‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 4)Chapitre 20 sur 172 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

les usages qu'elle nous a transmis, est pleine de cette analogie et de cette identité : c'est donc une forme primitive de l'esprit humain.

Je me suis un peu écarté de mon sujet; j'y reviens.

Les matériaux qui nous manquent, et que les siècles avaient entassés , seront retrouvés ou devinés, lorsque nous serons sortis de l'état de transition qui exige en ce moment l'emploi de toutes nos forces morales; on les retrouvera, comme on parvient à déchiffrer des hiéroglyphes, comme on parvient à lire, par les étymologies, dans les débris d'une langue qui a péri sans laisser de monuments, comme on parvient à reconstruire l'ancien monde par des détritus et des fossiles, comme j'espère moi-même retrouver un jour la raison de la société romaine dans des fragments épars, rongés par la rouille des siècles. Lorsque les expositions des systèmes ou des doctrines n'existent plus, il reste encore quelques unes des objections qui ont été faites dans le temps de la controverse; il reste au moins les outrages et les calomnies du parti qui a vaincu , il reste enfin ses chants de triomphe. On suit la route du char à la trace incertaine qu'il a laissée sur la poussière. L'esprit humain est toujours en quête de \d nourriture qui lui est nécessaire, et il la trouvera toujours. Il se jjuide ad-

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mirablement par Tinstinct qui est en lui, et <|ue Dieu lui a donné.

J'avais encore à faire remarquer combien fut forte et puissante l'organisation des premières sociétés humaines. Or, comme la limite des temps historiques est très voisine de nous, sur-tout si nous restons toujours en-deçà des traditions transformées, si nous prenons ces traditions pour notre point de départ; et, comme il est prouvé qu il faudrait des siècles entassés sur des siècles pour produire une contexture si savante, une si grande cohésion dans laccord de tant de volontés régies par les mêmes lois, je ne puis me refuser à admettre le fait divin pour les premières associations humaines. Il est bien certain que la doctrine du contrat ou de la convention est inapplicable à ces premières associations, et par conséquent quelle est inapplicable dune manière absolue. De plus, elle e^t historiquement fausse, et cela ne pouvait être autrement. Je me suis assez expliqué à cet égard dans l'Essai sur les Institutions sociales. Cette puissance des organisations primitives de la société tint sans doute à la division de l'espèce humaine en castes, sorte d'initiation sévère, que j'espère expliquer par la suite, et qui fut un décret de la Provi-

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