DES PROLÉGOMÈNES
Nous allons entrer dans une réj^ion toute différente de celie que nous avons parcourue jusqu'à présent. Nous passons en quelque sorte de l'initiation philosophique à l'initiation poétique.
Je ne puis dire toutefois laquelle des portes de la vision vient de s'ouvrir pour moi, laquelle s'ouvrira tout-à-l'heure.
Qu'il me soit permis seulement de lappeler l'autorité de la poésie. Oui , le poète est aussi appelé en témoignante, et c'est pourquoi j'invoquais plus haut un chant de Klopstock. N'oublions pas que Constantin fit lire au concile de Nicée une très belle traduction , en vers grecs , du Pollion de Virgile, expression admirable et sibyllique d'une attente universelle.
Les Proléî^oménes remuent toutes les idées sans
les asseoir, sans presque les coordonner. Si j'ai été quelquefois aventureux, pouvait -il en être autrement, puisque j'avais à sonder toutes les voies de l'initiation? Je me confie donc aux pensées que j ai fait naître, et non à celles que j'ai exprimées. C'est comme un chaos cosmoj^^onique destiné à être fécondé par l'esprit de chaque lecteur. Ainsi j'associe mes lecteurs à une création qui ne peut s'acheveique par eux.
Il en sera de même pour l'Orphée; l'Orphée ne sera ég^alement qu'une préparation.
Par l'intervention divine, ou par la langue encore vivante des traditions, il fut donné aux anciens poètes épiques d'entrer dans l'intimité des choses; ce moyen m'est ôté. Les sympathies générales de l'humanité sont toute mon inspiration.
Orphée sera, si l'on veut, un poëme alexandrin , mais seulement comme genre de composition, et non point comme imitation, ou comme tentative de pseudo-tradition .
Si je m'y suis tenu en dehors du mythe, c'est que ce mythe secondaire, altéré et restreint, ne pouvait me convenir; je ne devais pas me donner des entraves à moi-même. Je n'avais pas non plus à résoudre scientifiquement la question des Mystères de la gentilité; j'avais à interroger, selon ce qu'il m'a été donné de le faire, les traditions les