme de bien par excellence. M. de Saint-Aulaire, son collègue à la Chambre des députés, prononça un discours sur sa tombe; M. Royer-Collard , son collègue aussi , et, de plus, son ancien ami dans

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la carrière politique, fit entendre quelques paroles pleines d émotion; enfin le maire de la ville de Lyon, M. Rambaud, vint à son tour exprimer les regrets de la ville qui avait vu naître Camille Jordan, car il fallait bien que sa tombe fût lionorée et par la France, et par la patrie lyonnaise, et par Famitié courageuse et fidèle.

Il a laissé une veuve dont l'affection fut toujours si douce pour lui, et qui, dans les derniers temps, n a cessé de lui vouer tous ses soins, une fille qui est sa vive image, deux fi!s fort jeunes, et dont le plus précieux héritage sera toujours le beau nom de notre Camille.

Ses traits sont reproduits dans un tableau plein de vérité, exécuté par mademoiselle Godefroy, sous les yeux de M. Gérard, et ont été multipliés par une très belle gravure de M. Muller. Un monument a été élevé pour lui, au cimetière du Père Lachaise, sur les dessins de M. Mazois, et par les soins de ses collègues à la Chambre des députés.

La plupart de ses écrits existent dans divers recueils politiques, d'autres sont devenus fort rares, quelques uns sont encore inédits. Ils seront religieusement recueillis pour perpétuer celles de ses pensées qui ont pu lui survivre, et qui ne sont pas rentrées avec lui dans le silence du tombeau.

Permettez - moi , messieurs, d'ajouter quelques

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mots. Vous vous êtes facilement aperçus de la contrainte qui a nui à l'expression de mes sentiments : cette contrainte pèse, pour ainsi dire, sur chaque mot. J'ai même omis des faits importants , tels que les faveurs qui sont venues chercher Camille , et les dis(jraces qui Tout ensuite frappé. Je me suis abstenu de peindre les temps , de caractériser les circonstances; je ne voulais pas renouveler, dans cette paisible assemblée, les débats passionnés de la tribune: ce n'est point ici que s'agitent les destinées des peuples.

Ainsi, noble Camille , je suis loin d'avoir acquitté l'hommage que je t'ai voué. Un jour, et ce jour n'est pas éloigné , j'accomplirai ce devoir de mon cœur, je l'accomplirai dans toute sa plénitude; je descendrai le plus avant que je pourrai dans ton ame , j'expliquerai tes pensées généreuses. Tu seras pour moi ce que fut le vertueux Agricola pour l'historien des temps mauvais, un modèle de candeur antique, un type de vrai patriotisme. Je dirai ce que tu fus , ce que tu aurais pu être: je dirai tes vertus publiques. Oui , je l'espère, je réussirai à faire de toi un portrait dont tes contemporains sentiront la ressemblance, et que la postérité ne pourra refuser d'adopter.

FIN DE l'éloge de CAMILLE JORDAN.

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