‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 4)Chapitre 23 sur 172 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Le présent raconte le passé, et le passé raconte l'avenir. On conçoit qu'à l'égard de Dieu tous les temps sont contemporains ; la prescience n'est autre chose que l'infinie contemplation de leternité. L'immensité de l'espace est un symbole merveilleux de cette toute vue intellectuelle pour qui la succession n'existe pas. Ainsi nos yeux découvrent au loin , dans les brillants abymes du ciel , une étoile fixe qui nous paraît immobile; elle nous paraît immobile parcequ'elle se meut dans une sphère incommensurable pour nos yeux. Ce clou d'or que nous nommons Sirius, nous savons que c'est un soleil mille fois plus orrand que le nôtre; et toutefois ce qui est pour nos organes un clou d'or, pour notre science un vaste soleil , qu'est-il dans la réalité? Il est ce que nos sens le voient, un clou d'or, mais un clou d'or qui étincelle, avec des myriades d'autres clous d'or inaperçus par nous et dans une symétrie impossible à comprendre, sur le marchepied du trône éternel.

Il y a soixante ans que Charles Bonnet admettait « un parallélisme parfait entre le système astrono- « mique et le système organique; entre les divers « états de la terre, considérée comme planète ou «comme monde, et les divers états des êtres qui « devaient peupler ce monde. »

Ce peu de mots de celui que j'ai appelé le bramine

64 PALTNGÉNÉSIE SOGIAT.E.

de l'histoire naturelle est l'éclair du (jéniequi prévoit une science future. En effet, n'est-ce pas là le point de départ de toute cosmogonie construite sur les données d'une science nouvelle? et cette cosmogonie scientifique ne viendrait-elle pas confirmer les cosmogonies des traditions?

Charles Bonnet cherche ensuite les analogies de cette hypothèse avec les rapports entre les êtres animés et les climats, les saisons, les divers états de l'atmosphère. Il cite à ce sujet le gVand nom de Leibnitz , qu'il appelle si justement le Platon de l'Allemagne.

Il n'était pas possible à cette époque d'aller plus loin.

D'après Hérodote et Diodore de Sicile, les Égyptiens connaissaient les régnes des dieux , les régnes des demi-dieux ou héros, les régnes des hommes. Ces trois sortes de règnes, successives, dans toutes les traditions de la gentilité.

La Chine, d'après le père Amyot, nous offre la même série. D'abord les augustes familles du ciel; ensuite les augustes familles de la terre; enfin les augustes familles des hommes. Ceci nereprésente-t-il pas les temps mythologiques ou divins, les temps héroïques, les temps civils ou historiques? N'est-ce

Page 1