‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 4)Chapitre 55 sur 172 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Le monde est une création palingénésique et continue, dans tous les deg^rés de l'organisation. Nous avons vu que rhomme était une image de cette création palingénésique; mais ajoutons ici qu'il est tenu d'y coopérer par ses propres efforts, par des actes libres de sa volonté.

Il y a des hommes, et en plus grand nombre qu'on ne croit, qui n'ont pas le sentiment de l'immortalité : il est certain qu'on ne peut être immortel qu'avec ce sentiment, c'est-à-dire avec la foi. Les hommes donc qui en sont privés , ceux en qui l'intuition et l'autorité générale du genre humain n'auront pas suffi, ou, pour parler plus exactement , ceux qui , pour fonder en eux une croyance assurée, exigent des conditions au-dessus de nos facultés actuelles , ne peuvent manquer de parvenir un jour au sentiment de l'immortalité , attribut nécessaire de l'être intelligent qui ne doit pas finir. Peut-être ceux-là ne sont-ils dans ce monde que pour éprouver la foi des autres ; et plus tard euxmêmes auront la foi.

La chrysalide, qui fut une chenille rampante, devient 1 éclatant papillon qui se joue avec tant de grâce dans le vague des airs , qui se repose à peine sur le calice embaumé des fleurs • mais cette métamorphose, emblème si prodigué par TAuteur de la vie universelle , est tout organique ; elle s'opère sans

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que la chenille ait besoin d'y concourir. Il n en est point ainsi de la chrysalide humaine : il faut qu elle se donne à elle-même les ailes brillantes sur lesquelles elle doit s'élever de rég^ion en région , jusqu'au séjour de Fimmutabilité et de la gfloire éternelle.

Il me resterait encore beaucoup de choses à expliquer, ou plutôt à faire pressentir, relativement à la direction des affaires humaines, dont nous parlions tout-à-Pheure, et manifestant alternativement ou simultanément la volonté conditionnelle, contingente, secondaire de l'homme, et la volonté inconditionnelle, nécessaire, suprême de Dieu ; mais alors je sortirais des bornes de cet écrit; et peut-être aussi serais-je trop aventureux dans un pareil sujet, si toutefois je ne lai pas beaucoup été jusqu'à présent, quoique au besoin je pusse appeler en témoignage quelques uns des premiers Pères de l'Eglise. Je suis donc forcé de m'arrêter.

Qu'on me permette cependant quelques mots sur les sibylles, à l'occasion de celle que j'ai placée en Samothrace ; et ce peu de mots suffiront pour solliciter de gi^ves méditations sur un sujet si profondément mystérieux.

Les sibylles sont des êtres fort extraordinaires, dont l'existence merveilleuse n'est point contestée.

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